Le vide – Patrick Senécal

chronique littéraire

Patrick Senécal - Le vide

« I said, Welcome to my Show! »

Bienvenue dans un spectacle que vous n’êtes pas prêt d’oublier. Bienvenue dans l’univers de Patrick Senécal et son thriller qui s’appuie sur le concept trash d’une émission de télé-réalité. Bienvenue dans Le vide. Attendez-vous cependant à avoir des difficultés à vous en extirper…

Difficile effectivement de ne pas être marqué au fer rouge par cette lecture. Les sujets sont ambitieux, la manière de les traiter intelligente, le résultat particulièrement dérangeant. L’auteur se penche sur le phénomène de la télé poubelle pour mieux mettre en lumière les dérives de notre société.

Quelle belle idée de la part de Fleuve Éditions de mettre enfin en avant cet auteur québécois hors-normes et de proposer des versions européennes de ses romans les plus marquants (Le vide date de 2007, avant cette version européenne de 2015).

Peace Sells… But Who’s Buying?

Le concept qui sert de trame au roman va au bout du bout de ce que pourrait proposer une émission de Télé-réalité. Sans limite. Les participants sont invités à donner vie à leurs rêves les plus fous, quitte à exploser toutes les frontières de la décence ou celle des règles établies.

Les gens vont-ils en profiter pour rendre le monde meilleur ? Pensez donc… Patrick Senécal met en mots des rêves qui sont des sommets de futilité, avec ces « stars de quelques minutes » en quête de sens dans l’éphémère (selon les propres termes de l’auteur). Cette émission de télévision n’est pourtant que le détonateur d’une intrigue explosive qui, par sa densité, prend le lecteur littéralement à la gorge.

L’auteur va loin, très loin. Si loin même, que parfois on pourrait penser qu’il dépasse les bornes. Et pourtant non ! Chaque excès, chaque outrance se trouve justifié par la suite du récit, toujours.

Clairement, voilà bien le genre de roman à ne pas mettre entre toutes les mains, tant la violence et le caractère explicite de certaines scènes peuvent choquer. Mais rien n’est gratuit, tout contribue à mieux comprendre ce que véhicule l’histoire et ce que ressentent les personnages.

Appetite for Destruction

Je sors littéralement vidé de cette lecture, en état de sidération. Paradoxalement, j’en sors plein à ras bord, également. Plein de réflexions, de doutes, de colère, de dégoût, de troubles, d’abattement, de questionnements, d’engouement…

Combien d’auteurs et de romans ont été capable de me mettre dans un tel état à la fois de stress, de découragement, d’enthousiasme et de malaise ? Ces dernières années, ils se comptent sur les doigts des deux mains.

Patrick Senécal prouve magistralement qu’on peut évoluer dans le domaine du thriller en poussant loin les émotions ET les réflexions. A lire la 4ème de couverture, on pense imaginer facilement la direction du récit. Mais non, oh non, oubliez vos idées préconçues, vous n’êtes pas préparés à ce qui vous attend.

La taille du texte en dit long sur l’ampleur de l’intrigue (730 pages). Les premiers chapitres achèvent de vous plonger dans un état d’incertitude totale. L’auteur a en effet volontairement « détruit » la construction de son roman pour mieux la reconstruire, les chapitres étant proposés dans le désordre. Une déconstruction à l’image de notre société qui détruit ses valeurs au profit d’un individualisme forcené.

Laissez-vous guider par la main experte de Senécal qui, malgré ce parti-pris audacieux, jamais ne vous perdra en chemin (il a écrit lui-même ces chapitres dans le désordre, comme des flashbacks).

The Show Must Go On

En matière de spectacle, Patrick Senécal propose de l’inédit. Il joue à l’artificier sans se brûler les doigts, avec une maîtrise, un talent et une dextérité qui force l’admiration.

Il faut dire que sa manière de procéder est tellement dérangeante qu’on ne peut pas lire ce thriller uniquement comme un simple divertissement. Oui, l’aspect ludique, le rythme soutenu et les expressions québécoises savoureuses (même si le roman a été européanisé) contribuent à rendre distrayante la plongée dans Le vide.

Mais le panel d’émotions fortes est tellement étendu que vous risquez de vous sentir comme au sortir d’une machine à laver, programme essorage réglé au maximum.

Ce livre fait mal, il heurte par sa noirceur, par ses idées. Quelque part il est salvateur aussi, comme pour arriver à survivre malgré tout. Il est exceptionnel, ça c’est certain. Le spectacle doit continuer (mais lequel ? c’est à nous de voir)…

PS 1 : j’ai terminé la lecture de ce roman dans un état d’abrutissement total, alors que la terreur s’abattait sur Paris lors des attentats du 13 novembre 2015… Les concepts qui y sont développés, ainsi que certaines scènes, ont eu une résonance d’autant plus assourdissante…

PS 2 : les parties en forme de titres sont tirés d’albums de rock :

« I said, Welcome to my Show » – Def Leppard, intro du morceau « Stagefright »

Appetite for Destruction – Guns N’ Roses

Peace Sells… But Who’s Buying? – Megadeth

The Show Must Go On – Queen

Lien vers mon interview réalisée avec Patrick Senécal au sujet de ce roman

Sortie : 12 novembre 2015

Éditeur : Fleuve éditions

Genre : Thriller

Notes :

Profondeur : 9/10

Dimension de l’histoire : 9/10

Psychologie : 8/10

Qualité de l’écriture : 8/10

Émotions : 9/10

Note générale : 8,5/10

8.5

4° de couverture

Drummondville, Québec.

