Carnets noirs – Stephen King

chronique littéraire

carnets-noirs-finders-keepers-stephen-kingBien avant d’ouvrir un nouveau Stephen King, on le hume, on le soupèse, on en scrute tous les contours. On peut même aller jusqu’à lire sa postface pour tenter de s’imprégner du type de magie qui va nous entourer, nous envoûter. On cherche des pistes, des indices qui vont nous faire saliver à l’avance de ce qui nous attend (sachant fort bien qu’on ne devinera pourtant pas grand-chose de ce que nous réserve le Maître).

Une suite, vraiment ?

Carnets noirs, avec son titre français bien plus explicite que l’original (Finders Keepers) et sa couverture magnifique, rend ces prémices d’approche encore plus réjouissantes. La question est donc : l’harmonieux ramage des mots du King est-il digne du plumage de (sur) la couverture ?

Si on vous présente ce roman comme une simple suite de Mr Mercedes, ne prenez pas cette allégation comme un fait établi. Oui, on y retrouve certains des personnages principaux de ce précédent roman. Oui, certains passages sont du pur thriller. Non, ce roman n’est pas juste un enchaînement logique de son prédécesseur, il est bien autre chose que ça.

Lecteur habitué, n’imagine pas te retrouver en terrain totalement connu, ce serait une erreur. Et toi nouvel arrivant, n’hésite aucunement à te plonger dans la lecture de ces Carnets noirs qui se suffisent à eux-mêmes.

Son obsession

Mister Stephen King ne pouvait aucunement se contenter de glisser sagement sur les flots d’une précédente histoire, encore moins quand on connaît la thématique choisie pour ce récit. Un thème qui obsède l’auteur depuis toujours : le pouvoir de la fiction. Ce pouvoir qui peut pousser un lecteur jusqu’à l’obsession (Misery en est une inoubliable illustration).

Rien de mieux que les propres mots de l’auteur pour résumer le sujet :

« Ces larmes sont l’indicateur du pouvoir suprême de la fiction. Ce même pouvoir qui a tiré des larmes à des centaines de milliers de gens apprenant que Charles Dickens était mort d’une attaque. Le même qui, durant des années, a poussé un inconnu à venir poser une rose sur la tombe d’Edgar Allan Poe tous les 19 janvier, jour de l’anniversaire de Poe ».

Ce pouvoir semble angoisser l’écrivain au point d’en faire, une fois de plus, la voûte de cette intrigue. Une voûte qui n’augure pourtant en rien ce qui attend le lecteur. Stephen King a bien trop de bouteille (au sens figuré…) pour se laisser enfermer dans une idée unique. Il se divertit ! (il le dit d’ailleurs lui-même dans les derniers mots de sa postface : « Toi fidèle lecteur, si tu t’amuses, moi aussi ».

Combinaison

Et c’est très exactement cette combinaison qui fait que Carnets noirs est si difficile à lâcher. Le propos est profond, il pousse à la réflexion et touche l’âme du lecteur assidu. Et il lui fait prendre un putain de pied aussi ! Parce que justement ce lecteur ne sait jamais sur quel pied danser entre tension extrême, pensées qui viennent du cœur et des tripes, et plaisir avouable.

King ne cherche rien d’autre que de distraire, et tant qu’à faire en le faisant de manière intelligente. Ce roman n’est sans doute pas à classer parmi ses écrits les plus majeurs. Effectivement, il a déjà abordé cette thématique. Et pourtant, il arrive encore à surprendre. Il arrive à se renouveler et à ne jamais radoter. Après toutes ces années et tous ces livres, ça tient réellement du miracle.

Influences

Le King actuel ne se gêne plus pour cacher ses influences (comme il l’avait fait avec Revival). Il crie son amour (et parfois balance quelques vacheries) pour les grands auteurs américains du siècle dernier, de ceux qui ont créé des héros si attachants qu’ils en sont devenus intemporels. Ce roman est aussi une jolie manière de leur rendre hommage, au point même d’en modifier ici sa manière d’écrire, à certains moments.

Mais, Stephen King ne vit pas au siècle dernier. Son propos et sa manière d’écrire sont très modernes et ancrés dans notre réalité (entre peinture de la crise actuelle et de notre société du divertissement). Et puis, il y a cette tension qui monte crescendo. Une intrigue qui prend des directions insoupçonnées et un final qui est proprement asphyxiant. Jamais le Maître n’oublie sa mission de distraire (et de toujours surprendre le lecteur).

A chaque livre on s’en étonne encore : l’auteur reste fidèle à lui-même tout en arrivant à se réinventer. C’est ça le pouvoir de la fiction. Stephen King en détient le pouvoir absolu.

Citations :

« L’une des révélations les plus électrisantes dans la vie de lecteur, c’est de découvrir qu’on est un lecteur – pas seulement capable de lire, mais amoureux de la lecture. Éperdument. Raide dingue. Le premier livre qui donne cette impression ne s’oublie jamais et chacune de ses pages semble apporter une nouvelle révélation, une révélation qui brûle et qui enivre : Oui ! C’est ça ! Oui ! Je l’avais vu aussi ! Et bien sûr : C’est exactement ce que je pense ! C’est ce que je RESSENS ! »

« C’est là que tu te trompes. Un bon romancier guide pas ses personnages, il les suit. Un bon romancier ne crée pas les événements de son histoire, il les regarde se dérouler et ensuite il les écrit. Un bon romancier finit par réaliser qu’il est secrétaire, et non pas Dieu ».

