Interview – 1 livre en 5 questions : Les fantômes de Manhattan – R.J. Ellory

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

R.J. Ellory

Titre : Les fantômes de Manhattan

Éditeur : Sonatine

Date de sortie : 07 juin 2018 

Lien vers ma chronique du roman

Ce livre est en fait ton deuxième roman, jamais paru en France. Quel regard portes-tu sur lui, aujourd’hui ?

C’est intéressant, qu’après que Papillon de nuit ait été enfin publié en français (après être sorti en Angleterre en 2003), je suis amené à parler de livres qui ont été écrit il y a 15 ans.

J’ai changé. Ma façon d’écrire a changé. Je regarde l’écriture d’une manière différente. Je dis souvent aux gens, quand je parle d’écriture en général, que si tu lis un texte que tu as écrit il y a 6 mois et que tu ne vois pas comment tu pourrais l’améliorer aujourd’hui, alors tu n’as pas évolué en tant qu’écrivain. On a tendance à être critique sur nos anciens textes, mais c’est surtout qu’on est devenu un écrivain ou un narrateur plus accompli.

Alors, qu’est ce que je ressens au sujet de ces livres ? Je les estime énormément. Je les écrirai différemment aujourd’hui mais je ne sais pas si je les raconterai mieux.

Évidemment, ce ne sont pas les premiers livres que j’ai écrits. J’ai écrit plusieurs romans avant d’être publié, mais celui-là, Les fantômes de Manhattan, est intéressant parce que c’est le premier livre que j’ai écrit sous contrat avec une maison d’édition. Je l’ai écrit sachant que j’allais être publié. Cela a changé mon attitude et je pense que ça a contribué à m’apporter un peu plus de confiance en moi, je me sentais plus courageux en rédigeant le cadre de mon histoire. 

Je pense que la conscience que j’allais être lu par des gens a « challengé » ma capacité à écrire. Je voulais également challenger les lecteurs. Je ne voulais faire preuve de prudence dans ce que j’écrivais. Je voulais simplement commencer cette aventure d’écrire le roman le plus grand, le plus rassembleur que je pouvais imaginer. Le livre couvre des décennies d’événements en Europe et en Amérique. Il parle d’aspects historiques et d’événements factuels très importants, autant politiquement que culturellement. Les recherches ont été importantes et cela m’a vraiment permis d’entraîner mon imagination. Je pense que ce livre, et la façon dont il a été perçu, a confirmé le chemin que je voulais suivre pour d’autres livres comme Vendetta et Les anonymes.

Cette histoire est particulière, en partie parce que le personnage principal est une femme…

Oui, c’est certain. Un challenge vraiment intéressant. C’est ce que j’ai vraiment aimé dans ce livre. Au début, je me suis clairement demandé si je serai capable d’écrire ou pas une histoire crédible et réelle ayant une femme pour personnage central. Bien sûr, je n’en étais pas certain, mais une fois que j’avais l’idée en tête, je ne pouvais plus la laisser filer.

Après Seul le silence, c’est le livre pour lequel j’ai eu le plus de lettres et d’e-mails, la plus grande partie venant de femmes. Elles se sont toutes identifiées à Annie O’Neill. Elle est très réelle. Elle a une personnalité très particulière. C’est un personnage exceptionnellement solide. Il est très facile d’en tomber amoureux. Elle est fragile et vulnérable mais elle grandit et évolue dans le livre. Elle est vraiment le thème central du livre.

Annie vit dans ma mémoire, et je me souviens d’elle avec beaucoup d’affection. Dans un sens, je crois que je la perçois comme la sœur que je n’ai jamais eue. Lorsque j’écrivais à son sujet, mon instinct me disait de prendre soin d’elle, de m’assurer qu’elle était bien, mais en même temps de lui donner son indépendance et la faculté de comprendre qu’elle était tout à fait capable de prendre soi d’elle-même.

Annie était fragile, mais c’était juste une apparence. En vérité, elle était très résistante, plus qu’elle ne le croyait, elle s’est révélée forte, plus capable et plus résiliente que quiconque dans le roman. Je suis vraiment curieux de savoir comment ce livre sera perçu, surtout pas les lectrices.

J’ai vraiment été intéressé par ce mélange de faits réels et de fiction et les lecteurs l’ont été aussi.

