Surtensions – Olivier Norek

chronique littéraire

Olivier Norek - SurtensionsL’exercice du troisième roman est toujours un peu casse-gueule lorsque l’on utilise des personnages récurrents. Olivier Norek aurait pu se contenter de reproduire la recette de son second roman à succès, Territoires, sans prendre trop de risques (et sans proposer grand chose de neuf). Ce n’est pas du tout le cas. Surtensions, ou Norek en mode presque parfait.

Autre livre, autre ambiance. Surtensions est à la fois si loin et si proche de ses prédécesseurs. Tout y est sublimé, cuisiné aux petits oignons et concocté avec une forte dose de l’ingrédient qui fait la différence par rapport à nombre de romans noirs : l’humanité.

Gros supplément d’âme

Pour clôturer sa trilogie mettant en scène le capitaine Coste et son équipe, l’auteur a décidé de mettre encore plus en avant les personnages sans pour autant négliger l’intrigue. En toute sincérité, je m’attendais à un bon bouquin. J’en ai lu un très très très bon, un des meilleurs que j’ai pu lire dans le genre depuis un bon moment. Oui, rien que ça !

Olivier Norek y a insufflé un gros supplément d’âme au point de me coller des frissons et me faire monter les larmes aux yeux ; boule dans la gorge. Je ne m’attendais vraiment pas à un tel déferlement d’émotions fortes.

L’écrivain a chamboulé la donne, à l’image de sa première partie qui se déroule intégralement entre les murs de la plus grande prison d’Europe ; plongée éprouvante dans un univers carcéral déshumanisé. Ou comment concilier divertissement et dénonciation.

A l’image également de sa manière de construire son histoire, enchevêtrement de plusieurs intrigues qui interagissent entre elles à la manière de l’effet papillon. Pour être exact, il convient plutôt de parler d’effet boule de neige. Sa façon d’alterner la présence des protagonistes est tout simplement parfaite.

Les personnages, ADN du récit

Parlons-en, de ces personnages. Ils sont le cœur, l’ADN de ce roman. Sans manichéisme, l’écrivain nous fait littéralement vivre à leurs cotés, le palpitant à 300 à l’heure, les émotions à fleur de peau.

Vous en avez assez des sempiternels flics dépressifs et solitaires ? Voilà une raison supplémentaire de vous plonger dans Surtensions. Les policiers y travaillent en équipe et font preuve d’un réel humour. N’imaginez pas cependant qu’ils ne souffrent et ne doutent pas, Olivier Norek les pousse à bout (vraiment à bout…). Des personnages qui ont une réelle épaisseur, comme s’ils existaient.

C’est à l’image de tout ce qui constitue cet épatant roman : tout sonne vrai. Rien d’abracadabrant, l’auteur utilise mieux que jamais son passé de flic pour donner de la crédibilité à tous les éléments du puzzle.

Dénonciation subtile

Surtensions, le bien nommé, est davantage orienté « thriller ». Certains penseront peut-être que la charge contre les dérives de la société est moins présente que dans les deux premiers romans de l’auteur. Je ne suis pas tout à fait de cet avis. Même si ce sont bien les personnages qui sont mis en avant, j’ai trouvé la critique toujours bien présente, mais avec davantage de subtilité. Norek lance des pics contre les passe-droits (des politiques, entre autre) avec intelligence et mordant. Le tout est simplement davantage dilué dans l’histoire en elle-même.

Impossible de terminer l’étalage des qualités de cet épatant roman sans parler du style de l’auteur. Je trouve qu’il a fait évoluer son écriture de manière étonnante, sa plume est d’une fluidité et d’une expressivité saisissantes, à l’image de la première partie qui est un modèle du genre.

Empathique

Et plus que tout, ce qui touche tout au long de la lecture, ce sont les valeurs humaines qui transpirent de ce roman. Une histoire et une plume empathiques qui collent la chair de poule.

Coste et son équipe vont terriblement nous manquer. Mais, pour moi, Olivier Norek a clairement passé un cap avec Surtensions. Il est prêt à nous emporter ailleurs, vers d’autres horizons. Avec toutes les émotions que j’ai pu ressentir ici, je le suivrai les yeux fermés (je les rouvrirai pour le lire, hein).

Surtensions a obtenu le prix Le Point du polar européen 2016 (et ce n’est que justice).

Sortie : 31 mars 2016

Éditeur : Michel Laffon

Genre : Thriller / polar

Mon ressenti de lecture :

Profondeur : 8/10

Dimension de l’histoire : 8/10

Psychologie : 9/10

Qualité de l’écriture : 8/10

Émotions : 9/10

Note générale : 8,5/10

4° de couverture

Cette sœur acceptera-t-elle le marché risqué qu’on lui propose pour faire évader son frère de la prison la plus dangereuse de France ? De quoi ce père sera-t-il capable pour sauver sa famille des quatre prédateurs qui ont fait irruption dans sa maison et qui comptent y rester ? Comment cinq criminels – un pédophile, un assassin, un ancien légionnaire serbe, un kidnappeur et un braqueur – se retrouvent-ils dans une même histoire et pourquoi Coste fonce-t-il dans ce nid de vipères, mettant en danger ceux qui comptent le plus pour lui ?

