Interview – 1 livre en 5 questions : Heimaey – Ian Manook

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Ian Manook

Titre : Heimaey

Éditeur : Albin Michel

Sortie : 26 septembre 2018

Lien vers ma chronique du roman

Une nouvelle fois tu nous emportes dans une aventure lointaine, tu es notre guide touristique des auteurs de thrillers 😉…

En fait, depuis le début, j’ai décidé de n’écrire que sur les pays où j’ai aimé voyager : la Mongolie de Yeruldelgger, le Brésil de Mato Grosso, les Appalaches de Hunter (et bientôt l’Alaska et La Louisiane), et aujourd’hui l’Islande où j’ai voyagé pour la première fois en 1973. Tous des voyages de jeunesse dans lesquels je me replonge par l’écriture (syndrome bien connu de l’auteur vieillissant). D’ailleurs, je tiens tellement à ce que seuls mes souvenirs nourrissent mon écriture, que jamais je ne retourne dans un de ces pays avant d’avoir terminé le roman qui le concerne. Même si j’ai terminé d’écrire Mato Grosso dans le delta de Tigre en Argentine, je ne suis retourné dans le Pantanal qu’après avoir écrit le mot fin et sans rien changer au roman après. Idem pour l’Islande où pourtant nous avons refait, l’an dernier avec nos trois petits enfants, exactement le circuit décrit dans le roman. Mais c’est vrai que cette fois, je suis très proche du guide touristique, parce que la structure du roman est vraiment celle d’un « road trip ». Le personnage principal refait avec sa fille le vrai tour touristique de l’île qu’il a fait, quarante ans plus tôt, en routard. L’occasion de donner une palette complète des beautés sauvages de cette île surprenante.

Heimaey est vraiment tout sauf un banal « copier-coller » de Yeruldelgger, version islandaise…

J’espère avoir démontré, dans ma petite bibliographie, que je ne cherche jamais à copier-coller, bien au contraire. Mato Grosso n’a rien à voir, au niveau de la construction et du style d’écriture, avec la trilogie mongole, et Heimaey est encore différent de par construction en « road trip ». Les seuls points communs à tous mes romans sont, je l’espère, une certaine qualité d’écriture que j’essaye d’adapter à chaque style d’histoire, et mon amour pour les pays traversés. Il se trouvera toujours des esprits curieux pour trouver des analogies entre ces romans, et il en existe forcément, puisque toutes ces histoires sortent de moi, mais en aucun cas elles sont calculées.

Cette intrigue a été puisée dans tes souvenirs de voyage (non pas qu’ils ont été jonchés de cadavres, enfin je ne crois pas !)…

L’Islande a été le point de départ du voyage initiatique qui a déterminé, dans ma jeunesse, l’homme, et peut-être l’écrivain que je suis devenu. Depuis un « hot pot » où mes compagnons de voyage de l’époque mijotions en mode cuisson lente dans de l’eau à 40°, sur les hauteurs de Husavik, j’ai vu entrer dans le port un bateau que j’ai reconnu. Une fille, dans l’auberge de jeunesse de Reykjavik m’en avait parlé. Le Trident effectuait des traversées pour le compte de l’université de Rhodes Island avec des équipes de scientifiques à bord qui sondaient, toutes les deux heures, le fond de l’océan. Descendre un filin avec une sorte de petite pelle mécanique jusqu’à 4000 mètres de fond pour essayer d’en rapporter une petite poignée de sable. La fille, américaine, avait été si malade dans ces eaux chahutées de l’atlantique nord, qu’elle m’avait confié ne pas vouloir remettre le pied sur le Trident pour son retour vers Rhodes Island. Je savais donc qu’il manquerait quelqu’un à bord. Alors je suis sorti du hot pot, rouge comme un homard, et je suis descendu jusqu’au port offrir au capitaine mes services de grand marin qui n’avait jamais navigué. Contrairement à la fille, qui appartenait à l’équipe scientifique, j’ai été affecté à l’équipage comme « homme de pont ». Le début d’un voyage qui durera 27 mois, avec d’autres épisodes marins, mais surtout beaucoup de route…

Cadeau de l’auteur ! Deux photos de Patrick « Ian Manook » Manoukian à l’époque (1973), en compagnie de ceux qui lui inspireront les personnages de Charlie et Marty (© Charlie Vestamannaeyjar)

Une fois de plus, tu nous présentes des personnages aux caractères bien trempés, d’ailleurs celui qui a le plus de tempérament est une jeune adolescente…

