Interview – 1 livre en 5 questions : Sœurs – Bernard Minier

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Bernard Minier

Titre : Sœurs

Éditeur : XO

Sortie : 05 avril 2018

Lien vers ma chronique du roman

Ce roman est l’occasion de nous plonger dans deux époques, l’actuelle et les années 90, où on découvre ton personnage récurrent lors de sa première grande enquête…

Oui, la première partie se déroule en 1993, les deux autres aujourd’hui. Il n’aura échappé à personne (du moins pour ceux qui sont nés quelques décennies plus tôt) que le monde a connu une révolution au cours des vingt-cinq dernières années. Internet, les téléphones portables, les ordinateurs au bureau ou à la maison, les réseaux sociaux : tout ça n’existait pas en 1993. Aujourd’hui, tout le monde ou presque a l’œil rivé sur l’écran de son téléphone. Nous avons changé, pas seulement le monde. Notre vie quotidienne a changé, nous ne sommes plus les mêmes. Elle a été bouleversée par la technologie, et même notre façon de penser, de raisonner a changé. Et, conséquemment, le travail de la police ; aujourd’hui, les enquêtes criminelles s’appuient avant tout sur trois choses : l’ADN, la téléphonie mobile et les caméras de surveillance. Aucune de ces trois choses n’existait ou n’intéressait la police en 1993.

Par ailleurs, en effet, ça me permet de montrer un Servaz jeune, ayant encore les cheveux longs, frais émoulu de l’école de police et sorti peu de temps avant de l’université, confronté à sa première grosse affaire – et quelle affaire… Je pense que les lecteurs vont aimer ce jeune Servaz et surtout que cela va éclairer certains aspects de sa personnalité qu’ils connaissent déjà.

C’était compliqué de rebondir après le final en apothéose de « Nuit » et le face à face entre Servaz et son pire ennemi ?

Disons que je n’ai pas envie d’écrire chaque fois le même livre. Bien entendu, cette histoire est loin d’être terminée. Il y a aussi Marianne qui va finir par réapparaître : je ne les oublie pas, évidemment.

« Sœurs » est une histoire d’obsessions…

Oui, il y a l’obsession de Servaz pour ces deux sœurs assassinées et découvertes habillées en communiantes, cette affaire qui va revenir le hanter vingt-cinq ans après ; il y a l’obsession de quelques fans pour Erik Lang, leur auteur de romans policiers préféré, obsession qui peut prendre des aspects aussi inquiétants qu’inattendus… celle d’Erik Lang lui-même pour les aspects les plus morbides, les plus sombres de l’existence… et certaines images qui reviennent de manière obsessionnelle tout au long du livre : des communiantes, des serpents…

Tu sembles t’être bien amusé à placer cette intrigue dans le monde de l’édition…

Moins dans le monde de l’édition que dans celui des auteurs et de leurs lecteurs – ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Vue de l’extérieur, l’écriture est une activité tellement mystérieuse. Cela fait longtemps que je réfléchis à ce lien qui unit un auteur à son lecteur. Je dis « son » et pas « ses » parce que chaque lecteur est seul quand il lit avec l’auteur, avec sa voix, et cela crée un lien très direct, très intime entre eux. Ici, cette relation prend parfois une tournure particulière, voire dangereuse, du fait à la fois de la personnalité d’Erik Lang, de ses écrits assez amoraux puisque le mal l’emporte souvent sur le bien et de certain(e)s de ses lecteur(trice)s. Lang est un type ambigu, indéchiffrable, trouble et passablement antipathique et arrogant. Je dois préciser que la plupart de mes confrères ne lui ressemblent guère. Ce sont des gens ouverts, charmants, amusants, comme 99 % de mes lecteurs sont des personnes saines et équilibrées. Du reste, un journaliste m’a fait un joli compliment cette semaine en me disant que j’étais « l’anti-Erik Lang ». Mais méfions-nous des apparences : dans un thriller, elles sont souvent trompeuses…

« Sœurs » est un polar, mais la palette d’émotions est large et elles sont constamment palpables…

On va assez loin en effet, me semble-t-il, dans l’intime et dans l’émotion. Et cela pour deux raisons : il y a deux axes dans ce roman ; le premier est horizontal – c’est ce lien qui unit ces deux sœurs d’abord adolescentes puis jeunes adultes, deux sœurs que tant de choses réunissent – à commencer par leur fascination pour Erik Lang – et que tant d’autres séparent. Et puis, il y a un axe vertical : c’est la relation père-fils, celle que Servaz entretenait avec son père, lequel s’est suicidé peu de temps avant qu’il entre dans la police, et celle qu’il entretient avec son propre fils, Gustav, dont il a appris l’existence tardivement (voir Nuit). Où on découvre que cette relation est fondatrice de ce que nous sommes et jamais simple. Et, oui, je crois que Sœurs se termine vraiment dans l’émotion, j’ai du reste été moi-même très ému en écrivant certaines pages…

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Catégories :Littérature

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7 réponses

  1. Rendez-vous toujours aussi passionnant!! Excellente façon pour bien commencer la semaine en ce lundi maussade. Merci du partage 🙂

  2. Il est entré dans mon écurie de purs-sang livresque ! Un peu et surtout à cause de toi, sale garnement ! 😀

    Merci pour l’interview : à l’auteur et à toi 🙂

  3. Cela motive encore plus à rapidement m’y plonger ! Mais j’en ai encore 2 de retard !

Rétroliens

  1. Sœurs – Bernard Minier – EmOtionS – Blog littéraire et musical

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