Interview – 1 livre en 5 questions : Elijah – Noël Boudou

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Noël Boudou

Titre : Elijah

Sortie : 27 février 2017

Editeur : Flamant noir

Lien vers ma chronique du roman

C’est ton premier roman. Qu’est que qui t’a particulièrement attiré dans cette histoire-là ?

Difficile de répondre à cette question, il me semble que nous en avions déjà parlé ensemble, je n’ai aucun plan quand j’écris une histoire. Ce qui veut dire que lorsque je me suis lancé dans l’écriture d’Elijah, je suis parti d’une phrase : « J’avais dix-huit ans quand j’ai tué mon père. Très violemment. », après je me suis laissé embarqué. C’est presque l’histoire qui s’est racontée à moi. Bien sûr j’y ai incorporé des thèmes qui me touchent, qui me sont chers. Comme le handicap, j’ai travaillé et travaille encore aujourd’hui parfois avec des personnes, enfants ou adultes, handicapées. Ce sont souvent des gens très attachants et forts moralement. Et bien sûr les violences faites aux femmes et aux enfants. Je ne suis pas concerné par le sujet. J’adore mon père qui est quelqu’un d’adorable et là je n’ai pas connu la violence domestique personnellement. Mais qui ne s’est jamais dit en voyant ce genre d’horreur dans le journal, si je choppais ce mec il en prendrait pour son grade, je l’ai fais à travers le frère d’Elijah. Au fil du temps je me suis beaucoup attaché à ces personnages et je pense que cela se ressent. Des premiers retour que j’ai eu pratiquement tout le monde a été très touché par le personnage d’Elijah et c’est une réussite pour moi car je me suis surpris à adorer ce petit bonhomme. Beaucoup m’ont dit avoir été très touché par son frère, bien qu’il puisse être assez monstrueux et là aussi j’ai réussi mon coup.

J’ai rarement vu se côtoyer autant de noirceur et de lumière dans un même roman, c’était une volonté de départ ?

Oui, définitivement oui. Parce que je pense que la lumière sert à rendre la noirceur plus obscure… Cette phrase est bizarre non ? Jouer sur les contrastes est intéressant après un passage lumineux, émouvant, tu balances une scène bien noire et celle-ci l’est encore plus que si elle était noyée dans une histoire où il n’y a aucune lumière. Elijah est le soleil de son frère, c’est comme ça qu’il l’appelle. A lui tout seul il apporte beaucoup de lumière dans ce livre. Sans ces quelques lumières dans le bouquin, je pense que celui-ci aurait paru beaucoup moins noir. J’aime jouer avec les sentiments, une caresse sur la joue et juste derrière un uppercut. Je suis peut-être un peu vicieux en fin de compte…

La narration à la première personne, c’est une facilité pour raconter ce genre d’histoire ?

Pour tout te dire, au tout début j’avais commencé à écrire en utilisant la troisième personne et ça ne marchait pas. Les émotions que je voulais faire passer n’étaient pas assez fortes, exacerbées. Je ne pense pas que l’on puisse parler de facilité car se mettre dans la tête du frère d’Elijah n’est pas si facile, surtout que ce personnage est très loin de moi si ce n’est qu’il écoute du metal et qu’il est insomniaque. Je ne suis pas un psychopathe enfin pas encore… Cette narration à la première personne n’est utilisée que pour donner plus de force au texte par pour me faciliter la tâche.

Tu sembles avoir travaillé ton texte pour qu’il puisse se lire d’une traite…

D’une traite je ne sais pas, mais qu’il soit court et rentre dedans oui ! Je ne voulais pas écrire un roman fleuve de 700 pages. Les livres où l’on nous décrit une pièce ou le jardin d’une maison pendant six ou sept pages ont une fâcheuse tendance à me saouler. J’aime qu’on laisse place à mon imaginaire. Même mes descriptions de personnages sont assez brèves. J’ai voulu aller vraiment à l’essentiel. Pas de blabla, de fioritures pour gagner cent pages et sortir un bouquin plus épais de deux centimètres. Tu le dis très bien dans ta chronique, je n’ai suivi aucun code, aucune méthode, j’ai balancé sur le papier ce que j’avais dans les tripes. Que ce soit des scènes de meurtres ou d’amour, ont se fout un peu de la couleur des rideaux ou du dessus de lit non ? J’ai mis tout ça de côté, les effets de style, les métaphores et j’ai écris comme on frappe, dans le but de faire mal, ou comme on caresse dans le but d’émouvoir. Si j’avais fait un plan ou un scénario avant de me mettre à l’écriture proprement dite le texte aurait perdu toute sa force de frappe.