« Dans une de ses rares interviews, l’irascible écrivain John Rothstein avait exprimé son agacement face aux questions du genre où-trouvez-vous-vos-idées. Les idées d’histoires viennent de nulle part, affirmait-il. Elles surgissent hors de l’influence polluante de l’intellect de l’auteur ».

« – si y veut vraiment que tout soit brûlé à sa mort, il est complètement taré !

– Comme la plupart des écrivains ».

Sortie : 03 mars 2016

Éditeur : Albin Michel

Genre : thriller / roman noir

Traduction : Océane Bies et Nadine Gassie

Titre original et année de sortie : Finders Keepers (2015)

Notes :

Profondeur : 8/10

Dimension de l’histoire : 9/10

Psychologie : 8/10

Qualité de l’écriture : 9/10

Émotions : 8/10

Note générale : 8,5/10

4° de couverture

En prenant sa retraite, John Rothstein a plongé dans le désespoir les millions de lecteurs des aventures de Jimmy Gold. Rendu fou de rage par la disparition de son héros favori, Morris Bellamy assassine le vieil écrivain pour s’emparer de sa fortune, mais surtout, de ses précieux carnets de notes. Le bonheur dans le crime ? C’est compter sans les mauvais tours du destin… et la perspicacité du détective Bill Hodges.

Après Misery, King renoue avec un de ses thèmes de prédilection : l’obsession d’un fan. Dans ce formidable roman noir où l’on retrouve les protagonistes de Mr. Mercedes (prix Edgar 2015), il rend un superbe hommage au pouvoir de la fiction, capable de susciter chez le lecteur le meilleur… ou le pire.

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Catégories :Littérature

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44 réponses

  1. J’adorai Stephen King,puis pour moi il a eu un passage à vide,puis finalement il me plait à nouveau.J’ai beaucoup aimé Mr Mercedes,c’est donc avec envie que tu me fais saliver devant celui-ci .😃

  2. J’en salive d’avance….Viiiiiiiiiiiiite il me le faut!!!!!!;)
    Ah Stephen, une grande histoire d’amour sans interruption, ni incompréhension, juste mon idole d’auteur!

  3. Rhooooo tu en parles si bien…. Je le veux !!!!!

  4. Il a l’air absolument génial !

  5. magnifique chronique pour un écrivain extraordinaire que j’adore !! merciiiiiiiiiii

  6. Yes un nouveau King, un nouveau Robert Charles Wilson, un nouveau Indridason… Ma vie sociale va en prendre un coup là….
    Superbe chronique au passage.
    Au plaisir

    • Tu as raison, que du bonheur ! Merci pour tes mots et on reparlera bientôt du Wilson (faut que j’arrête de dormir aussi pour lire davantage, en tout cas il est acheté…)

  7. Chronique qui donne envie. C’est fou qu’il arrive à autant se renouveler. La marque du génie peut-être :p

  8. Comme tu peux t’en douter je l’ai dans le collimateur.
    Jamais eu de rupture avec le King, découvert avec Cujo je n’ai jamais lâché le morceau 😀

  9. Je suis en retard dans mes lectures du King 😔 Mais je le note parce qu’ en lisant ta chronique, il me fait drôlement envie 😜 Toujours un plaisir de te lire !

  10. Je n’ai pas lu Mr Mercedes, mais peut-être vais-je m’y mettre, en tout cas la thématique de ce nouveau livre me passionne. Perso je suis un peu dubitative sur les derniers King, bien que je ne les ai pas tous lus. Autant j’ai beaucoup aimé 11/22/63, autant j’ai été très déçue par Revival et Docteur Sleep… Pour moi King est un auteur assez inégal, certains livres sont très forts, d’autres un peu fades, et il a tendance à se louper sur la fin. Duma Key m’a envoûtée au début, et j’ai décroché sur la fin. Pareil pour Revival, que j’ai trouvé très intéressant au début, et finalement beaucoup plus manichéen que ce que j’attendais. Je suis dans l’expectative, donc 🙂 Merci pour la chronique en tout cas ! 🙂

  11. J’ai envie de le lire….et oui…. hihihi

  12. Pour moi, un être humain ne sera jamais un Dieu, mais ceci est une autre conversation 😀 Le King, celui qui écrit, pas celui qui chantait avec son pelvis, c’était une sorte d’amant… je me grisais, je m’enivrais, je jouissais de ses mots. Puis je l’ai lâché pour aller dans d’autres bras, sa manière de conter les histoires ne me faisait plus monter au 7ème ciel.

    Mais depuis quelques temps, il est redevenu l’amant des mots qui me pénètrent à nouveau, coulent dans mes veines, imprègnent mon esprit. Même si certains de ses romans ne seront jamais lu par moi, je découvre ses vieux best-seller et ses nouveaux avec un plaisir sans cesse renouvelé ! 😉

  13. Après des années de passage à vide ! ou alors c’est moi qui n’accrochais plus… Le King revient en force et ce n’est pas pour me déplaire 🙂 merci pour ton retour 😉

  14. Grybouille le commence bientôt !! 😀 (il me l’a piqué :p)

  15. pas encore lu mais mon père a beaucoup aimé 🙂

Rétroliens

  1. Regards croisés sur mon Top 30 des romans lus en 2016 – De la 15ème à la 11ème place – EmOtionS – Blog littéraire et musical

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