Interview – 1 livre en 5 questions : Elastique nègre – Stéphane Pair

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Stéphane Pair

Titre Élastique nègre

Éditeur : Fleuve

Sortie : 09 février 2017

Vous êtes journaliste sur franceinfo: et les auditeurs connaissent bien votre voix. Qu’est-ce-qui vous a poussé à vous lancer dans l’écriture d’un roman noir ?

Je pourrais reformuler votre question en « qu’est-ce qui m’a retenu à écrire un roman noir avant ? ». L’envie d’écrire et de raconter des histoires sont là depuis longtemps. Mais, selon moi, ça ne suffit pas pour lancer le chantier. Il faut chercher les ressources ailleurs. Ca tient au rapport qui se noue entre la fiction et soi, à la vitesse de la navette qui va et vient entre les deux. Dans mon cas, il y a le sentiment d’avoir à un moment trouvé l’univers et les personnages d’Elastique nègre, et ce qui les relie. Et puis, de manière plus souterraine, il y a les événements de la vie qui ne préviennent pas et vous mettent en situation ou non d’écrire. Dans mon roman, une vieille anglaise lettrée dit « l’écriture est un chemin étrange ». True !

L’embryon d’Elastique Nègre, c’est l’écriture d’une nouvelle située entre la Guadeloupe et la France. Au fil de l’eau, certains de mes personnages m’ont imposé leurs volontés. Certains gentiment. D’autres moins, un semi-automatique à la main ! Ils ont invité des amis ou des ennemis. Certains ont disparu du roman. Toutes ces voix avaient leur logique et m’ont projeté vers un espace plus complexe et plus noir que je ne l’imaginais au départ. La nouvelle a muté en roman, puis en roman noir.

Avec ce roman, vous nous emmenez à la découverte de cultures différentes, en Guadeloupe…

Oui… même si ce roman est l’anti-guide touristique ! J’ouvre des portes assez sombres sur ce territoire : la drogue, la délinquance, la pauvreté, les problèmes sociaux, etc. Une particularité d’Elastique Nègre c’est que mes personnages sont majoritairement créoles, noirs, et que leurs préoccupations de dealers, d’adolescents, de pêcheurs, de conteuses, occupent une part importante du récit. Ils racontent leurs secrets de famille, certaines parties de leur société ou de leur histoire. Peut-être mon roman peut-il faire découvrir un pan différent de ces cultures créoles présentes en Guadeloupe et trop souvent soumise aux clichés.

On dit roman noir, mais votre histoire est plutôt inclassable…

Si mon roman est singulier et déroute, ça me plait. J’ai écrit Elastique Nègre sans penser à sa future place dans le rayonnage ou à la façon dont le lecteur le catégorisera. Depuis sa sortie, j’entends dire que c’est un livre qui n’a pas de famille ! Il fait autant parti du « noir » que de la littérature « blanche ».

J’avoue ne pas lire beaucoup de polars. Je ne me sens pas lié aux codes du genre. Avec cette incursion dans le roman noir, j’ai surtout voulu privilégier l’écriture, la langue, le rythme et l’ambiance. Une histoire où l’objet est plutôt d’observer ces personnages souffler chacun leur tour sur les braises de l’intrigue.

Pourquoi ce choix du roman choral ?

Ca me semblait approprié à mon style d’écriture et à cette histoire en particulier. L’un des mes auteurs fétiches, William Faulkner, m’a certainement influencé. Après coup, je me suis rendu compte que la structure d’Elastique Nègre, la scène d’ouverture notamment, fait écho à la construction de certains de ses livres.

Avec près de dix personnages en tête, on se sent parfois comme un dompteur dans une cage. Construire un roman cohérent à partir de toutes ces voix singulières, et donner corps à l’intrigue, c’est le plus compliqué mais aussi le plus excitant.

Qu’y retrouve t-on de votre histoire personnelle et de votre parcours ?

Il n’y a pas beaucoup d’éléments autobiographiques dans ce roman. Je suis originaire de la Guadeloupe par ma mère. J’ai séjourné là-bas en famille, parfois comme touriste, une fois comme journaliste. Je ne prétends pas connaître cette île comme si j’y avais grandi, mais je m’y sens chez moi. C’est ainsi. J’ai donc trouvé un décor naturel à mes personnages. Mon travail à franceinfo: (en un mot désormais “franceinfo”) et ma proximité avec les faits divers m’ont aussi influencé. Ma petite connaissance de la drogue et des gens qui font le trafic dans la zone m’ont aidé. Mais faire un documentaire sur le monde de la drogue aux Antilles ne m’intéressait pas. La fiction occupe tout l’espace du roman. Ma Guadeloupe est aussi réaliste que fantasmée.

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Catégories :Interviews littéraires

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2 réponses

  1. Je ne sais pas si je peux le dire mais j’ai lu ce roman.
    Et finalement il m’a plus marqué que je ne m’y attendais à la lecture.
    Il me rappelle un titre de dont le titre et l’auteur m’échappe. Je vois juste l’image de la couv et la tête de l’auteur. Rhaaaa c’est rageant !

  2. Une belle écriture. Je suis curieuse de voir quelle voie l’auteur empruntera

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