Interview – 1 livre en 5 questions : Les chiens de Détroits – Jérôme Loubry

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Jérôme Loubry

Titre : Les chiens de Détroit

Éditeur : Calmann-Lévy

Sortie : 11 octobre 2017

Lien vers ma chronique du roman

Pour un premier roman, vous auriez pu placer votre intrigue un peu partout. Pourquoi le choix de la ville de Détroit ?

Détroit s’est imposée immédiatement. Il y a à la fois de la poésie et de la tragédie dans les rues de cette ville. C’est le décor idéal pour représenter l’état psychologique de mes personnages. Je voulais un lieu complexe, symbole à la fois de vie parfaite et de désuétude, de vie et de mort, d’espérances et d’abandons. Une ville à l’échelle de la complexité humaine et qui deviendrait de fait un personnage à part entière.

Pas facile de mettre en scène une histoire avec des disparitions d’enfants, sans tomber dans le scabreux. Vous avez pris grand soin à éviter ce piège…

Tout à fait. Là aussi, je savais dès le départ ce que je voulais et surtout ce que je ne voulais pas. Pas de descriptions inutilement sanglantes ou violentes. Pour moi, la mort d’enfants n’a pas besoin d’être décrite pour toucher le lecteur. C’est un acte tellement violent en lui-même qu’il suffit de le murmurer à l’imagination des lecteurs pour que l’horreur frappe leur esprit. Le crier à coup de détails choquants aseptise l’impact sur l’imaginaire, le décrédibilise et le banalise. De plus, lorsque l’on traite de ce sujet, il ne suffit pas de se mettre dans la peau d’un adulte pour décrire le sujet. Il faut se glisser également dans la peur de l’enfant pour réellement ressentir la tragédie. J’ai regardé avec leurs yeux d’enfants. J’ai écrit à travers eux. Et les mots d’enfants sont les plus gros vecteurs de la peur.

Vous avez fait un choix fort : construire votre intrigue avec l’arrestation du coupable dès le début…

J’ai voulu tout de suite entrer dans le vif du sujet. Je n’ai pas souhaité préparer le lecteur, il fallait qu’il rentre immédiatement dans l’histoire, aux côtés des personnages, dans une ville envahie par le chaos. Il n’y a pas de préliminaires à l’horreur. Elle arrive sur la pointe des pieds, se glisse derrière vous, vous enlace et ne vous lâche plus jusqu’à ce qu’elle se soit nourrie de vous. J’ai adopté une écriture incisive, des scènes lâchées comme des coups de couteau. Et rappelez-vous : il y a des enfants à retrouver. Le temps presse, la narration se devait d’adopter ce critère.

Cette enquête est aussi une quête personnelle qui tourne à l’obsession pour l’un des flics de l’histoire…

Il y a en effet un flic, Stan, pour qui la traque du Géant de Brume va devenir une obsession. Il est père, son enfant vit chez sa mère dans une ville éloignée. Il ressent au plus profond de lui-même la violence des disparitions. Mais Sarah, qui est également en charge de l’affaire, ressent, quoique d’une manière différente, cette sensation qui l’effraye bien plus que son collègue. Ils sont à eux deux l’image de Détroit : volonté et résignation.

Ce sont d’ailleurs les personnages qui portent votre sombre thriller…

Les personnages, pas seulement les deux flics mais aussi ceux qui gravitent autour, sont à la recherche d’une seule chose : la rédemption. Tout comme Détroit. Chacun pense qu’en expiant ses erreurs la vie reprendra son cours normal. Et en découvrant leurs histoires, on peut penser que chacune de leurs erreurs a participé à la chute de Détroit.

C’est une situation shakespearienne, et les personnages devront affronter bien plus qu’une ville sinistrée pour retrouver les enfants.

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Catégories :Interviews littéraires

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5 réponses

  1. j’adore ce rendez-vous littéraire, et là encore je suis comblée; une interview passionnante, intelligente, u n auteur qui à mon sens doit être découvert; son roman était déjà dans ma Pal mais ton article confirme mon choix; je vais le lire dès que possible; merci pour ce partage

  2. Beaucoup aimé cette lecture. Ce roman n’a fait penser dans sa description au dernier Lauren Beukes, les montres, où Détroit joue une place importante dans le bouquins. Un Détroit en faillite où la criminalité dépasse l’entendement et où les bâtiments abandonnés ressemble à des fantômes hantant la ville !

Rétroliens

  1. Les chiens de Détroit – Jérôme Loubry – EmOtionS – Blog littéraire et musical

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