Emma dans la nuit – Wendy Walker

Je pense qu’il y a deux sortes de livres. Ceux qui font tout pour vous bringuebaler, entre action et dépaysement, et ceux qui vous font vivre un voyage intérieur. Emma dans la nuit est à classer dans cette deuxième catégorie, en nous plongeant profondément dans la psyché de personnages, sans presque bouger de place.

Le cri

Je laisse la parole à Wendy Walker, à travers les mots de l’un de ses personnages principaux :

« Je pense qu’il y a deux sortes de personnes : celles qui ont un cri à l’intérieur et les autres. Les premières sont toujours trop en colère, trop tristes ou elles rient trop fort, jurent trop, prennent des drogues ou ne tiennent pas en place. (…) Je ne crois pas qu’on naisse avec le cri. Ce sont les autres qui vous le mettent à l’intérieur, avec ce qu’il vous font, vous disent, ou ce que vous voyez faire ou dire. Et je ne pense pas qu’on puisse s’en débarrasser. Si vous n’avez pas le cri, vous ne pouvez pas comprendre ». Une traduction en mots du cri d’Edvard Munch.

Je pense qu’il y a deux sortes d’auteurs. Ceux qui effleurent à peine la psychologie des protagonistes et ceux qui vont tellement loin qu’on a l’impression de lire dans leurs pensées. Quand elles sont du genre dysfonctionnelles, c’est flippant (en même temps, la normalité, ça ne veut rien dire). J’ai beau adorer lire les thrillers psychologiques, j’ai rarement lu un auteur capable d’une telle empathie et d’une telle analyse.

Infinité de l’esprit humain

Je pense qu’il n’est jamais facile d’écrire un deuxième roman, lorsque le premier a fait la quasi unanimité et a marqué durablement les lecteurs, comme l’a fait Tout n’est pas perdu. Même si j’ai trouvé ce second livre moins innovant dans l’approche, on y retrouve les mêmes qualités.

Deux disparitions. Deux sœurs de 17 et 15 ans. Retour de l’une d’elles, trois ans après. Intrigant. Je connais peu d’écrivains capables de tenir en haleine, d’imprimer un sentiment de malaise, sans faire appel à des scènes remuantes. Emma dans la nuit, ou l’art du thriller immobile, celui qui hypnotise, celui qui fait vivre au plus près les ressentis des personnages.

On pense souvent que l’immensité des continents est le plus grand des terrains de jeu. Il n’atteindra jamais l’infinité de la psychologie et des pensées humaines (et de leurs névroses).

Narcisse

L’auteure s’appuie sur un trouble psychologique rarement décrit dans les romans du genre. Un thriller domestique, avec des personnages qui pourraient être vos voisins. A la différence près qu’on est dans l’ambiance bien particulière et très américaine des familles sans soucis financiers. Mais pas sans tourments névrotiques.

Je suis, une fois de plus, bluffé par la capacité qu’à Wendy Walker de nous plonger dans les méandres de l’esprit humain, et de nous faire entrer dans l’intime. Le livre ne ment pas, il déforme la réalité, nous fait interpréter les choses selon notre propre prisme, pour mieux nous la renvoyer en pleine face.

Parfois clinique, parfois avec des émotions exacerbées, Emma dans la nuit est une lecture prenante qui prouve qu’il va falloir compter sur Wendy Walker à l’avenir, quels que soient vos goûts littéraires.

Sortie : 15 février 2018

Éditeur : Sonatine

Genre : Thriller psychologique

Traduction : Karine Lalechère

Ce que j’ai particulièrement aimé :

La précision de l’analyse psychologique

La tension engendrée, rien qu’à suivre les pensées des personnages

Le type de narration

4° de couverture

Deux sœurs disparaissent. Trois ans plus tard, une seule revient. Dit-elle toute la vérité ?
Emma, 17 ans, et Cass, 15 ans, sont les sœurs Tanner, devenues tragiquement célèbres depuis leur inexplicable disparition. Après trois ans d’absence, Cass frappe à la porte de chez ses parents. Elle est seule. Elle raconte comment sa sœur et elle ont été victimes d’un enlèvement puis retenues captives sur une mystérieuse île. Emma y serait toujours. Mais la psychiatre qui suit cette affaire, le Dr Abigail Winter, doute de sa version des faits et s’intéresse de plus près aux Tanner. Elle finit par découvrir, sous le vernis des apparences, une famille dysfonctionnelle régentée par une mère narcissique. Que s’est-il réellement passé trois ans auparavant ? Cass dit-elle toute la vérité ?

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Catégories :Littérature

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13 réponses

  1. Je viens de terminer  » tout n’est pas perdu » hier et j’ai adoré. Quelle finesse dans le choix des mots. Et quelle émotion. Ta chronique tombe à pic !

  2. Et bien, je vois que l’inspiration était de la partie!^^ Je partage ton ressenti et j’adore ta façon d’en parler!
    Wendy Walker est vraiment une auteure incontournable …Vivement le prochain! 😉

  3. Je suis en plein dedans, et je partage !

  4. One more in the pocket… yapuka, comme d’hab 😉

  5. Le titre me fait penser à une mauvaise série de l’été TF1, comme il en fleurissait avant, et que je regardais avec avidité…

    Comme le Lord, je l’ai aussi, yapuka 😉

  6. J’ai également beaucoup aimé ce roman, il chamboule le lecteur sur place, car comme tu le dis si bien, l’action se déroule dans un périmètre réduit et pourtant…que d’émotions.

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