Interview – 1 livre en 5 questions : Pandemia – Franck Thilliez

1 livre en 5 questions

 1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre. 5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

franck thilliez pandemia

Franck Thilliez

Titre : Pandemia

Sortie : 04 juin 2015

Éditeur : Fleuve Editions

Note : 5/5

Ma chronique du roman

Tu aimes alterner entre les aventures de tes personnages récurrents et des histoires uniques. Tu as cependant décidé de nous proposer deux histoires de suite avec Franck Sharko et Lucie Henebelle…

En effet. J’ai très vite senti, lors de l’écriture d’Angor (ma chronique ici), que je n’arriverai pas à tout raconter en un seul roman. L’organisation criminelle que j’avais créée, axée autour de 3 cercles d’individus « malfaisants », était trop complexe et partait dans trop de directions différentes pour être traitée sous un seul angle.

J’ai donc décidé de ne pas me disperser et de lui consacrer deux livres qui mettraient à rude épreuve mes personnages. Cet écart à la règle de l’alternance m’était déjà arrivé pour Le syndrome E et Gataca, cela fait partie des envies, des choses que l’on ne peut pas planifier à l’avance, et qui vous prennent aux tripes durant le processus d’écriture.  

Environ 1300 pages (Angor et Pandemia cumulés), il n’en fallait pas moins pour faire tomber « L’Homme en noir », qui, comme tu as dû le constater, n’est pas un petit joueur !

Nos deux héros sont loin d’être seuls, tu continues à étoffer ta palette de personnages mémorables…

J’aime beaucoup écrire avec Franck Sharko et Lucie Henebelle, j’adore ces deux-là, ils font partie de la famille, mais c’est vrai que l’injection de sang neuf dans mes histoires ne fait pas de mal. Les nouveaux personnages permettent d’alterner les points de vue, de complexifier la structure du roman, d’imbriquer les intrigues.

Pandemia marque surtout l’apparition d’Amandine, une jeune scientifique qui va mener l’enquête sur les microbes. J’ai aimé créer ce parallèle entre l’investigation policière et la traque d’un virus. Quelque part, ces gens-là font le même métier, ils cherchent à nous protéger tout en restant dans l’ombre. Comme pour la plupart de mes personnages, je voulais une Amandine contrainte de lutter dans sa vie de tous les jours pour « survivre », comme Camille avec son cœur malade dans Angor, comme Lucie avec ses enfants, comme Sharko avec ses vieux fantômes…

Je suis très heureux et fier d’avoir imaginé le couple Phong / Amandine, complètement atypique ! Amandine, en contact permanent avec des microbes ultra dangereux, vit avec un homme (un Thaïlandais en l’occurrence) qui risque de mourir à chaque instant, s’il entre en contact avec des virus qui ne feraient pas de mal à un enfant de 10 ans. Le couple s’aime à la folie mais est quasiment obligé de vivre séparé dans un loft aux parois de plexiglas. Quelque part, quand Amandine quitte son labo de l’Institut Pasteur, c’est pour, finalement, entrer dans une autre structure sécurisée…

Ce qui est intéressant, c’est que l’on a autant envie de savoir comment ces personnages vont s’en sortir dans leur vie privée et  dans la délicate enquête qu’ils mènent. 

Tout cela pour dire qu’il faut autant soigner ses personnages que l’histoire, et ça, je l’ai appris au fil du temps, en écrivant !

Tes récits sont toujours ancrés dans l’actualité. Cette nouvelle histoire l’est tout particulièrement…

Oui, j’ai encore une fois vécu quelque chose d’assez incroyable lors de l’écriture de ce roman, d’étranges « coïncidences » qui ont résonné avec l’actualité.

Tout d’abord, Ebola à l’automne, alors que je terminais l’écriture de Pandemia, où justement, je parle de la propagation d’un virus depuis un cas unique. C’est un peu ce qui aurait pu se passer avec ces cas isolés de malades que l’on a retrouvés aux États-Unis. On a vu à quel point ces « contaminés » sont traqués, ainsi que leurs contacts, et toutes les précautions qui sont prises dans les pays : isolement, coupure de certains moyens de communication, information des populations…

J’ai abordé tout cela dans l’écriture de mon roman. Deuxième fait d’actualité, la grosse épidémie de grippe de cet hiver, très active et atypique, qui a fait davantage de morts que les autres années, à cause d’une variation de la souche grippale. Là aussi, on était en plein dans le livre !

Troisième point, le plus récent, les cyber attaques terroristes de chaînes TV ou de médias, en passant par le réseau Internet souterrain appelé Darknet… Et bing, encore dans le mille !

