En tête à tête avec un personnage de roman – Yeruldelgger de Ian Manook

Nick Gardel, auteur (entre autre) de Fourbi étourdi (Éditions du Caïman) est un amoureux des personnages. Il a eu la (très bonne) idée de proposer à différents auteurs de laisser leur place à leurs propres personnages, dans le cadre d’une interview. Son prochain roman, Chorale, sort le 15 septembre 2017.

Nick propose, plusieurs fois par semaine, ces interviews décalées, qui permettent de mettre en lumière les romans d’une autre manière. J’ai le plaisir de partager avec vous quelques-uns de ces entretiens (merci d’avoir pensé à moi pour cette enthousiasmante collaboration).

Je vous invite à aller visiter régulièrement sa page Facebook ou la page spécialement dédiée à ces entretiens.

Après Frédéric Soulier, Guillaume Audru et Lou Vernet (que vous trouverez sur la page dédiée), voici les mots de :

Yeruldelgger, personnage central de la trilogie de Ian Manook qui se déroule en Mongolie. Le plus célèbre des flics mongols est un sacré personnage !

Ma chronique de « Yeruldelgger »

Ma chronique de « Les temps sauvages »

Ma chronique de « La mort nomade »

            

Bonjour, très honoré de vous rencontrer. J’ose à peine vous présenter… Ça vous dérange de le faire vous-même ?

Je m’appelle Yeruldelgger Khaltar Guichyguinnkhen. Je suis… enfin j’étais, avant que l’auteur n’en décide autrement… commissaire à la Criminelle d’Oulan Bator en Mongolie. Je peux difficilement en dire plus sur moi, l’auteur ne m’ayant donné ni âge, ni taille, ni poids, pas plus d’ailleurs que de couleur de cheveux, de peau ou des yeux. Ah si, j’ai des mains comme des enclumes et il s’en sert pas mal paraît-il pour me faire distribuer des baffes à ceux qui le méritent (selon lui !). Tout ce que je sais d’autre, c’est que je suis né dans une famille de nomades qui m’a confié dans ma jeunesse aux moines du Septième Monastère pour me donner une bonne éducation. Et m’enseigner l’art du combat des moines-guerriers de Shaolin…

Voilà qui forge un homme ! C’est là votre trait de caractère principal ?

De ma culture nomade, j’ai hérité une obstination qui frôle l’entêtement. Une endurance certaine à la douleur aussi. Et l’irrésistible force d’inertie des gens de la steppe. De ma vie à la ville et de mon métier de flic, je dois admettre que j’ai développé une rage intérieure qui peut devenir d’une violence destructrice quand elle explose en colères. Mais ce qui me maintient en vie, à travers mes obsessions et ma violence, c’est cette lutte intérieure permanente pour respecter malgré tout les traditions de ma culture nomade et les préceptes de l’enseignement Shaolin.

Comment devient-on le plus célèbre des enquêteurs mongols ? Vous êtes restés combien de temps dans la tête de votre créateur ?

Je suis resté captif dans la tête de mon auteur pendant plus de vingt ans. Nous y étions si nombreux d’ailleurs ! Quelle promiscuité : des voyous, des ripoux, des victimes consentantes, des victimes innocentes. Toute cette perversion dans la tête d’un seul homme. J’espère pour lui que nous étions compartimentés dans la section criminelle de son âme. Sinon, quelle désespérance pour lui ! À l’époque je n’étais pas encore le commissaire mongol que je suis devenu par la suite. J’étais encore un vieux flic new-yorkais de Brooklyn, tout cabossé par la vie, du nom de Donnelli. Il m’avait créé pour une hypothétique et sombre histoire de flic vengeur qui pète les plombs. Puis un jour du mois d’août 2011, le 13 si je me souviens bien, l’auteur est descendu parmi nous et nous a tous rassemblés pour procéder à une sorte de casting pour un projet d’écriture avec la Mongolie comme décor. J’en avait tellement marre de me morfondre avec tous ces personnages avides de devenir des héros ou des héroïnes et qui se bouffaient le nez à longueur de journée que je me suis porté volontaire. En fait j’étais le seul et l’auteur n’a pas vraiment eu le choix. Il a même longtemps hésité je crois quand il m’a décrit la première fois déguisé en descendant de Gengis Khan…

À votre avis, il y a des parts lui dans votre personnalité ?

