La chambre d’ami – James Lasdun

Loin de moi l’idée de me lancer dans une analyse sémantique, j’en suis bien incapable. Il n’empêche que chacun développe sa propre signification derrière un mot, son champ lexical personnel qui peut s’éloigner de la définition officielle. L’imagination et l’imagerie individuelles font le reste.

Prenez les mots utilisés par l’éditeur sur la quatrième de couverture de La chambre d’ami de James Lasdun. On y parle de suspense, de rebondissements multiples et de personnages troubles. Selon ce que chacun se représente à l’évocation de ces mots choisis, la perception même du roman peut en être dévoyée.

Perception des mots

Suspense ? A partir du moment où le lecteur se demande ce qu’il va arriver d’ici le point final, le mot peut être approprié. La chambre d’ami n’a pourtant rien à voir avec un thriller, pas plus qu’avec un polar et à peine avec un roman noir. Le roman est plutôt du genre à suspendre le vol du temps durant une bonne partie des 250 pages. Et pourtant, il y a bien un questionnement de plus en plus lancinant qui se développe au fil de la lecture, un sorte de suspense.

Rebondissements multiples ? Là encore, un lecteur pourrait imaginer un flot de retournements de situation propre à un genre littéraire dans lequel ce roman ne se classe pourtant pas. A l’image de la couverture, le récit s’apparente aux vaguelettes de l’eau de la piscine, perturbées par les remous engendrés par les nageurs (en eau un peu trouble, mais à peine).

Personnages troubles, justement ? On est bien loin de gueules inquiétantes ou de protagonistes ouvertement malfaisants. On navigue dans un milieu tout en apparence, où l’argent n’est pas une question. Un environnement où se meuvent des personnages à la fois ancrés dans le libéralisme outrancier typique des États-Unis tout en développant des idées de bobos. Troubles, à leur manière. Même le personnage principal, pourtant presque sans le sous, se fond dans ce groupe social où le fric n’est pas un obstacle aux réflexions sur le grand méchant capitalisme.

Même le titre du roman est trompeur, c’est dire…

Finesse du style

Alors quoi ? Comment ai-je ressenti cette lecture, avec la perception qui m’est personnelle ? Une fois acceptée la lenteur du développement du récit et le fait que je plaçais d’autres significations derrière les mots cités plus haut, j’ai pu partiellement apprécier mon immersion dans cette luxueuse villa et la chaleur qui l’entoure.

J’ai vécu durant ces pages aux cotés de personnages qui ont des secrets ; le genre de secrets que tout un chacun peut avoir, rien de rocambolesque. J’ai vogué à travers les mots soignés de l’auteur et écouté les échanges – parfois passionnants, parfois irritants, parfois ennuyeux – des personnages.

La chambre d’ami me semble être davantage une réflexion sur un pan de société. Au travers de protagonistes protégés des affres de la dure réalité du commun des mortels (même celui qui « profite » de l’hospitalité de ceux qui possèdent tout) et qui tentent de se connecter au monde (par la parole, plus que par les actes). C’est, en effet, assez savoureux d’entendre un banquier riche à millions s’intéresser au mouvement Occupy, parler de micro-crédits ou d’investissement dans l’environnement, lors de joutes verbales enlevées.

Au final, même si j’ai trouvé l’intrigue bien maigre, je retiens de cette lecture l’intelligence et la finesse du style de James Lasdun. Si on se met dans le bon état d’esprit, cette lecture – chronique contemporaine mâtinée de noir – apporte quelques satisfactions, davantage intellectuelles qu’émotionnelles.

Sortie : 09 mars 2017

Éditeur : Sonatine

Genre : Roman contemporain

Traduction : Claude et Jean Demanuelli

Ce que j’ai particulièrement aimé :

Le soin apporté à l’écriture

Certaines joutes verbales

Ce que j’ai moins aimé :

La maigreur de l’intrigue et la banalité de l’histoire

4° de couverture

Imaginez un cadre de rêve : une luxueuse résidence d’été au milieu des montagnes.
Placez-y un trio de personnages troubles : Charlie, un riche banquier new-yorkais, sa femme Chloe et Matthew, le cousin de Charlie, un cuisinier dont l’existence part un peu à la dérive.
Le décor est posé, les pièces sur l’échiquier. En dire plus serait criminel.
Passion, drame, trahison, adultère, meurtre : rien ne manquera à votre plaisir.

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Catégories :Littérature

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9 réponses

  1. Merci pour ce retour Yvan. Je pense que je vais passer mon tour sans regrets pour ce livre 😉

  2. ça c’est de l’analyse intelligente comme toi seul est capable de faire!
    J’avais vu ce roman sur Netgalley mais il ne me tentait pas, tu m’as convaincue que j’avais raison 🙂

  3. Comme toi celui-ci je le recommande mais pas aux purs fondus de thriller ! Non !!!

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