Délation sur ordonnance – Bernard Prou

Avec son précédent roman Alexis Vassilkov ou la vie tumultueuse du fils de Maupassant, Bernard Prou avait déjà totalement brouillé la frontière entre réalité et fiction. Il récidive avec Délation sur ordonnance.

Prescription définitive

L’auteur est joueur, même avec les sujets les plus sérieux. Il les traite avec originalité et facétie, tout en sachant garder un ton grave. Un vrai talent de jongleur.

Tout part d’une vieille ordonnance. Une prescription très particulière, avec des effets qui risquent d’être définitifs. Un médecin, durant la deuxième guerre mondiale, qui utilise son papier professionnel pour dénoncer quatre personnes, pour des raisons très discutables (on a comptabilisé plus de cinq millions de lettres anonymes durant l’occupation…).

Période trouble, sujet pesant. De quoi instaurer le malaise. C’est là, où le talent particulier de Bernard Prou fait la différence. Son roman n’est pas un pamphlet mais relève davantage du jeu de piste. De l’art de proposer un divertissement tout en parlant intelligemment d’un sujet difficile.

Tranches de vie

Délation sur ordonnance peut être vu comme une sorte d’arbre généalogique issu de ce jeu de piste. Au travers des morceaux d’histoires cachés dans les livres d’une bibliothèque, Prou nous replonge dans la vie quotidienne durant la guerre. Parce qu’il y avait de la vie durant l’occupation ! Les gens vivaient, mourraient, s’aimaient, se déchiraient, s’amusaient, souffraient… Et avaient des secrets.

Avec un ton nostalgique (de l’époque, pas de la guerre…), l’auteur nous fait partager des tranches de vie. Des personnages qui gravitent tous directement ou indirectement autour de cette horrible lettre de délation. Entre anecdotes et faits marquants, Bernard Prou raconte la vraie vie (ou pas), fait apparaître des personnes ayant existé (certaines illustres) et joue avec ces existences imbriquées.

Grave et facétieux

Avec gouaille, il partage des scènes de la vie quotidienne de ses (nombreux) personnages. Un peu trop nombreux parfois, au point de m’y perdre le temps de quelques pages, avant de retrouver mes marques.

Rien de manichéen dans la peinture que fait l’auteur de cette période et de ces gens. Ils peuvent être tour à tour violents et se remettre sur le droit chemin, durant une période où certains survivaient et d’autres vivaient (souvent sur le dos des premiers nommés).

Bernard Prou est un auteur facétieux, on ne sait pas toujours ce qui tient du fait historique ou ce qui vient de son imagination. Il est canaille aussi, tout comme il sait (re)devenir subitement grave.

Délation sur ordonnance est un roman à part. De l’art de jongler avec notre Histoire et les petites histoires.

Sortie : 02 novembre 2017

Éditeur : Anne Carrière

Genre : Fiction ou histoire vraie ?

Ce que j’ai particulièrement aimé :

Le sujet

La manière à la fois sérieuse et facétieuse de le traiter

4° de couverture

Oreste et la jeune femme comprennent alors que la bibliothèque renferme des secrets. Conçue par le médecin bibliophile comme une « chasse au trésor », la découverte de documents cachés leur permettra de reconstituer fidèlement ce qui s’est réellement passé. Grégoire ne s’était probablement pas douté que ses propres enfants, Maurice, Laure, Marie et Charles, étaient d’une manière ou d’une autre liés aux personnes qu’il avait dénoncées : un instituteur ; un fonctionnaire ; un avocat ; et un journaliste, ancien amant de Mme Saint-Marly. Parmi ces « mauvais Français », on trouve un communiste et résistant, un gaulliste, un arriviste forcené, et un Juif. Et, pour couronner le tout, trois d’entre eux sont francs-maçons. En livrant ces hommes aux autorités de Vichy, Grégoire Saint-Marly ignorait qu’il poussait son fils Charles vers le peloton d’exécution. Que Maurice, qui fréquentait les truands de la rue Lauriston, deviendrait un roi du marché noir, avant de trouver la rédemption. Et comment ne pas évoquer le destin de sa fille Laure, amoureuse d’un officier allemand, et de son autre fille, Marie, la discrète émancipée, dont les faits de résistance étaient passés inaperçus ? À travers les destins enchevêtrés de ces personnages, Bernard Prou reconstitue une période trouble où chacun s’est déterminé à agir selon son coeur et selon sa conscience.

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Catégories :Littérature

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12 réponses

  1. Voilà qui donne envie de découvrir cet auteur que je ne connais pas; facétie, voilà un mot très attractif; merci pour ce retour 🙂

  2. Je note ce titre, ça a l’air passionnant. 😉

  3. Le drame est que cette ordonnance est réelle ! Bien entendu il a changé les noms du médecin et des 4 personnes accusées. Mais cette ordonnance existe 😦

  4. Waw, un post de l’auteur !!

    Bon, après #balance ton porc, ce roman nous fait #balance ton voisin et moi, je vais inventer #balance ton blogueur tentateur ! Je suis sûre que tu finiras en haut de la liste, sale tentateur de première 😆

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