Je dirais tous mes mauvais côtés. La rage, la colère, la violence, tout ce qu’il ne peut pas faire en bon citoyen bien policé qu’il est. Pour le reste, je doute qu’il ait le moindre respect pour nos traditions. Une certaine curiosité touristique peut-être. Mais ma force de caractère, ma détermination, ma sagesse Shaolin, comment voulez que cela vienne de lui ? S’il avait toutes ces qualités, il ne serait pas auteur de polar. Il serait volontaire dans une ONG ou prix Nobel de la paix, mais pas auteur de polar.

C’est pourtant bien lui qui est aux commandes. D’ailleurs, ne peut-il pas revendiquer la paternité de vos actions, bonnes ou mauvaises ?

Il ne m’a rien fait faire du tout. C’est du pipeau tout ça, et je lui ai échappé dès qu’il m’a créé. Si l’auteur, pour nous personnages, est comme votre Dieu créateur, vous devez alors comprendre que nous nous en sommes libérés autant que vous. Honnêtement, est-ce que vous osez encore faire endosser la responsabilité de toutes les vicissitudes de votre vie à votre créateur ? Eh bien c’est la même chose pour nous. Tout ce que j’ai fait dans cette trilogie, je l’ai voulu moi, au nom de mon libre arbitre, et peut m’importe s’il cherche aujourd’hui à s’en attribuer la paternité. Je revendique tout. J’assume tout. Et je lui laisse l’illusion d’en être l’instigateur.

C’est un juste retour des choses. Mais qu’en est-il de l’instant où il pose la plume ?

Je le hante, je m’immisce dans ses rêves, je le taraude pendant qu’il cherche à penser à autre chose. Je le torture de l’intérieur. J’instille mes idées au milieu de ses pensées. Je susurre des rebondissements à son oreille interne. Bref, je fais mon boulot de lobbyiste de personnage romanesque. Je lui impose des choix malgré lui, jusqu’à ce qu’il se réveille ou sorte de ses pensées avec le sentiment d’avoir subitement, lui, lui tout seul, l’auteur, trouvé une idée géniale.

Vous dites que vous lui susurrez à l’oreille. Aucune question à lui poser ?

Sais-tu à quel point je te hais d’avoir tué ceux que j’aimais tant ?

Merci Yeruldelgger. Je vous laisse le mot de la fin. Peut-être un message pour ceux qui vont vous découvrir ?

Lisez sa Trilogie Mongole, parce que c’est pour moi ma seule chance de survivre. Sans l’auteur, je peux continuer à exister, mais sans lecteur, je suis mort. Ne me tuez pas, lisez-moi !

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Catégories :Interviews littéraires

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13 réponses

  1. J’adoooooore cet interview , Yeruldelgger est un de mes personnage préféré. Merci de l’avoir publier.Me permets-tu de le mettre sur le site de mes cercles de lecture?

  2. Hé j’adoooooooooooooooooore! Impatiente de voir e prochain personnage!!!!;)

  3. J’adooooore aussi, j’aimais déjà les interviews des auteurs, mais celles des personnages, c’est le pied intégral !! 😀

    Yerrul est un sacré personnage et moi aussi j’ai hâte de voir son nouveau personnage. Et je suis vénère aussi sur l’auteur d’avoir tué tous les personnages que j’aimais. 👿

  4. Sympa comme concept. Je vais de ce pas aller zieuter sa page FB. Merci pour cette découverte.

Rétroliens

  1. En tête à tête avec un personnage de roman – Pandora Guaperal de Sébastien Gendron – EmOtionS – Blog littéraire et musical

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