Certains passages sont très violents. Comment se sent-on lorsque l’on écrit de telles scènes ?

On relativise, je ne suis pas le frère d’Elijah, j’essaye de savoir comment il aurait agi. Je n’ai eu que deux retours moyens jusqu’à présent qui me reprochait une violence gratuite et improbable. Aucune scène n’est gratuite, et pour le coté improbable j’avais rencontré un type fabuleux qui s’appelle Thierry Poccard, c’est un psy qui travaille avec des éducateurs pour aider des gens qui sont soit sans papiers soit toxicos soit atteints de trouble mentaux. Il m’a aidé à étoffer le personnage principal et m’a fait prendre conscience qu’il était un psychopathe pur jus. Et crois moi ces gens là sont capables de choses absolument dingues. Il m’a raconté des anecdotes incroyables et certains des types ou femmes qu’il a côtoyé dans son boulot feraient passer le frère d’Elijah pour un enfant de chœur. Et c’est du réel, du vécu, ce mec vit dans un van pour être plus proche des gens avec qui il bosse et il a vu à peu près tout ce qu’il est possible de voir d’atroce dans la vie. Je parle souvent dans le livre de ce sentiment de toute puissance car c’est ce que ressentent les psychopathes lorsqu’ils tuent ou violent. Et lorsque tu te sens tout puissant tu peux aller très loin dans l’horreur. Et dans le cas de mon personnage, cette maladie mentale est accentuée par l’amour qu’il porte à son frère, par les sévices que son père lui a fait subir et que le bonheur qu’il pensait acquis avec Elijah lui est retiré.

Comme je le disais plus haut, je voulais un texte choc qui rentre dans le lard et te laisse un peu sonné. C’est encore une histoire de contraste entre les scènes ultra violentes et les scènes plus lumineuses, les unes servent les autres et inversement. Plusieurs personnes m’ont dit avoir fini le livre en larmes et j’en suis heureux. Je ne voulais pas une intrigue machiavélique, je voulais provoquer des émotions, d’horreur, de douleur, de tristesse, d’attendrissement.

Je vais reprendre une de tes phrases : j’ai mis mes tripes et mon cœur sur la table, il n’y a plus qu’à se servir.

Merci à toi pour cette interview et j’espère que nous pourrons un jour, enfin, en parler de vive voix.

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Catégories :Interviews littéraires

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12 réponses

  1. Encore plus hate de le lire!!!;)

  2. Magnifique je le dis encore une fois, on en sort bouleversée avec quelques larmes comme moi Ouiii… un coup de ❤. Moi aussi j’aime que l’auteur laisse mon imaginaire travailler et là c’est une réussite. Et cet interwieu m’éclaire sur certaines questions que je me posais car lorsqu’un livre nous fascine j’aimerai bien creuser d’avantage sur le personnage qui l’a écrit … Merci 😊

  3. Merci pour l’interview 🙂 Et comme Stelphique, encore plus hâte de le lire !

  4. Interview très intéressante 🙂 J’avais très envie de le lire après avoir lu la chronique, maintenant c’est terrible, je meurs d’envie de le lire. J’espère me le procurer rapidement 😀

  5. Je suis comme ma binômette : pas encore lu, mais hâte de le faire, entre mes 36 romans vachement urgents qui doivent être lu pour incessamment sous peu ! 😀

  6. Je suis encore plus motivée à le lire maintenant 🙂

Rétroliens

  1. Elijah – Noël Boudou – EmOtionS – Blog littéraire et musical

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