Interview – 1 livre en 5 questions : Retour à Duncan’s Creek – Nicolas Zeimet

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Nicolas Zeimet

Titre : Retour à Duncan’s Creek

Editeur : Jigal polar

Sortie : 08 septembre 2017

Lien vers ma chronique du roman

Ce nouveau roman est une suite de « Seuls les vautours » sans en être tout à fait une…

Je préfère voir Retour à Duncan’s Creek comme une « continuation » plutôt que comme une suite. À de rares exceptions près, que ce soit en littérature ou au cinéma, je trouve que les suites ne fonctionnent pas aussi bien qu’elles le devraient. On veut faire plus grand, plus fort, plus sombre… et le résultat n’est souvent qu’une pâle copie de l’original. D’emblée, quand m’est venue l’idée de me ré-aventurer sur les terres de Seuls les vautours, j’ai décidé de m’affranchir du « premier tome ». Comme je l’explique dans les remerciements, c’est l’envie de retrouver mes personnages qui a motivé ces retrouvailles. Je ne les avais quittés que depuis deux ans quand j’ai commencé l’écriture de ce nouveau roman, mais trente ans s’étaient écoulés pour eux, et j’étais curieux de savoir ce qu’ils étaient devenus. Le « casting » s’est très vite imposé à moi : c’est la bande de gosses dont je voulais parler, que je voulais voir grandir… Ils auraient à peu près le même âge que moi aujourd’hui, cela semblait donc couler de source. Bien sûr, je me suis aussi fait plaisir avec quelques clins d’œil à d’autres personnages, au passage, mais ça s’arrête là. L’intrigue, les lieux, et même l’atmosphère, tout est assez différent ici de ce qu’on peut trouver dans Seuls les vautours. Les deux romans peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre.

Ton superbe nouveau roman est avant tout une histoire d’amitié…

C’est le sentiment qui m’a porté pendant toute la phase d’écriture. Je me rappelle, lorsque j’ai mis le point final à Seuls les vautours début 2013, avoir eu le cœur serré à l’idée de me séparer de Jake, de Betty, de Sam… Seuls les vautours est un roman dense, choral, qui a nécessité deux années d’écriture. Laisser partir ces personnages après une si longue cohabitation était un crève-cœur. Plus jeune, j’aurais adoré avoir une bande de copains comme celle que forment Jake, Ben, Sam et les autres (sans les cadavres dans les grottes et les rivières en crue…). Alors oui, je pense que l’amitié, avec le passage à l’âge adulte, est le thème central du roman. D’ailleurs, la sortie brutale de l’enfance s’accompagne ici de la perte de cette amitié. L’intrigue criminelle, le décor, la toile de fond assez sombre : tout ça n’est qu’un révélateur et un catalyseur des sentiments qui unissent mes personnages. Ce sont vraiment eux, et l’amitié qui les lie, qui portent l’histoire. 

Au-delà de la dureté du propos, on sent poindre comme une certaine nostalgie dans ce récit…

J’ai toujours adoré le mélange des genres. Pourquoi ne pas mettre un peu de blanc, voire de rose, dans le noir ? Évidemment, en écrivant une histoire d’amitié étalée sur trente ans, je ne pouvais passer à côté de cette atmosphère nostalgique qui a fini par imprégner le roman. Et puis, c’est dans ma nature ! J’adore me bercer de souvenirs, me replonger dans les moments heureux du passé, comme dans une couette douillette, écouter la musique, regarder les films, relire les livres, et retrouver les saveurs de mon enfance… Je n’ai pas eu beaucoup à forcer pour faire passer ce sentiment dans mes pages. Cela permettait aussi, il est vrai, d’adoucir un peu le propos.  

Ton écriture est belle et travaillée. Et quelle puissance, quelles émotions dans tes dialogues ! Tu y as apporté un soin tout particulier ?

Merci pour ce beau compliment. En tant que lecteur, je suis extrêmement sensible à l’écriture et au style. J’aime les belles images, la fluidité des phrases, l’imbrication parfaite des mots, la musicalité des dialogues… Je me souviens d’ailleurs que dans mes premiers écrits, il y avait beaucoup plus de forme que de fond. J’en faisais trop. Aujourd’hui, mon écriture est plus naturelle, plus épurée, même si je ne saurais tout à fait me passer de figures de style ! Je ne suis pas fan de cette mode des récits « secs », souvent écrits au présent, qui enchaînent sans discontinuer un dialogue et une action, des paragraphes d’une phrase, et ne laissent jamais le temps de souffler, de se poser, de contempler. J’aime passer des heures à peaufiner et élaguer mon texte, je peux déplacer dix fois une virgule ou remplacer un mot par un autre à la page 153 parce qu’il était déjà là à la page 48, et que, franchement, ça pique les yeux ! Je crois surtout que je suis un grand perfectionniste, et que je ne pourrai jamais présenter un texte si je ne suis pas sûr à 200% qu’il est conforme à ma vision et à ce que j’aimerais qu’on me propose en tant que lecteur. 

Pour ce qui est dialogues, en effet j’y apporte un soin tout particulier. À mon sens, il est plus pertinent de présenter un personnage en le laissant s’exprimer qu’en en proposant une description physique par le menu. Sa façon de parler, les expressions qu’il utilise, ses hésitations, ses silences, le définissent mieux que la couleur de ses yeux ou l’effet que produit le reflet du soleil dans ses cheveux… Il y a quelques longues tirades dans le roman, et je me suis mis en condition pour les écrire, en n’hésitant pas à les jouer. Je me rappelle avoir été très ému en écrivant la scène de la confession de Sam à Jake sur le ponton, et m’être totalement imprégné du personnage à ce moment-là. J’ai joué le texte, avec ses blancs, ses balbutiements, ses respirations… ses larmes, aussi. Et je l’ai retranscrit tel quel. Je pense que c’est cela qui donne cette authenticité à mes dialogues. Et puis, je travaille en parallèle en tant qu’auteur de dialogues pour le doublage au cinéma. Ça me facilite sans doute un peu la tâche… 

Si je te dis que je vois du Stephen King dans ta manière de raconter les histoires, qu’en penses-tu ? 

Je suis sous perfusion du King depuis la fin des années 80. Bientôt trente ans ! Ceci explique peut-être cela. Je crois que l’écriture ne s’apprend pas, mais qu’elle se découvre, et c’est avec lui qu’est née mon envie d’écrire. À l’époque, après avoir lu Simetierre, le premier roman de l’auteur que j’ai découvert, j’ai dû enchaîner avec cinq ou six autres de ses bouquins en l’espace de quelques mois : Cujo, Carrie, Christine, Shining, Ça… Donc forcément, lorsque j’ai pris la plume la première fois, j’ai essayé d’imiter King, dans la construction autant que dans le style. Lui-même, dans son essai Écritures, confesse avoir fait ses premières armes en imitant ses auteurs préférés. Aujourd’hui, je ne suis plus dans l’imitation, mais bien sûr, comme avec toutes les sources d’inspiration, je pense que je ne me déferai jamais complètement de l’influence de Stephen King.

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Catégories :Interviews littéraires

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3 réponses

  1. Je pense que Nicolas n’à pas fini de nous surprendre
    On sent bien chez lui un grand potentiel
    Je me réjouis d’avance de ses prochains ecrits

  2. Je l’ai dans ma PAL, je ne vais pas tarder à le lire. J’ai hâte de découvrir cet auteur.

  3. Quand on se met du King en perfusion, ça ne peut donner que du bon !! 😀

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