Interview – 1 livre en 5 questions : Juste après la vague – Sandrine Collette

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Sandrine Collette

Titre : Juste après la vague

Éditeur : Denoël

Sortie : 18 janvier 2018

Lien vers ma chronique

D‘où t’est venue cette idée d’écrire un roman post-catastrophe ?

Tout ce qui peut mettre l’humain en situation de survie est une fascination pour moi. C’est un thème que l’on retrouve presque toujours dans mes romans, dans toutes ses déclinaisons. Une sorte d’exploration de l’apocalypse mélangée à mes influences de contes et légendes, et à la sidération devant la force et la démesure de la nature – peut-être le plus grand tueur du monde. Cette fois, je suis allée chercher le déluge. Le déclic, comme souvent, est un peu décevant je crois : je participais à un festival du polar que j’aime beaucoup, dans le sud, et il a plu pendant deux jours. Mais pas du crachin. De la pluie qui mouille, avec des gouttes grosses comme des noisettes, le genre de temps qui ne te laisse aucune chance quand tu décides de sortir parce qu’il faut bien rejoindre le salon : quand tu arrives, tu ressembles à un vieux chat mouillé. Ça a été le déclencheur.

Tu sembles avoir volontairement brouillé les pistes pour qu’on n’arrive pas à situer géographiquement l’action…

Exactement. Je ne veux passer ni pour un prophète (maudit !), ni pour une menteuse. C’est en partie pour cela que je n’ai à aucun moment voulu situer le roman, pour qu’il reste une fiction, pas un sort jeté quelque part ni une promesse qui n’adviendra jamais. Par superstition aussi, qui sait ? Mais il y a une autre raison : en laissant le flou sur le lieu, je le rends universel. Dès lors qu’il y a une mer, cela peut être partout. Tout le monde peut se sentir concerné. Ce n’est pas seulement le séisme d’Haïti, à des milliers de kilomètres.

Ceci dit, un raz-de-marée géant découlant de l’éruption et/ou de l’écroulement d’un volcan, c’est quelque chose qui est déjà arrivé. Le plus impressionnant de ces événements a été reconstitué par les scientifiques, c’était il y a 70.000 ans dans une île du Cap-Vert. La vague créée aurait mesuré 300 mètres de haut (soit un immeuble de 50 étages) et propulsé des blocs de roche de 700 tonnes à presque un kilomètre dans les terres.

Le plus difficile à vivre dans cette histoire, au-delà des conditions apocalyptiques, c’est l’horreur du choix porté sur les épaules des personnages…

Parfois, on est obligé de faire des mauvais choix. Quelle que soit la décision que l’on prend, on sait qu’elle n’est pas satisfaisante, ce n’est pas ce que l’on aurait voulu. Ce sont les choix que l’on fait quand on n’a pas le choix, la solution du moins pire. Mais au fond, on ne sait jamais si c’est la meilleure des mauvaises solutions que l’on a choisie. Peut-être y avait-il une meilleure alternative, et on ne l’a pas trouvée, on n’y a pas pensé. Peut-être la suite des événements nous fait-elle douter de la pertinence de notre choix. Mais c’est trop tard. Ce qui est fondamental, c’est qu’à l’instant où l’on fait ce choix, on en portera la responsabilité et la culpabilité jusqu’au bout. Parfois, il s’avère que c’était trop lourd pour nous…

C’est un roman noir, dur, mais paradoxalement empli de lumière aussi…

Je crois que j’ai admis qu’un roman pouvait être noir même s’il y a de la lumière dedans. Au début, j’avais le sentiment que tout devait être sombre ; ensuite, au troisième ou quatrième roman, j’ai pris conscience que la noirceur ne prend jamais tant d’éclat que quand elle se confronte à la lumière, par contraste, par saisissement. Il y a une telle joie à écrire ces petits puits d’espoir, ces petites lueurs de soleil, à se couler dans le soulagement ou le minuscule bonheur des personnages. Et puis c’est aussi une façon de ménager des temps de respiration pour que les lecteurs arrêtent de penser que je suis vraiment un monstre… !

Comme avec ton précédent roman, ce sont surtout les personnages qui font l’histoire et qui marquent l’esprit…

Bien sûr, il faut qu’une histoire se raconte. Mais pour moi, la psychologie des personnages et l’atmosphère (ou l’environnement, ou la nature) prévalent sur l’action. Je dis parfois qu’il ne se passe pas grand-chose dans mes romans. En fait, il se passe plein de petites choses, mais je n’ai pas forcément une grande action centrale, par exemple un meurtre, qui mettrait en orbite tout le livre autour de lui. Mon histoire est l’agrégation de mille minuscules histoires, de quelques personnages, d’une nature hostile, parfois chacun vivant sa vie de son côté. Ce qui me fait dire que je ne me trompe pas en écrivant de cette façon, c’est que les lecteurs se souviennent souvent de mes livres et des émotions que cela leur a donné : et ces émotions, c’est que cela pourrait arriver, et qu’il suffirait d’un rien pour que cela leur arrive à eux. La capacité d’un livre à mettre ses lecteurs à l’intérieur, c’est l’une des choses les plus précieuses pour moi.

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Catégories :Interviews littéraires

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20 réponses

  1. C’est toujours un plaisir de plonger dans les thriller sombres de Sandrine Colette. J’ai hâte de la retrouver sur un salon pour me procurer se nouvel opus.

  2. La vague est chez moi, j’attends juste le bon moment pour ne pas trop me mouiller… et sentir le chien mouillé qui sèche…

  3. Je veux trop le lire celui ci! Merci pour cette belle interview e suis convaincue que cette lecture va me plaire! 😉

  4. Merci pour cet entretien de qualité, j’ai vraiment hâte de lire ce livre. J’adore Sandrine Collette.

  5. Une interview intéressante, merci à vous deux, Yvan et Sandrine. J’attends le petit dernier de Sandrine avec impatience, ses romans me procurent de plus en plus d’émotion! j’adore!!!

  6. Très belle conversation avec cette auteure que j’affectionne. J’ai vraiment hâte de découvrir son ouvrage. Bon week-end !

  7. « Inspiring » ! J’aime beaucoup quand elle parle des « milles minuscules histoires ». Merci pour ce partage. Je DOIS l’acheter ABSOLUMENT… encore un à ajouter à ma liste qui n’en finit pas de s’allonger hihihi

  8. Vous ne m’en voulais pas messieurs dames si je vous lis un peu plus tard, quand j’aurai fait ma petite chronique de ce nouveau bijou de Sandrine !

  9. Toujours aussi passionnante !
    Son livre est à la fois si terrible et humain que je me demande ce que j’aurais fait à leur place (j’avoue, pendant ma lecture, j’ai vraiment cherché une solution alternative au choix des parents…). Merci pour ces confidences.

Rétroliens

  1. Juste après la vague – Sandrine Collette – EmOtionS – Blog littéraire et musical

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