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Catégories :Littérature

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52 réponses

  1. Lecture de Code 93 et Territoires dévorée ….reste plus qu Surtensions qui me nargue

    • Tu l’as compris, pour moi c’est encore un cran au dessus, donc il ne faut pas tarder 😉

      • Pour moi, Territoires reste au-dessus du lot ! Surtensions est excellent, mais pas autant que le 2ème. Et puis, j’ai pas aimé un truc… et j’avais rien pour m’essuyer le nez ! Je vais lui dire deux mots, moi, à l’auteur, qui joue avec des micro-ondes et qui me fait souffrir à la fin du 3. 😥

  2. Excellent billet Yvan! Qui concorde en tous points avec les émotions que j’ai pu ressentir à sa lecture. Pour ma part, je le mettrai pas largement au dessus de territoire, mais au moins au même niveau, quoique sur une sensibilité différente… Je suis clair là? 😉

  3. Entièrement d’accord avec toi pour tous les arguments que tu donnes en faveur de ce roman, j’en ajoute un, important pour moi, et pas si facile que ça pour un écrivain, c’est l’excellence des dialogues. Belle chronique !

  4. Je partage ton avis à 100 %!!!! C’est cette humanité qui m’a le plus touchée également, jusqu’au cœur, et même coup de cœur chez moi.;) …Fan de l’auteur et de sa trilogie géniallissime!
    Belle chronique en ce lundi!!!!;)

  5. Et voilà, Olivier n’est pas tombé dans la facilité ! Après n’avoir pu échapper à quelques phrases tantôt assassines tantôt élogieuses, je partais toute en réserve … Eh bien, pas un faux pas, pas d’erreur, moi je dis Olivier transforme l’essai même l’embellit !! Il joue vraiment dans la cour des grands sans forcer le trait ! Belle chro vraiment en accord avec mon ressenti.

  6. Je suis heureuse de lire ton article 🙂 Il correspond parfaitement à mon ressenti ! Un livre qui a du cœur et qui nous ouvre les yeux 🙂 Le meilleur de la série pour moi !

  7. Quel délice de te lire le lundi matin… Tu mets merveilleusement en mot (comme toujours) ce que l’on a éprouvé à la lecture de Surtension. Oui, un must ce livre, qui mérite largement succès et reconnaissance. Merci 🙂

  8. Lundi matin. De retour de Montaigu, je tombe sur ta chronique et je sais que ma semaine va être belle. Mes amitiés Yvan.

  9. Merci pour cette chronique 🙂 Aucun regret pour mon achat alors (acheté en mains propres par Olivier Norek, ça a encore plus de valeur). Je vais le dévorer d’ici peu 🙂

  10. Haha, tu as vraiment aimé ce 3e opus dis-moi.
    Moi j’ai plus de réserve, il faut dire j’avais trouvé « Térritoire » parfait.
    J’ai comme toi adoré la première partie. cette immersion dans le monde carcéral est une pure réussite. j’en suis sorti secouée.
    Mais j’ai eu plus de mal avec toutes ces intrigues qui partent dans tous les sens. Et puis si j’ai retrouvé avec grand plaisir notre équipe de flic, j’ai trouvé dommage que Coste ne soit pas aussi solaire qu’à son habitude.
    Mais rassure toi dans l’ensemble j’ai trouvé ce polar très bon, même si j’y mets quels bémols car un poil déçue par rapport au précédent.
    Et je le conseille à tout va à mes lecteurs. Olivier Norek et sa trilogie sont une des belles découvertes et révélations de ces 2-3 dernières années.

  11. Comme quoi, on ne peut pas tout aimer. Moi, je n’ai pas aimé et je l’ai dit et écrit même si j’ai eu quelques foudres. Mais bon, voilà il ne m’a pas emballé. Peut-être que je n’ai pas assez de coeur !

    • eh oui, les goûts et les couleurs ;-). Heureusement qu’on n’est pas tous à réagir pareil, c’est enrichissant au contraire ! Chacun vit une lecture selon sa propre perception et le moment.
      Mais moi j’ai pris un pied pas possible 😉

  12. La chronique est superbe, il me reste Territoires à lire avant de me plonger dans Surtensions, tu me tentes énormément là 😉

  13. Superbe chronique, cet auteur est l’auteur du moment de plus il écrit vraiment bien, j’ai hâte d’être au mois de juin pour le re-voir et prendre Surtension avec la dédicace.
    c’est un auteur accessible et agréable, comme on les aimes.

  14. Rien ne vaut un polar écrit par un flic. Olivier Norek en est le parfait exemple.
    Ceci dit, même si j’ai adoré Surtensions, mon préféré reste Territoires (malgré le traitement réservé au chat… Oliv’ faut qu’on cause tous les deux ! Pas touche aux matous !)

  15. Je savais que tu serais en phase avec moi !! Clones un jour, clones toujours ! Mdrr

  16. bien sûr dans mes prochaines lectures. Je pense que je ne serai pas déçue On commence à se connaître l’un et l’autre. Et j’arrive à lire entre tes mots, des émotions à peine dévoilées. Mais j’aime agir à contre-courant et je le fais attendre un peu.

  17. Encore une excellente critique de cet ouvrage, décidément il faut que je me le procure.

Rétroliens

  1. Surtensions, d’Olivier Norek | Cannibales Lecteurs
  2. Salon Saint-Maur en poche 2016 : Compte-rendu | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  3. Regards croisés sur mon Top 30 des romans lus en 2016 – De la 15ème à la 11ème place – EmOtionS – Blog littéraire et musical

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