En tête à tête avec un personnage de roman – Sarah Geringën de Nicolas Beuglet

Nick Gardel, auteur (entre autre) de Fourbi étourdi (Éditions du Caïman) est un amoureux des personnages. Il a eu la (très bonne) idée de proposer à différents auteurs de laisser leur place à leurs propres personnages, dans le cadre d’une interview. Son prochain roman, Chorale, sort le 15 septembre 2017.

Nick propose, plusieurs fois par semaine, ces interviews décalées, qui permettent de mettre en lumière les romans d’une autre manière. J’ai le plaisir de partager avec vous quelques-uns de ces entretiens (merci d’avoir pensé à moi pour cette enthousiasmante collaboration).

Je vous invite à aller visiter régulièrement sa page Facebook ou la page spécialement dédiée à ces entretiens.

Après (entre autre) Frédéric SoulierIan ManookSébastien Gendron, Sonja Delzongle et même Nick Gardel himself, voici les mots de :

Sarah Geringën de Nicolas Beuglet

Bonjour, c’est un plaisir de vous recevoir. Alors, tout d’abord, madame, qui êtes-vous ?

J’ai horreur que l’on me pose cette question surtout lorsque vous me regardez comme ça avec votre air emprunté de faux naïf qui s’intéresserait à la réponse. C’est pour ça que généralement c’est moi qui demande aux autres qui ils sont. Sauf que la réponse m’intéresse. Enfin, la vraie réponse. Parce que c’est mon job de la trouver : chercher qui sont les gens, au fond, tout au fond d’eux-mêmes, là où l’on cache le monstre. Par exemple pour moi, je pourrais vous répondre : Sarah Geringën, 37 ans, inspectrice de police à Oslo. Et après, vous en faites quoi de ça ? Super, une femme flic qui a du caractère pour ne pas dire qu’elle est désagréable mais qui doit être quand même gentille parce qu’elle défend la cause du Bien. Mais si ça se trouve, moi aussi je suis capable de tuer par plaisir. Je l’ai déjà peut-être fait, ou pas. Si ça se trouve, je ne fais pas ce travail pour le Bien mais parce que je cherche à savoir ce que j’ai réellement dans le ventre.

Je m’apprêtais à vous demander quels étaient vos traits de caractère mais je crois que j’ai déjà un aperçu…

Comme si j’allais vous répondre.

Le statut de personnage de roman est assez vague, vous êtes restée combien de temps dans la tête de votre créateur ?

Et vous, vous vous étiez où avant d’être conçu par vos parents ? Comment voulez-vous que l’on sache une chose pareille. Si ça se trouve, je suis née avec lui. Je sais que ma réponse peut paraître perturbante mais depuis l’affaire du patient 488, je ne vois plus la vie de la même façon… L’âme existe-elle ? Où est-elle avant la naissance et après la mort ? Si vous avez le courage de savoir ce qu’on a découvert avec Christopher, ça vous perturbera certainement autant que nous. Mais je vous aurais prévenu, ça peut laisser des cicatrices.

Ce questionnement vous vient-il de lui ou est-il né avec votre création ?

D’après ce que j’entends (quand j’ai un peu de temps à lui accorder pour discuter), il est obsédé comme moi, par un truc qui peut rendre fou : le pourquoi du pourquoi du pourquoi… L’origine avec un grand O. Après tout, est-ce qu’il y a quelque chose de plus important que cette question dans la vie ? Sur ce point, on est raccords. Après, je suis rousse, il est brun. On ne doit pas avoir les mêmes origines pour le coup !

Vous avez donc votre libre arbitre. L’assumez-vous complètement ou vous retranchez-vous derrière la licence accordée par votre créateur ?

Il n’y est pour rien. J’ai toujours pensé que si j’acceptais une enquête, je m’engageais corps et âme pour rendre justice aux victimes. Alors même si j’aime la vie, que j’aime Christopher, que j’aime faire des blagues dans ma vie privée, et que j’ai des projets…je prends les risques qu’il faut. Le premier étant de ne pas être aimé par mes collègues et les témoins. Quand je travaille, je parle peu, je suis froide, je répète les questions jusqu’à obtenir une réponse et j’écarte tout ce qui parasite mon efficacité. Les flics dragueurs, les légistes qui font de l’humour noir et tous ceux qui font semblant de prendre ce métier à la légère parce qu’ils n’en peuvent plus. Dans ma vie familiale et de couple, je suis bien différente. Mais ça ne vous regarde pas.

Cette vie familiale, vous l’assumez entre deux aventures ? C’est à ce moment que vous bénéficiez de temps libre ?

Allez, je vais vous faire plaisir : on a peu de temps pour épanouir notre sexualité au cours d’une enquête. Donc je rattrape le temps perdu. Mais éteignez tout de suite cette lumière dans vos yeux et ne vous sentez pas investi d’une responsabilité, je suis très épanouie.

Vous dialoguez parfois avec Nicolas Beuglet ? Si vous deviez lui poser une question, quelle serait-elle ?

Et toi, c’est qui ton créateur ?

C’est une belle pirouette… Le mot de la fin vous revient.

Je sais que mon créateur a longtemps eu peur de dévoiler l’affaire du patient 488 dans Le Cri. Il a mis 10 ans à se décider à l’écrire parce qu’il était terrifié par le sujet. Maintenant que je connais la vérité, je comprends.

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Catégories :Interviews littéraires

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4 réponses

  1. Ça y est, le veux le lire, ce cri…

  2. Je l’ai lu, je l’ai lu !! 😀

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