Interview – 1 livre en 5 questions : White coffee de Sophie Loubière

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1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre. 5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Sophie Loublière - White coffee

Sophie Loubière

Titre : White coffee

Sortie : 13 octobre 2016

Éditeur : Fleuve Editions

Lien vers ma chronique

« White coffee » succède à « Black coffee », mais est bien davantage qu’une simple suite…

C’est, en fait, la seconde partie d’une trilogie américaine que Bloody coffee (actuellement en écriture) clôturera en 2018. Si l’intrigue générale (la traque d’un tueur ayant sévi sur la route 66 depuis le milieu des années 60 ) était close à la fin de Black coffee, de nombreuses questions restaient sans réponse : que deviendrait la relation entre le cinquantenaire Desmond G. Blur, personnage emblématique de la trilogie, et Lola, version contemporaine (et réaliste !) de la femme fatale ? Quel destin pour Pierre Lombard, le mari de Lola partie chercher sa trace sur la mother road pour remettre la main de fiston dans la paume de son papa et, accessoirement, faire signer au père déserteur les papiers du divorce après une séparation de plus de 4 ans ?

white-coffee-carr-vignetteEt il y avait encore ces personnages croisés sur la route, un vieux flic bougon au cœur tendre, jeune officier sexy et candide, une jolie veuve de tueur, la chevelure écarlate, brillante comme un diamant au milieu de désert, dans l’attente de jours meilleurs… Comment les laisser sur le bas côté ?

Il était évident que White coffee leur ferait la part belle. Le roman est plus qu’une suite, en effet. Il rend aussi hommage à la fragilité des êtres, à la déliquescence de l’âme et du corps, à la rudesse d’un climat social (Crise des Supprimes) et aux pièges de l’isolement et de la solitude (thème déjà présent dans L’enfant aux cailloux). C’est aussi un roman d’amour que l’épreuve d’une séparation peut renforcer ou détruire.

Avec ce roman, on est souvent à la croisée des chemins. Il est parfois difficile de le cataloguer, surtout que pour un roman noir, la couleur blanche est très présente !

En remettant le prix Femina à Marcus Malte, le jury a répondu avec intelligence à cette question qui obnubile les journalistes, soucieux de classer, ordonner pour mieux les comprendre, analyser, ce qui est tout à leur honneur, mais nous embarrasse bien, nous romanciers, car ils nous cantonnent au « genre » et non à « l’œuvre ».

Personnellement, je ne vois pas de différence entre un roman de Flaubert et un Dashiell Hammett. Il y est question avec la même violence, la même rigueur, ce même souci du détail et de réalisme des grands maux de l’Histoire humaine. Si vous n’êtes pas convaincu, relisez Moisson rouge et Salammbô.

Ce récit se déroule entre la France et les Etats-Unis. C’est en partie un bien bel hommage à la littérature américaine…

Sans doute, oui, mais c’est inconscient de ma part. Je n’ai pas cherché l’hommage mais le réalisme et la nuance, celle que ma propre expérience de ce pays m’a procurée, aux travers de mes différents voyages et de la richesse des échanges que j’ai pu avoir avec des Américains.

Ainsi, Chautauqua Institution, cette ville coquette et secrète de l’Etat de New York, imprégnée de l’histoire passée d’un pays peuplés de migrants ayant placé Dieu au-dessus de tout, fut un choc pour moi lorsque je l’ai découverte en 2011, blottie au bord d’un lac. Il était clair que j’allais y revenir pour imaginer-là une intrigue froide et blanche comme la neige qui, l’hiver, monte dans cette région à plus de trois mètres.

Mais ce roman est aussi un hommage (et cette fois, je l’assume) à ma région natale, la Lorraine, cet écrin de verdure et de forêts où dorment des vestiges de la première guerre mondiale comme autant de témoins dont on devrait écouter les murmures pour éviter de commettre encore et toujours les mêmes erreurs : chercher la puissance, la gloire au-delà de l’harmonie et de l’entre-aide. Une leçon que Pierre Lombard, en quelque sorte, va être amené à apprendre à ses dépends.

On y retrouve une thématique bien présente dans tes romans, la place du père…

Oui. Le père est de tous mes romans. Ce père (ou grand-père comme dans « A la mesure de nos silences ») fuyant, absent, culpabilisant, revenant, lâche, courageux, coupable ou innocent, mais merveilleusement père lorsqu’il s’ouvre, sourit, vous montre comment tenir une canne à pêche ou glisse un livre entre vos mains, disant « Tiens, du devrais lire-ça »… Quelle que soit son costume ou son armure, il est celui au travers duquel l’enfant se construit, projette sa propre image, il est sa « référence qualité ».

Le mien a joué une influence majeure dans ma vie. En choisissant souvent de taire plutôt que de dire, de garder plutôt que de partager, il a forgé en moi un besoin viscéral de comprendre et d’analyser ce rapport de l’adulte à l’enfant. Mon père est sans doute de tous mes romans, incarné si fort par petits morceaux, pour contrarier la douleur de son absence. La mort d’un père est une cruelle leçon de la vie. Aussi impitoyable que celle de la perte d’un frère. C’est une forme de trahison que le bonheur nous fait.

La manipulation ne vient pas toujours de là où on le pense…

On peut se poser la question au sujet de deux personnages de White coffee : Pierre Lombard a l’art de se mettre entre de mauvaises mains, de filer droit sur le bassin rempli de piranhas. Mais, au fond, n’est-il pas cet appât nécessaire aux grands manipulateurs pervers qui peuplent ce monde, qu’ils soient de la politique, des finances ou des médias, pour attirer à eux plus de gloire et de pognon ?

Et Pierre, dans son obstination naïve à vouloir renouer avec une femme après l’avoir laissée au bord de la route plusieurs années sans donner de nouvelle, ne manipule-t-il pas sa famille, et plus particulièrement son fils, tout acquis à sa cause ?

Enfin, lorsqu’on avance dans le roman et que la figure d’un diable noir vient hanter Chautauqua Institution, on peut se douter que tous les désordres dont la ville est le théâtre, les disparitions inexpliquées des écureuils, et les drames de petites dames tranquilles que l’on retrouve mortes dans leur lit ou sans tête sous quelques pelletées de terre, ne sont pas fortuits mais bien liés à un même mal engendré par la société elle-même.

sophie-loubiere

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Catégories :Interviews littéraires

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9 réponses

  1. Très intéressante interview de Sophie Loubière…
    Déjà, j’avais beaucoup aimé son Black Coffée… Nul doute que de passer du noir au blanc ne me posera aucun souci. Dans mes envies de lecture pour bientôt…
    Amitiés.

  2. Magnifique j ai dévoré le premier et ouvert le deuxième hier je ne m en lasse pas continuez

  3. L’auteure se livre beaucoup , c’est assez touchant. Je suis curieuse de découvrir ses romans.

Rétroliens

  1. White coffee – Sophie Loubière | EmOtionS – Blog littéraire et musical – Chroniques, avis, comptes-rendus

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