Interview – 1 livre en 5 questions : Les fauves – Ingrid Desjours

1 livre en 5 questions

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre. 5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Ingrid Desjours - Les fauves

Ingrid Desjours

Titre : Les fauves

Sortie : 08 octobre 2014

Éditeur : Robert Laffont – Collection : La bête noire

Lien vers ma chronique de cet excellent roman

Pourquoi cette envie de placer ce récit dans un contexte d’actualité particulièrement difficile ?

Plus qu’une envie, c’était un besoin. Celui d’exprimer toute la colère, la tristesse et la peur qui m’ont envahie en janvier 2015.

Celui d’essayer de comprendre, aussi, les ressorts de la montée des intégrismes en France et dans le monde.

Celui, enfin, de témoigner par le biais d’une œuvre qui, si elle est fictionnelle, reste malgré tout très ancrée dans une époque dont elle est le rejeton.

Je suppose que ce roman t’a demandé un important travail de recherche et de documentation. Est-ce-que ça a eu une influence sur ta manière de travailler ?

En effet, j’ai ingurgité énormément de données pour rester dans le juste, dans l’analyse plus que l’interprétation, pour éviter les écueils aussi. Il aurait été facile – et dangereux – de tomber dans le parti pris et le cliché.

J’ai donc décortiqué de nombreux témoignages de recruteurs, de djihadistes, de familles d’adolescents partis en Syrie. J’ai aussi accumulé beaucoup d’articles de presse française et étrangère dans mes archives et je les ai comparés pour essayer de trouver une vérité dans un juste milieu. J’ai aussi dû renouer avec mon ancienne profession et m’intéresser au profil psychologique des jeunes recrues de l’Etat Islamique pour les décrire au mieux dans mon roman.

Mais je fais toujours des recherches avant d’écrire et si, ici, il y en a eu un peu plus qu’habituellement, c’était surtout pour parvenir à me détacher d’un trop plein d’émotions qui auraient parasité mon écriture. Mais ça n’a pas fondamentalement changé ma façon d’écrire, qui reste très spontanée dès que je pose les doigts sur le clavier.

Tes personnages sont mystérieux et ambivalents. Tu ne les juges pas, et tu laisses le lecteur se faire sa propre opinion…

Parce que ce n’est pas à moi de les juger. Moi je raconte et je donne à voir, c’est ça mon métier. Je n’ai pas à dire aux gens ce qu’ils doivent penser : je fais confiance à leur intelligence. Alors j’explore, je fouille des modes de vie aux antipodes de ce qu’on rencontre au quotidien et je reste descriptive quand il s’agit des personnalités.

Des gens comme Lars, par exemple, avec tous les excès qu’il peut avoir, j’en ai rencontré un paquet dans l’armée. Vu de l’extérieur ça peut sembler dingue et je laisse les lecteurs se faire leur opinion, juger que les curseurs sont trop haut pour être réels, ou au contraire réaliser qu’il existe des gens qui ne leur ressemblent en rien et s’y intéresser au travers du roman comme un entomologiste étudierait un insecte dans un vivarium.

Mes personnages sont avant tout humains. Ils ont leurs forces, leurs faiblesses, leur point de rupture, leurs excès, leurs réserves. Ils ne sont ni tout blancs, ni tout noirs… un peu comme les lecteurs qui les découvrent et les appréhendent avec leurs propres filtres et systèmes référentiels. Et les gens s’en sortent très bien par eux-mêmes : ils n’ont pas besoin de moi pour leur écrire des sous-titres !

Ce roman est une preuve magistrale que le thriller peut nous permettre de nous poser des questions sur nous-même. Le roman noir n’est-il pas justement un très bon vecteur pour se connecter au monde ?

Justement. Les fauves, s’il a les codes du thriller, est aussi un roman noir. C’est à dire un roman qui propose d’ouvrir une fenêtre sur la vie de nos contemporains et parle de la société, de son évolution, de politique, de religion, de ce qui nous anime et nous terrorise. Il parle de nous. Il a quelque chose d’organique, d’humain.

Et maintenant que j’ai mis un pied là-dedans, je ne suis pas prête de revenir en arrière pour faire du thriller pur. Le thriller est un genre que j’aime beaucoup mais je commençais à m’y sentir un peu à l’étroit. Le roman noir me correspond plus et me permet d’aller vers ce que j’aime dans le fait d’écrire : le partage d’idées, la réflexion partagée au détour d’une histoire qui tient en haleine.

Ton roman est sorti avant le terrible 13 novembre 2015. Cela aurait t-il une influence sur son écriture, si tu devais l’écrire aujourd’hui ?

Il a d’abord été créé suite aux attentats de janvier 2015. Alors non, ça ne changerait rien car j’étais déjà sous le choc quand j’ai écrit Les Fauves. En revanche, je pressentais que ces premiers attentats se reproduiraient, et que le danger viendrait de là, comme ça…

Je sais que ce roman a résonné étrangement suite au 13 novembre… mais je sais aussi qu’il a permis, après coup, à des personnes de se détacher un peu de tout ça, de la sur-réaction, en y trouvant des pistes de réflexion, de compréhension de ce qu’il se passe en France et dans le monde, en ce moment.

Ingrid Desjours

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Catégories :Interviews littéraires

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12 réponses

  1. Faudra vraiment que je le lise celui ci!!!!!Super interview!!!!;)

  2. j’ai l’impression qu’Ingrid s’est vraiment renouvelée sur celui là

  3. Bientôt en lecture….

Rétroliens

  1. Les fauves – Ingrid Desjours | EmOtionS – Blog littéraire et musical

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