Interview – 1 livre en 5 questions : Le douzième chapitre – Jérôme Loubry

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Jérôme Loubry

Titre : Le douzième chapitre

Éditeur : Calmann-Lévy

Sortie : 19 septembre 2018

Lien vers ma chronique du roman

« Le douzième chapitre » est ton second roman, après « Les chiens de Détroit ». Même si c’est aussi un thriller, il est très différent, du fait qu’il se déroule en France, mais également par son ambiance…

En effet, j’ai voulu travailler dans un cadre diamétralement opposé. Le danger (ou la facilité) aurait été de replacer mes personnages dans un cadre sombre, inquiétant, tant propice au drame. Je me suis lancé le défi de situer le tragique dans un lieu où il n’a d’habitude pas sa place. On est ici sur la plage, au milieu des rires, des cerfs-volants, des premiers baisers et des premières impressions de liberté. Et puis Détroit correspondait à la psychologie de mes personnages, Stan et Sarah. Ici, je me suis servi de mes souvenirs d’enfance, il y a beaucoup plus de « moi » dans le Douzième chapitre que dans Les chiens de détroit. Les lieux, les personnages, les sensations, jusqu’au rouquin lui-même…

Décidément, tu aimes mettre en scène des histoires avec des enfants ! Pour celle-ci, tu sembles avoir beaucoup travaillé pour qu’on entre en forte empathie avec eux…

Je ne dirais pas que je les ai beaucoup travaillés mais que j’ai beaucoup pensé à eux. David, Samuel et Julie sont devenus mes « potes » aussi naturellement que si j’avais été à leur côté. J’ai foulé le sable avec eux, je les ai écouté, observé tout en écrivant leurs dialogues. Ils sont les murmures de ma propre enfance. Il a simplement fallu que je me souvienne…

Ce qui pourrait également rapprocher les deux romans, c’est cette intrigue qui tourne autour d’une quête personnelle qui vire à l’obsession…

C’est exact. Dans les Chiens de Détroit, Stan Mitchell était obsédé par le Géant de brume. En tant que père, il « personnalisait » la souffrance des parents puisque son fils avait le même âge que les victimes retrouvées dans les rues de la ville.

Ici, l’obsession est beaucoup plus naturelle. Il s’agit d’un homme qui, par le biais de ce mystérieux manuscrit, voit la mythologie de son enfance se craqueler. Les enfants forment leurs jugements par leurs propres perceptions mais aussi via les jugements des adultes. D’une certaine manière, ils sont un peu coincés dans cette caverne platonicienne où la vérité est souvent des ombres projetées par d’autres. Par exemple, dans le Douzième chapitre, David et Samuel éprouvent une grande frayeur lorsqu’ils croisent le rouquin. Mais cette peur n’est pas seulement nourrie par le fait que cet homme soit solitaire, inquiétant ou même marqué par une cicatrice sur le visage. Les enfants le craignent surtout parce qu’ils lisent la peur dans le regard des adultes.

Devenu adulte, David va être obligé de se replonger dans cette enfance pour y découvrir la vérité. Il va non seulement devoir retrouver le chemin de cette caverne de faux semblants, mais aussi en faire sortir l’enfant qu’il était. La quête personnelle va tourner à l’obsession, mais une obsession viscérale, intime, non pas une obsession lié à une personnalisation ou à un transfert.

En terme narratif, c’est compliqué d’ainsi jongler entre passé et présent ?

Comme pour les chiens de détroit, je ne fais aucun plan lorsque j’écris. La narration se crée au fur et à mesure des chapitres. J’aime cette liberté. C’est une gymnastique cérébrale excitante, qui permet à l’auteur d’être surpris par les chemins et les possibilités qui se présentent devant lui. Pour Le Douzième chapitre, l’idée de départ était de raconter une histoire d’amour. Bien sûr, en tant qu’auteur de thriller, cette histoire d’Amour devait prendre une certaine tournure… Mais au final, c’en est bien une. Jongler entre le passé et le présent est une manière d’explorer et de comprendre les failles de chacun. Pour moi, ce n’est pas difficile mais presque naturel. La linéarité narrative me paraît beaucoup plus compliquée. Et surtout j’écris des histoires que j’aimerais lire. Et j’ai toujours aimé cet état de confusion légère qui précède le ravissement de la compréhension. Jongler entre les époques, c’est aussi le moyen de jongler avec le lecteur, lui faire comprendre que tout à une cause première, de distiller les indices… jusqu’au douzième chapitre…

Il y a un vrai coté nostalgique dans ton récit, non ?

On pourrait l’appeler la « nostalgie du premier baiser », cette vague qui s’échoue de temps à autres sur le récif de notre vie présente. On est très loin du « c’était mieux avant » (formule que je déteste). Cette nostalgie est plutôt comme une vieille amie qui vient nous murmurer à l’oreille « Eh ! Tu te souviens ? » avec bienveillance et considération pour le chemin parcouru depuis. Alors on lui répond. Ce livre est ma manière de lui répondre « oui, je me souviens », sans amertume, sans tristesse, simplement avec le sourire et la reconnaissance. C’est un gros merci à mon enfance.

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Catégories :Interviews littéraires

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3 réponses


  1. https://polldaddy.com/js/rating/rating.jsJ’avais beaucoup aimé Les chiens de Détroit, moi qui lis peu de thriller, je me note celui-ci 😉

  2. C’est vraiment un gros coup de cœur pour moi ce livre !!!

Rétroliens

  1. Le douzième chapitre – Jérôme Loubry – EmOtionS – Blog littéraire et musical

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