Interview – 1 livre en 5 questions : Sharko – Franck Thilliez

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Franck Thilliez

Titre : Sharko

Sortie : 11 mai 2017

Éditeur : Fleuve

Lien vers ma chronique du roman

Dans tes précédents romans où l’on retrouvait Sharko et Henebelle, leurs vies personnelles s’entrechoquaient régulièrement avec l’enquête. Mais cette fois-ci, ils sont littéralement au cœur de la cible…

Ils ne pouvaient pas être plus impliqués ! Je me permets de révéler le début, puisque c’est de toute façon annoncé sur la 4ème de couverture du roman : Lucie tue un homme par légitime défense, pourrait-on dire, sauf qu’elle est chez cet homme de façon complètement illégale. Aux lieux de la loi, elle est fautive. Paniquée, elle appelle Sharko qui va maquiller la scène de crime, pour la protéger elle et leur famille. Le lendemain, ces deux flics du 36, ainsi que leurs collègues, enquêtent sur cette affaire-là.

On imagine aisément les difficultés qu’ils vont devoir affronter, l’état de stress permanent dans lequel ils se trouvent. La peur de voir les collègues trouver des indices, de se faire prendre, eux qui, toute leur vie, ont mis des assassins derrière les barreaux. Pour Sharko, le flic droit et rigoureux, cette situation est insupportable, mais son instinct de survie et la protection de ceux qu’il aime priment. Le roman interroge sur la culpabilité, la justice, sur le métier de policier lui-même, ces femmes et hommes qui sont confrontés en permanence aux plus grandes difficultés. Un policier a-t-il droit de laisser ses sentiments s’exprimer lorsqu’il est confronté au pire ?

Je n’ose pas imaginer à quoi ressemble l’historique internet des recherches de Franck Thilliez, encore plus avec ce roman…

On va dire que mon historique internet est bien fourni ! Tant sur les recherches scientifiques, que celles très précises des procédures policières pour celui-là. J’aime beaucoup creuser sur Internet, dans un premier temps, ça permet de défricher pas mal, de découvrir des sujets insoupçonnés, de déjà commencer à imaginer des pistes d’écriture possibles. Evidemment au départ c’est très fouillis, surtout quand on ne sait pas ce qu’on cherche ! Puis au fil du temps, le parcours s’affine, les idées deviennent plus claires, et Internet se transforme en un bon premier terreau.

Ce n’est qu’une étape, bien sûr, on ne trouve pas tout sur la toile, surtout concernant l’enquête policière et certaines procédures. J’avais par exemple besoin de savoir comment ça se passait pour les scellés. Vous savez, quand les policiers arrivent sur une scène de crime, ils trouvent par exemple un indice, ils le mettent dans un petit sac transparent (le fameux sac à scellés). Mais qui fait cela, précisément ? Que devient le scellé ? Transite-t-il entre plusieurs mains ? Et, la question ultime, peut-on trafiquer un scellé ? Dans ces cas-là, il faut obtenir l’information par un autre biais, et cela passe souvent par un petit réseau de contacts que je me suis constitué. J’en profite d’ailleurs pour les remercier ici. Nous, les auteurs de polars, devons beaucoup à ceux qui nous permettent de rendre nos romans plus réalistes.

Tiens, petite recherche qui m’a bluffé (pas trouvé sur Internet, mais fournie par un « contact » [il se reconnaîtra !]) : saviez-vous qu’il existait des balles de pistolet dites « écologiques », sans plomb ? Incroyable, non ? On tue, mais de manière écologique… Cherchez l’erreur.

Ton intrigue a toujours un fond scientifique (on ne va pas en dire trop), mais celle-ci met tout particulièrement en avant les relations humaines entre les protagonistes…

En effet. Je pense que c’est une question d’équilibre. Un thriller (et même un roman d’un autre genre, quel qu’il soit), c’est un mélange de surprises, de connaissances, de suspense et d’émotions. L’émotion vient des personnages, des épreuves et des drames qu’ils vont traverser durant l’histoire. Pour moi, la courbe d’un personnage, quel qu’il soit, doit évoluer entre le début et la fin du livre. L’homme, la femme, doit en ressortir grandi, affaibli, heureux ou malheureux, mais différent. L’histoire doit transformer les destins, les malaxer, les tordre dans tous les sens.

Aujourd’hui, je sais que les lecteurs lisent mes livres autant pour le sujet que je vais traiter, que pour mes personnages, qu’ils aiment retrouver. Lorsque j’ai publié le titre « SHARKO » sur les réseaux sociaux, j’ai lu les réactions des gens : « Oh non, il va mourir ! », « Ne lui faites pas ça Mr Thilliez » ou encore « Pourvu qu’il ne lui arrive rien de grave sinon j’arrête de lire vos livres » (carrément !!!) Bon, je n’ai pas encore eu de menaces de mort, ça va… C’est dingue, Sharko, ou Lucie, sont presque devenus des personnages réels, les gens ont l’impression de les connaître, de les avoir déjà croisés dans la vraie vie.

