Interview – 1 livre en 5 questions : Le dernier hyver – Fabrice Papillon

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Fabrice Papillon

Titre : Le dernier hyver

Sortie : 05 octobre 2017

Éditeur : Belfond

Lien vers ma chronique du roman

Quelle a été l’étincelle qui a allumé l’envie de vous lancer dans une fiction aussi ambitieuse ?

C’est un livre, « Quattrocento » de Stephen Greenblatt, un récit extraordinaire d’ailleurs récompensé par le prestigieux prix Pulitzer. Il raconte le destin du chasseur de manuscrits Poggio Bracciolini, dit « Le Pogge ». C’est d’ailleurs l’un de mes personnages historiques, parmi une dizaine d’autres qui parcourent mon roman de l’Antiquité à l’époque contemporaine. Cet humaniste, dans le sillage du célèbre Pétrarque, a déniché dans des abbayes de toute l’Europe de sublimes œuvres oubliées de l’Antiquité (en particulier le De Rerum Natura de Lucrèce) et a largement contribué à la Renaissance de la pensée (qui a légèrement précédé celle des Arts). Cette idée de débusquer des codex vieux de plusieurs siècles, et qui réveillent les esprits pour sortir l’humanité de l’obscurantisme, m’a aussitôt enflammé. J’ai commencé à imaginer le long périple, à travers les siècles, d’un manuscrit nourri par la main de nombreux hommes, et surtout de nombreuses femmes d’exception. Lesquels transmettaient un secret unique, qui finirait, aujourd’hui, par sceller le sort de l’humanité.

Avec votre formation de journaliste habitué à la vulgarisation scientifique, vous avez veillé à ne pas tomber dans la démonstration et vraiment jouer le jeu de la fiction…

Les scientifiques, que je fréquente depuis 20 ans, sont pour l’immense majorité des personnes très modestes. Très timides, même, pour beaucoup ! Ils parlent de leurs recherches et de leurs découvertes avec pudeur, retenue, et beaucoup de prudence. Je ne suis pas scientifique de formation, mais littéraire, et journaliste ; aussi, j’ai joué le rôle « d’éponge » et j’ai voulu retranscrire cet état d’esprit pour parler de science sans être professoral – ce que ne sont définitivement pas les chercheurs. J’ai surtout veillé à rester ludique, intéressant, et à utiliser la science (comme l’histoire et la philo) uniquement comme des moyens au service de l’intrigue (et non comme une fin en soi). Car ce livre est avant tout un thriller, qui, j’espère, tient en haleine du début à la fin.

Mais la frontière entre fiction et réalité est très ténue, vous vous amusez d’ailleurs sans cesse à mélanger cette réalité dans votre fiction. Pour mieux passer des messages, aussi ?

Bien vu ! On ne se refait pas… Dans mes précédents livres (des essais coécrits avec des scientifiques doublés de penseurs, comme Axel Kahn), comme dans la vie, je tente de diffuser beaucoup de convictions qui me sont chères… Parmi elles, l’égalité hommes – femmes, en rendant hommage à des femmes d’exception trop souvent ignorées, voire niées. Ou encore lutter contre toute forme d’obscurantisme en dénonçant l’absurdité du monde, dans le passé, mais aussi et surtout dans le présent, au point d’imaginer dans mon roman une issue terrible dans l’espoir de « sauver les meubles » au détriment d’une grande partie de l’humanité. J’ai donc enquêté dans le présent, en journaliste que je suis, auprès de nombreux médecins, chercheurs, policiers, ingénieurs, spécialistes des souterrains etc. que j’ai longuement rencontrés, pour donner le ton le plus réaliste possible aux chapitres actuels. Et c’est vrai, j’ai voulu gommer la frontière entre fiction et réalité, en m’inspirant de situations que j’ai vues, parfois même vécues, ou que les vrais acteurs m’ont raconté en détails. J’ai voulu conserver le ton, le jargon ; bref, donner des accents très forts de réalité. Mais je me suis contraint exactement à la même discipline pour les chapitres du passé. Avant l’école de journalisme, j’ai poursuivi des études d’histoire, et comme je l’avais appris, je me suis plongé dans les archives, les échanges épistolaires, les chroniques, les meilleurs ouvrages historiques (parfois anciens) pour être là encore le plus réaliste possible. Tous les personnages, les dates, les lieux, sont exacts. Seuls les propos que les personnages échangent entre eux sont inventés – quoique… qui sait… – mais toujours dans un décor que j’ai souhaité bien réel. En fait, dans le présent comme dans le passé, je n’avais qu’une idée en tête : que les spécialistes de chaque sujet, chaque métier, puissent dire : « oui, ça se passe comme ça » ou « oui, ça se passait comme ça ».

Le mélange des genres a t-il été un casse-tête ? Pas évident d’ainsi mêler fiction historique, divertissement et thriller scientifique, non ?

Etrangement, cela s’est tissé très naturellement. Je suis amateur de nombreux genres littéraires, des grands classiques aux thrillers les plus haletants, et j’ai puisé dans ces nombreuses lectures qui avaient percolé en moi – malgré moi ! – pour écrire. Ensuite j’ai affiné, énormément travaillé sur les textes de chaque époque pour être le plus juste possible. A vrai dire, je me suis régalé ! Quel bonheur de plonger ou replonger dans les biographies de Voltaire, Newton, De Vinci, Elisabeth 1ère d’Angleterre, et d’autres personnages moins connus comme Hypatie d’Alexandrie, le mage John Dee ou Rosalind Franklin. Quant au présent, c’est le jargon, le style des policiers, des chercheurs et autres médecins que j’ai rencontrés qui m’ont beaucoup aidé. Au final, les styles sont effectivement très différents, et pourtant j’ai tout écrit de manière strictement chronologique, chapitre après chapitre, alternant sans cesse entre passé et présent, en mêlant avec gourmandise l’histoire, la science et la philo.

Peut-on dire, sans trop en dévoiler, que les femmes sont au centre de ce récit ?

Bien sûr, ce livre est fondamentalement un hommage aux femmes. Je le dédie d’ailleurs à Valérie, ma femme, qui m’a soutenu dans l’écriture (sans concession mais toujours avec énormément de bienveillance et d’encouragement) ; et à toutes les femmes. C’est ce que j’indique dès l’exergue. L’intrigue démontre comment les femmes pourraient bien un jour reprendre l’ascendant sur les hommes… Après tout, elles étaient respectées au moins à l’égale des hommes jusqu’aux environ de 1000 avant Jésus-Christ. Puis ce fut le chaos, l’obscurantisme. Et elles ne s’en sont jamais complètement remises. Il faut se méfier de l’eau qui dort… Il se pourrait bien qu’elles cherchent à se venger, à triompher des hommes…

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Catégories :Interviews littéraires

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2 réponses

  1. Celui là il va falloir que je le découvre.
    Merci messieurs pour ce partage !

Rétroliens

  1. Le dernier hyver – Fabrice Papillon – EmOtionS – Blog littéraire et musical

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