En tête à tête avec un personnage de roman – Pandora Guaperal de Sébastien Gendron

Nick Gardel, auteur (entre autre) de Fourbi étourdi (Éditions du Caïman) est un amoureux des personnages. Il a eu la (très bonne) idée de proposer à différents auteurs de laisser leur place à leurs propres personnages, dans le cadre d’une interview. Son prochain roman, Chorale, sort le 15 septembre 2017.

Nick propose, plusieurs fois par semaine, ces interviews décalées, qui permettent de mettre en lumière les romans d’une autre manière. J’ai le plaisir de partager avec vous quelques-uns de ces entretiens (merci à lui pour avoir pensé à cette enthousiasmante collaboration).

Je vous invite à aller visiter régulièrement sa page Facebook ou la page spécialement dédiée à ces entretiens.

Après Frédéric SoulierGuillaume Audru, Lou Vernet et Ian Manook (que vous trouverez sur la page dédiée), voici les mots de Pandora Guaperal, héroïne suicidaire du roman Révolution de Sébastien Gendron.

Bonjour c’est une double nouveauté aujourd’hui. J’accueille donc une femme, belge de surcroît. Pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour et merci de vous être déplacé jusqu’en Belgique pour cet entretien. Alors, hé bien, je m’appelle Pandora Guaperal, j’ai 42 ans. Je suis une femme. Voilà.

Votre auteur vous présente comme l’héroïne suicidaire. Ça m’a l’air un peu réducteur. Quels sont vos traits de caractère prépondérants ?

Vous voyez l’hippopotame ? Vous saviez que c’était l’animal le plus dangereux de la savane ? Non ? Quand un hippopotame repère un type entre lui et l’étang dans lequel il passe habituellement ses journées, il pense instantanément : « Lui, il va m’empêcher d’aller me baigner, donc je vais le défoncer. » Et il s’élance à la poursuite du bonhomme jusqu’à le rattraper et le tuer. Bon, je serais pas exactement capable de la même chose, y a juste qu’en ce moment, faut pas se mettre en travers de mon chemin. J’ai une nette tendance à l’impulsivité. Et puis, j’ai fait du tir de précision en semi-pro. Alors faut pas trop me faire chier parce que je suis toujours armée !

Ah… Je vais essayer de m’en rappeler… Avec Sébastien Gendron votre relation dure depuis longtemps ? Enfin… Je veux dire… vous êtes restés longtemps dans sa tête ?

Un paquet d’années avant que cet enfoiré me libère. Résultat, quand je suis sorti, j’avais tellement les crocs que j’étais prête à toutes les conneries. On voit ce que ça a donné en juillet dernier sur cette autoroute. Mais je regrette pas. Avec George, on s’est quand même bien marrés, rétrospectivement.

Lui est un homme et vous, indubitablement, une femme. Vous pensez qu’il y a des parts de lui dans votre personnalité ?

De Gendron, vous voulez dire ? Oui, bien sûr. Les seins arrogants et les jambes interminables. Je déconne. Il est plutôt flou coté descriptions. Et s’il pense que je suis canon, il en parle pas. Sinon, je sais pas bien. Peut-être qu’il est un peu hippopotame lui aussi à certains moments. En même temps, je le sens quand même un peu planqué derrière son ordinateur à se faire vivre les trucs qu’il aurait aimé faire mais qu’il a pas osé. Genre cette révolution. Et ça, j’avoue que je lui en veux pas mal. Avec ses conneries de petit bourgeois irrité, il est resté tranquillement chez lui à écrire pendant que moi, je me tapais tout le boulot sur ce putain de viaduc. Bon, c’était trippant, je dis pas. Y a juste qu’on a failli y laisser notre peau quand même. Alors des fois, je me dis que les auteurs qui racontent vraiment leur vie et leurs expériences valent un peu plus le coup que ceux qui imaginent tout et vous font trimer à leur place.

C’est clair qu’il vous en fait voir de toutes les couleurs dans Révolution. Dans tout le nuancier du vert au pas mûr… Lui en voulez-vous ?

Un peu, oui. En tout cas, si je le choppe, j’aimerais bien le mettre dans cette petite voiture électrique pas bien rechargée, avec toute une foule de dingues au cul pour voir s’il fait aussi bien que moi. Pousser les gens à faire la révolution, plantée sur ce pont autoroutier avec un flingue sur la tempe, j’étais pas contre. Mais me faire courser par tous ces connards, quand il m’a précipité là-dedans, je me suis dit qu’une fois cette merde terminée, j’irais immédiatement me plaindre au Syndicat des Personnages de Romans Noirs. Le truc, c’est que j’ai pas vraiment eu le temps, vu qu’après, tout s’est enchaîné. Et puis maintenant, on est réfugié en Belgique et là-bas, ils sont pas encore bien organisés pour nous défendre. Mais je désespère pas de retrouver Gendron et de lui faire un sale coup à mon tour.

Mais l’écriture n’a qu’un temps. Vous faites quoi quand Gendron n’est pas là pour raconter vos avanies ?

Mais qu’est-ce que vous croyez qu’on fout pendant qu’il va dans ses soirées jet-set ? On est là, comme des cons, à attendre qu’il veuille bien s’y remettre, à discuter avec la population pour leur expliquer qu’ils doivent pas bouger de leur place pour être raccord quand Môssieur voudra bien se donner la peine de rallumer son putain d’ordinateur. C’est un boulot de dingue. On a jamais de pause, même pas une bière, que dalle. Et le lendemain, Gendron débarque comme une fleur et faut qu’on soit prêt. Y a même des jours où il nous a fait le coup de s’y remettre après 24 heures d’absence et au moment où on était bien chaud, hop ! Il s’arrêtait pour faire une sieste. Je vous dis, c’est un crevard.

Mais vous ne vous parlez pas l’un et l’autre ? Tenez, Pandora, je vous laisse un espace pour le faire. Posez-lui une question.

Je n’ai aucune question à lui poser. Juste un avertissement à lui transmettre: « Dis-moi crevard ! J’espère que t’as pas dans l’idée de faire une suite, parce que je préfère te prévenir que tu peux te la mettre derrière l’oreille. Avec George, on a décidé de se la couler douce. Donc vas te trouver une blonde et oublie-nous ! »

Ça a le mérite d’être clair… En guise de conclusion, un mot pour les lecteurs ?

Faites gaffe, les gens, en prenant la route cet été ! Parce qu’y aura peut-être une bande de dingues qui auront lu ce roman et qui voudront faire la même chose que nous : vous stopper sur l’autoroute des vacances pour vous obliger à faire la révolution. Et là, vous vous direz que c’est vraiment pas votre jour de chance.

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Catégories :Interviews littéraires

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5 réponses

  1. Le concept est vraiment très sympa! 🙂

  2. Oh punaise Pandora !
    Oh ben ça promet là !
    Allez, c’et lundi je m’en vais lire ça !
    Merci messieurs

Rétroliens

  1. En tête à tête avec un personnage de roman – Emily Roy de Johana Gustawsson – EmOtionS – Blog littéraire et musical
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