Je suis très heureux lorsque je vois l’engouement des lecteurs vis-à-vis de ces personnages, ça montre à quel point il faut les soigner, autant que l’histoire en elle-même.

C’est bien évidemment toujours un thriller (de haut vol), mais les ingrédients d’un vrai polar sont singulièrement très présents…

Surtout pour celui-là, en effet. Il y a deux enquêtes : cet homme que Lucie a tué, il n’était pas net, et sa mort va révéler, comme je le fais dans mes autres romans, quelque chose de complexe et de terribles, qui va confronter les enquêteurs aux facettes les plus sombres de notre société.

Mais aussi, cette enquête dans l’enquête, puisqu’il faut trouver qui a tué cet homme (si vous avez suivi jusqu’ici, c’est Lucie !) Lorsqu’il a maquillé la scène de crime, Sharko, en vrai connaisseur, a essayé de tout prévoir pour que jamais, on ne retrouve l’assassin. Pourtant, un grain de sable s’est incrusté dans la mécanique. On a beau avoir 25 ans de criminelle derrière soit, comme disait Locard, « lorsqu’un acte criminel se produit, l’individu responsable laisse des traces de sa présence et emporte avec lui des traces du lieu où il se trouvait. » Malheureusement pour Sharko, il n’a pu échapper à ce principe. Aussi, Nicolas Bellanger, qui fait partie de l’équipe, va mettre le doigt sur ce grain de sable et commencer à investiguer dans une direction complètement inattendue.

Ecrire cette partie du roman m’a donné pas mal de fil à retordre, car on est dans la précision de l’enquête, le microscopique, dans une dynamique et dans un rythme différents de celui de l’enquête « principale ». Là, effectivement, on est plutôt dans le polar pur.

As-tu utilisé ta méthode habituelle pour construire cette intrigue ? Elle a beau être centrée sur tes deux personnages principaux, le moindre petit détail compte…

Ce qui m’a donné le plus de fil à retordre dans l’écriture, c’est, comme suggéré juste avant, cette enquête dans l’enquête. Il fallait écrire deux histoires en une seule, parfaitement imbriquées pour ne pas casser le rythme du livre, et surtout, les résoudre quasiment en même temps, c’est-à-dire tenir la barre sur plus de 500 pages.

Ma ligne directrice, bien avant d’écrire la première page du livre, a été l’implication des personnages : Je voulais que Sharko/Henebelle soient les plus impliqués possibles, que le danger rôde en permanence autour d’eux, qu’à chaque page, l’épée de Damoclès puisse leur tomber sur le coin du crâne. Il fallait trouver l’angle et surtout, être différent de mes autres romans : ne pas tuer un proche ou m’en prendre à la progéniture de nos deux policiers, comme disent souvent les lecteurs « ils ont assez morflé ! » Bon, ici, ils morflent quand même un peu, mais d’une façon différente.

J’ai également pris un risque, et c’est ce qui m’a plu dans ce roman : Lucie tue quelqu’un, elle devient, quelque part, comme ceux qu’elle hait et traque. Idem pour Sharko : en modifiant la scène de crime, en volant des indices, il devient coupable, et cette situation est psychologiquement insupportable pour lui.

Donc, comment racheter ce couple de héros récurrents aux yeux des lecteurs ? Les gens continueront-ils à les aimer, malgré ce qu’ils ont fait ? Leur pardonnera-t-on leurs actes ? Ça, c’est à vous de me le dire !

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Catégories :Interviews littéraires

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10 réponses

  1. Excellent… même si ce n’était pas nécessaire de me convaincre car j’attends ce livre avec impatience ! Par contre, connaissant le type de lecteurs de Mr Thilliez, à sa place je ne tuerais ni Lucie, ni Franck… regardez ce qui est arrivé à ce pauvre écrivain dans « Misery »… Voilà ce qui arrive quand on a pour lecteur des psychopathes 😆

  2. Héhé, vous le vendez bien celui-ci tout les deux !
    Il me fait bien envie celui-ci.
    Mais ….Rhaaaa, il va falloir m’offrir du temps en pagaille pour Noël, sinon je ne vais pas m’en sortir !
    Et comment je fais moi ensuite pour découvrir de nouveau Franck Thilliez, hein ?
    Je ne sais pas si je dois vous dire merci, du coup !

  3. Merci Yvan pour cette belle interview, et même si je voulais de toute façon l’acheter ! Je vais me le procurer avec dédicace à Fargues St Hilaire !

Rétroliens

  1. Franck Thilliez à l’honneur ! – Mes Lectures du Dimanche
  2. Sharko – Franck Thilliez – EmOtionS – Blog littéraire et musical

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