Diane Nadeau tue son ex, sa nouvelle femme et leurs jumeaux au fusil de chasse. Elle essaie ensuite de se donner la mort, mais un policier la stoppe à temps. Interrogée, elle refuse de parler et réclame qu’on la laisse en finir.

Frédéric Ferland est psy. Blasé, rongé par l ’ennui, il recherche l’excitation par tous les moyens mis à sa disposition, légaux ou pas… Mais invariablement, la lassitude le rattrape.

Max Lavoie était le P-DG d’une très grande entreprise héritée de son père. Il a un jour décidé de tout plaquer. Depuis, il se consacre à une émission de télé aussi racoleuse que populaire, «Vivre au max», qui propose à ses candidats de réaliser leur rêve ultime : expériences sexuelles hors normes, défis physiques insensés, revanches personnelles ou, beaucoup plus rarement, gestes philanthropiques…

Le point commun entre ces trois individus ? Tous sont prisonniers, consciemment ou inconsciemment, d’un même lien tragique et implacable : le vide qui peu à peu s’ouvre sous leurs pieds…

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Catégories :Littérature

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31 réponses

  1. Senécal pousse toujours ses idées jusqu’au point le plus thrash de ces réflexions , ça donne des œuvres jusqu’au-boutistes qui sortent les lecteurs de leurs retranchements confortables et les oblige à s’interroger.
    Evidémment j’apprécie ta chronique et l’amateur de métal que je suis apprécie également les sous-titres de celle-ci . 🙂
    A noter aussi que la réédition propose une très jolies couverture que je préfère à l’original.

  2. Merci de me faire découvrir cet auteur que je ne connais pas du tout. Ce livre est très tentant. Je pense qu’il va finir dans ma bibliothèque 😉

  3. Ouh, on sent que ce livre a de quoi nous retourner, et j’apprécie de voir autant d’émotions dans cette chronique. Inutile de dire que je veux absolument le découvrir…..J’attendrais juste un tout petit peu que le temps fasse son œuvre d’apaisement (je lis en ce moment des lectures plus douces….;) ). Je ne connais pas encore cet auteur mais là je suis impatiente de me jeter dessus à la prochaine occasion.
    J’aime bien cette idée de télé poubelle, tellement réaliste…..J’ai peur de ce que ça peut vouloir dire…..

  4. Ah j’ignorais l’existence de ce Sénécal, qui fait partie de mes auteurs préférés ! En effet très bonne idée d’importer cet auteur en France ! J’ai hâte de le lire 🙂
    Et en effet les sous-titres sont assez cools 🙂

  5. Pas mon style à priori mais tu as su me donner envie de voir ce que cela vaut !

  6. Ah que je les adore ces sous-titres !!
    Je veux absolument ce livre tant ta chronique m’a enthousiasmé !!!

  7. Que je suis contente de lire ça!!! Comme tu le sais je suis fan de chez fan de cet auteur et de savoir que tu as été frappé par ce livre me procure du bonheur!!!! Ta chronique est juste magnifique et rend un hommage magnifique à Patrick!! BRAVO!!!! Je la partage…zou!!!!

  8. Oh, il a écrit un livre sur le contenu de mon cerveau !! Super ! En plus, citer, dans ta chronique, mes copains Gun’s et Queen, je suis in ❤ ! Pas de toi, mais de eux ! M'enfin !

  9. A votre connaissance, la version européenne a-t-elle été remaniée par rapport à l’édition québécoise que je possède dans ma PAL ? Merci.

    • oui, d’après le site officiel de l’éditeur Fleuve le roman a été « retravaillé et adapté dans son vocabulaire pour être accessible au public français ». Mais il reste des expressions savoureuses tout de même 😉

  10. Yvan, Ta chronique de ce vide est tout simplement somptueuse. Je te le dis parce que si elle ne l’avait pas été, je n’aurais même pas retenu ce titre qui n’est pas le type de lecture que je préfère. Bien sûr, je pense qu’il faut être disponible et avoir l’esprit et tous les sens capables d’absorber le propos. Mais c’est certain, à cause ou grâce à toi, hé, hé, hé, je le lirai. Amitiés.

  11. Senecal ne fait jamais dans la dentelle et c’est parfois trash! C’est excellent de le trouver enfin en Europe car les rares livres que j’ai pu lire de lui, je ne les ais trouvés que sur internet.
    Ta chronique reflète parfaitement les émotions fortes que tu as dû avoir! Comme d’habitude 🙂

  12. Les quelques titres que j’ai lus de cet auteur ne m’ont franchement pas emballé. Si j’en crois ta chronique, ce titre pourrait changer la donne… Alors, je ne te promets pas de le lire, mais si j’y parviens, tu en seras le premier informé… 🙂

  13. C’est vraiment un très beau billet qui parle très bien de cette oeuvre. Oui je parle d’oeuvre, plutôt que de roman, car si tout ne m’a pas convaincue (un peu exagéré parfois), j’ia trouvé le tout d’une grande maitrise et d’une grande intelligence. « Le vide » fera partie de slectures que je n’oublierai pas !
    Des bisous,
    Cajou

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