Interview – 1 livre en 5 questions : Iboga – Christian Blanchard

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

CHRISTIAN BLANCHARD

Titre : Iboga

Éditeur : Belfond

Date de sortie : 25 janvier 2018

Lien vers ma chronique

D’où vous est venue cette idée de parler d’un assassin qu’on découvre, dans le livre, à la fin des années 80 ?

Lors de la préparation d’un livre, mes sens sont en alerte. Je lis quotidiennement la presse, je visionne des documentaires, et fouine sur Internet. Concernant IBOGA, je suis parti de deux documentaires. L’un sur un « séjour touristique » autour de la drogue iboga et l’autre sur un fait divers aux USA : un jeune homme afro-américain condamné à la chaise électrique pour meurtre. Le procès avait démontré la manipulation et l’emprise d’un adulte d’une quarantaine d’années tuant des gens par l’intermédiaire de ce jeune homme… Ces deux thèmes associés à mes sujets de travail récurrents (enfermement, manipulation…) ont abouti au livre.

Situer le début du livre au moment de l’abolition de la peine de mort en France est devenu évident pour aborder, comme dans le reportage, la problématique de la peine capitale (référence au temps et à l’attente).

Ce personnage a tout pour effrayer a priori, pourtant vous arrivez à nous faire entrer en empathie avec lui et sa terrible histoire…

J’adore ça ! Jefferson tue et pourtant, sans l’excuser, on peut lui donner des circonstances atténuantes. Il est le bras armé d’un homme qui le domine complètement… Je pense qu’on a tous cette ambiguïté en nous. Deux facettes. Attirance / refoulement… Conflit sous un crâne…

C’est un roman sur l’enfermement, et pas seulement parce qu’il se déroule en prison…

Oui. Tout à fait. L’enfermement est pour moi un thème obsédant. Bien sûr, il y a l’aspect enfermement physique. J’ai rencontré des personnes en prison et je me suis toujours demandé comment elles pouvaient vivre leur incarcération. J’ai échangé par courrier durant quelques années avec un détenu. Deux éléments m’ont particulièrement frappé : En prison, les secondes s’écoulent lentement et pourtant les années finissent par passer… En prison, on est infantilisé avec un timing précis et immuable. Aucune place pour l’imprévu…

L’autre aspect est bien sûr l’enfermement mental. Comment peut-on passer des jours, des mois et des années, seul entre 4 murs avec 9 m² au sol ? À quoi pense-t-on et où vont les pensées ? Quelles sont les perspectives ? La folie n’est pas loin.

Attention. Je n’ai pas pour autant de la compassion pour les meurtriers. Une démocratie ne peut pas exister sans loi ni devoir… La prison a son utilité. Je me mets simplement dans la peau d’un gars qui part pour des années d’enfermement avec comme compagnons… lui-même et son passé.

Tout est écrit dans la vie, selon la manière dont on la débute, selon vous ?

Pour moi, le gène du meurtrier n’existe pas. Certaines personnes sont peut-être plus fragiles que d’autres face à la noirceur de son âme. Je reste persuadé que les prédispositions au passage à l’acte « meurtrier » prennent leur source dans la petite enfance ou plus tôt encore. Carences affectives, maltraitance sont des facteurs aggravants.

Évidemment, ce n’est pas parce qu’on a eu une enfance difficile que l’on devient un délinquant ou un meurtrier, mais je suis persuadé que chaque meurtrier a une carence quelque part. Cela n’excuse rien mais c’est un élément de compréhension.

Votre manière d’écrire fait beaucoup dans ce qu’on ressent à travers cette lecture. Comment avez-vous travaillé cette lancinante impression d’étouffement qu’on éprouve entre ces quatre murs de papier ?

J’aime beaucoup votre expression : « quatre murs de papier ». C’est un beau compliment.

Je ne peux pas écrire une histoire pareille sans être moi-même conditionné… Au fil des mots et des chapitres, le film de l’histoire se déroule dans ma tête. Écris à la première personne, j’ai été Jefferson Petitbois. Je ne peux pas raconter une histoire « aussi forte » sans la vivre un peu.

Lorsque je suis devant l’ordinateur et le clavier, le rideau de la fenêtre est baissé et la musique sort des enceintes entourant l’écran.

Avec le temps (IBOGA n’est pas mon premier roman), j’ai affûté mon écriture et la construction des chapitres. Je décris très peu les lieux et les personnages. Au lecteur de faire son propre film et de mettre ses propres visages. Ce qui m’importe sont les sensations et, je l’espère, les émotions. Pas évident d’en donner en étant extérieur au sujet.

Suivant les scènes, les chapitres, mon rythme cardiaque monte et même quelques fois mes yeux brillent…

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Catégories :Interviews littéraires

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4 réponses

  1. Ah voilà un auteur que je défends depuis des années.
    Je ne souviens de ma rencontre avec lui au salon du livre de Paris quand il était son propre éditeur.
    Je suis super contente que le grand public fasse enfin sa connaissance.
    C’était il y a plus de 10 ans quand j’y pense !!!
    ça ne ma rajeuni pas tout cela.
    Et la manipulation c’est un peu ça marotte ! lol

Rétroliens

  1. Iboga – Christian Blanchard – EmOtionS – Blog littéraire et musical

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