C’est bel et bien un roman noir, mais l’amour n’a jamais été aussi présent dans ton œuvre…

C’est intéressant que tu dises ça ! Oui, c’est un roman qui parle d’amour entre un homme et un enfant, même si cet enfant n’est pas le sien. C’est un roman qui parle de l’amour d’une fille pour un père qu’elle n’a jamais connu.

Il y a une histoire d’amour à l’intérieur du roman quand Annie trouve David, mais c’est aussi l’amour que l’on peut découvrir pour la littérature, pour l’émotion pure, pour la vie.

Annie est persuadée qu’elle sera seule toute sa vie, et le lecteur se demande si elle est simplement trop abîmée pour survivre. En fait, ses expériences ne la rendent pas plus forte. Ses expériences révèlent simplement la force qui était déjà en elle mais dont elle ignorait la présence.

Dans un certain sens, c’est aussi un livre sur comment elle apprend enfin à s’aimer elle-même.

Les livres peuvent vraiment changer le cours d’une vie ?

Tu me demandes vraiment ça ? Tu connais la réponse ! Bien sûr que oui. J’y crois dur comme fer. Tu vis une vie, là, maintenant, mais quand tu lis des livres, tu peux vivre des milliers de vie à la fois. Lire change tout. Lire t’aide à penser, ça t’apporte de la clairvoyance, la compréhension des choses que tu ne saisirais pas autrement. Ça ouvre tes yeux et ton esprit sur l’histoire de la création tout entière et de l’expérience. Si tu ne lis pas, alors la potentialité d’avoir une meilleure compréhension des choses devient très limitée.

Ma vie a été changée par les livres et je suis persuadé qu’elle continuera à changer encore et encore dans le futur.

Même si le récit est contemporain, on y retrouve ta fascination pour l’Histoire (avec un grand H) et ses répercussions dans le quotidien des personnages…

Oui sans aucun doute. C’est un point commun à tous mes livres. Je pense que tu peux trouver deux thèmes dans chaque roman que j’écris.

Le premier est l’idée d’Hitchcock selon laquelle un humain ordinaire peut se retourner dans une situation extraordinaire. La seconde est la manière dont j’introduis des personnages de fiction dans des lieux et des événements historiquement significatifs et reconnaissables.

Ici, nous sommes dans l’Histoire de la Pologne, à la fin de la seconde guerre mondiale et la libération des camps de concentration, la lutte américaine contre la pègre, et tous les chemins qui vont vers une New York moderne, personnage emblématique en elle-même.

Je suis un drogué de recherches. Je lis continuellement des histoires non romancées. J’aime regarder l’Histoire sous le prisme d’un changement perpétuel mais continu de l’histoire humaine, et comprendre comment nous avons tous appris et échoué des expériences passées. Je crois que le passé aura toujours la part belle dans mon travail. Le passé n’est pas seulement un catalogue comprenant des histoires extrêmement fascinantes, mais aussi une inspiration, une motivation pour toutes les conséquences qui en découlent.

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Catégories :Interviews littéraires

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5 réponses

  1. Magnifique! Merci pour cette interview!!! J’ai adoré Annie, c’est un personnage féminin qui m’a touchée…Je ne savais pas que c’était son deuxième roman….Quand je pense à Papillon de nuit ❤ et au coup de coeur que j'ai eu, Les fantômes de Manhattan est très réussi aussi, Coup de coeur également….<3 Bref, j'adore cet auteur!!!!

  2. Toujours très intéressant de lire les pensées de RJ Ellory 😉

  3. J’ai lu ta chronique l’autre jour et mis ce livre dans mon pense-bête.. mais là avec l’interview, ça me donne encore plus envie de le découvrir! et j’adore ce qu’il a dit sur les livres:  » Tu vis une vie, là, maintenant, mais quand tu lis des livres, tu peux vivre des milliers de vie à la fois. Lire change tout. Lire t’aide à penser, ça t’apporte de la clairvoyance, la compréhension des choses que tu ne saisirais pas autrement. Ça ouvre tes yeux et ton esprit sur l’histoire de la création tout entière et de l’expérience. Si tu ne lis pas, alors la potentialité d’avoir une meilleure compréhension des choses devient très limitée. »

Rétroliens

  1. Les fantômes de Manhattan – R.J. Ellory – EmOtionS – Blog littéraire et musical

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