Promis, je n’y suis pour rien dans tous ces malheurs, et suis moi-même le premier troublé quand cela se produit. C’était déjà arrivé durant l’écriture d’Atomka, qui parle des dangers de la radioactivité et de Tchernobyl. Il y eut alors Fukushima…

Ça doit demander une incroyable organisation pour maîtriser un scénario aussi tentaculaire…

Oh que oui, et je dois bien avouer avoir douté à plusieurs reprises ! L’écriture de Pandemia a été complexe à plusieurs niveaux. D’abord, le thème des microbes est délicat et complexe, c’est un sujet plutôt sensible, surtout avec toutes les saletés qui traînent dans la nature, et pas toujours entre de bonnes mains !

J’ai longtemps voulu écrire autour des virus mais je n’y arrivais pas, parce que je voulais me démarquer de toutes les histoires qui existaient déjà autour de ce thème. Le déclic a finalement été le suivant : un microbe dangereux ne vient pas forcément d’un laboratoire lointain enterré à 100 mètres sous terre. Il peut venir des magnifiques oiseaux qui se reposent sur le lac juste à côté de chez vous…

L’autre grosse difficulté était, en plus d’assurer la cohérence interne du roman, de m’arranger pour que Angor et Pandemia ne fassent finalement qu’un seul gros livre. Je devais donc avoir en tête cette trame globale qui, elle aussi, devait être carrée, sans failles.

Mon Homme en noir, présent dans un tas de pays à des époques très différentes, m’a donné beaucoup de fil à retordre. Et il fallait qu’il soit à la hauteur de sa réputation, c’est à dire très mystérieux, et « méchant ».

Le fait d’avoir de l’avance sur l’écriture (en général, je termine mon roman au moins 7 mois avant la sortie) m’a permis, lors de l’écriture de Pandemia, de faire des ajustements dans Angor, qui n’était pas encore imprimé. 

Ce roman est, une fois de plus, un thriller incroyablement tendu et ludique. Mais ton histoire est bien davantage que ça…

Ta question résume bien, finalement, l’image que j’ai d’un « bon » thriller.

« Tendu » : La tension est le moteur de la lecture, c’est cette tension qui vous fait avaler plus de 600 pages sans que vous ayez l’impression de lire un livre aussi gros. Maintenir un rythme et une tension soutenus n’est pas simple, il faut en avoir sous le pied, comme on dit, et cela n’est possible que si l’on a, à la base, un scénario solide qui se prête au drame et aux retournements de situation.

« Ludique »… Il ne faut pas oublier qu’on lit avant tout un polar pour prendre du plaisir et se faire plaisir. Cela doit rester avant tout un divertissement, pas une torture parce que si j’ai envie de me torturer, il me suffit de relire les Confessions de Jean-Jacques Rousseau par exemple. Dans le polar/thriller, il y a aussi la notion de jeu. Le lecteur essaie de comprendre, de trouver la solution et moi, je dois brouiller les pistes, l’emmener dans de fausses directions. Lorsque je commence  à écrire un roman, je passe un contrat moral avec mon lecteur : il va payer pour avoir le livre, je me dois donc de le divertir au mieux, il doit en avoir pour son argent !

« Davantage que ça »… Je dirais que c’est la couche de crème sur le gâteau. Si en plus de divertir, l’on peut apporter une réflexion sur notre monde, sur la société, sur ce qu’est notre humanité et vers quoi elle se dirige, alors tant mieux. De plus en plus de lecteurs ont cette exigence.

Franck Thilliez

 

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Catégories :Interviews littéraires

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26 réponses

  1. Ahhhhhhhhhh Franck Thilliez……….Je l’adoooooooooooooooooooooore……..Un talent fou, cet auteur!
    Je m’aperçois bien évidemment que j’ai un train de retard mais du coup je sais que Angor et Pandémia sont à lire ensemble, je me fais le doublet un de ses 4′ .
    Merci pour cette belle interview! 😉

  2. Idem pour moi.. Angor attend toujours 😉 Merci pour cette interview!

  3. Whoaaaah ca me donne envie de me jeter sur Angor tres vite !!!
    Merci mon Yvan 🙂

  4. Grande fan de l’auteur, ravie de voir que ce nouveau roman ne déroge pas à la règle du très bon Franck Thilliez… Merci.

  5. Très bel entretien, très intéressant.
    Voire l’évolution d’un auteur m^me aussi confirmé que monsieur Thilliez est vraiment passionnant.
    Merci à vous 2. 🙂

  6. Moi aussi j’ai du retard dans ma lecture de ce monsieur !! Mais je vais prendre mes mains pleine de doigts et mettre tout cela en ordre, mais pas en juin, parce qu’en juin, c’est Tea for two. Sauf si monsieur Thilliez devient anglais dans la semaine… merci pour tout ces renseignements 😉

  7. J’attends son livre avec grande impatience!!!!

  8. Holalala que c’est prometteur tout ça!

  9. Merci pour cette très bonne interview 🙂 Pandemia est vraiment top !!!

Rétroliens

  1. Pandemia – Franck Thilliez | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  2. Pandemia (édition limitée) – Franck Thilliez | EmOtionS – Blog littéraire et musical

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