Quelqu’un m’a récemment fait remarquer que le personnage de la fille rebelle et dure avec son père est presque récurrent dans mes romans. Je ne m’en étais pas rendu compte, mais il ne faut y voir aucune référence à notre plus jeune fille Zoé. Je crois que ces caractères (La Sarah de Yeruldelgger, et la Beckie de Heimaey) sont plus une allégorie de la jeunesse et de la vie qu’une réflexion sur la paternité et le lien filial. Elles sont rebelles parce que la vie l’est. Souvent on écrit sur notre rébellion face à la vie qui ne nous satisfait pas. Quelques fois j’ai l’impression que c’est le contraire. C’est la vie qui se rebelle contre nous parce que nous ne sommes pas à la hauteur. Je crois que, inconsciemment, c’est ce thème qu’incarnent ces personnages. Avec une signification plus forte cette fois grâce au lien qui s’établit, dans le temps, entre la fille de Soulniz, Beckie, et la fille du même âge qu’il a aimé à l’époque, Abbie. D’ailleurs le visage sur la couverture du roman peut aussi bien être celui de l’une ou de l’autre. Alors c’est vrai, comme Soulniz entraîne Beckie dans le même voyage qu’il a fait quand il était, lui aussi, adolescent, ce roman est peut-être aussi une réflexion sur l’adolescence.

Tu connaissais les lieux, mais as-tu été surpris de les revisiter à travers ta plume et cette étonnante intrigue ?

Pas vraiment, parce que j’ai toujours gardé en tête un souvenir très précis de ce premier voyage en 1973. Il faut dire qu’à part les crimes, j’ai vécu à l’époque pratiquement tout ce que je raconte dans le roman avec, entre autre, l’épisode de l’éruption du volcan sur l’île de Heimaey. Toute la partie descriptive des paysages m’est donc venue très facilement, dans un jet fluide et plutôt régulier, sans effort. Et comme j’écris sans plan, c’est-à-dire sans savoir d’un chapitre à l’autre ce qu’il va advenir de mes personnages, dans ce roman « road trip », c’est même le voyage lui-même, donc les paysages, qui ont guidé mon écriture. C’est, par exemple, parce que je voulais me souvenir de l’incroyable troll de Hirvsekur, que je voulais le décrire pour le lecteur, que j’ai imaginé l’enlèvement de Beckie auquel je n’avais jamais pensé auparavant. Pareil pour la scène dans les grottes du lac Myvatn, ou celle au bord des eaux furieuses de Dettifoss. Ou le passage où je mets en scène Beckie et son ravisseur aux milieux des blocs de glace qui dérivent dans la lagune glaciaire de Jökulsàrlon. Il faut lire cette scène en sachant que j’y situe un rebondissement de l’intrigue avant tout parce que je ne voulais pas parler de l’Islande sans repenser au choc que fut pour moi, en 1973, la découverte de ce site hypnotique.

Et je dois dire que plus de quarante ans plus tard, une fois le roman terminé, quand nous avons refait ce même itinéraire avec nos trois petits enfants, j’ai tout revu avec mes yeux d’alors. Bien sûr l’Islande a changé, mais l’essentiel demeure de la force et de la beauté des paysages. J’ai découvert le Blue lagoon, qui n’existait pas à l’époque de mon premier voyage, et que je ne connaissais que par des récits de voyageurs, et je me suis étonné de le découvrir exactement comme je l’avais décrit dans le roman. Parce qu’il ne pouvait en être autrement. Parce que l’Islande que je connaissais ne pouvait concevoir ce lagon, tropical et polaire à la fois, autrement que comme il a été réalisé. Un peu comme si le pays lui même, avec sa nature, ses légendes, son histoire, guidait tout : mon écriture comme mes personnages.

Photo de la lagune glaciaire (© Françoise Manoukian)

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Catégories :Interviews littéraires

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4 réponses

  1. Je rêverais de me faire l’Islande à cheval !!!!! Tout en lisant le livre puisque les petits chevaux islandais ont une allure rapide où tu peux tenir un verre de bière sans en renverser une goutte !! (le tolt)

    Ensuite, moi aussi j’irais me faire mijoter dans les eaux chaudes pour dire merde aux courbatures, tout en finissant de lire… Bon, elle est où l’agence de voyage la plus proche ??? Avec Manoook comme guide du Routard, ça va le faire ! 🙂

    Tiens, pour sa coucher moins bête :

Rétroliens

  1. Heimaey – Ian Manook – EmOtionS – Blog littéraire et musical

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