Interview – 1 livre en 5 questions : Je l’ai fait pour toi – Laurent Scalese

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1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre. 5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Laurent Scalese - Je l'ai fait pour toi

Laurent Scalese

Titre : Je l’ai fait pour toi

Sortie : 22 septembre 2016

Éditeur : Belfond

Lien vers ma chronique du roman

Avec ce roman, c’est une nouvelle aventure qui s’ouvre pour toi. Qui est donc ce fascinant Commandant Samuel Moss ? Comment le décrirais-tu ?

En effet, après le policier pur et dur, le thriller, le roman noir et le fantastique, j’ai eu envie d’explorer un autre territoire : celui du polar Feel Good.

Je l’ai fait pour toi a été conçu pour plaire aux lecteurs de romans policiers, ceux qui ont envie de jouer au petit jeu intellectuel auquel nous aimons tous jouer : la résolution d’une enquête criminelle tortueuse, pleine de surprises, où chaque détail a son importance. Le but est que le lecteur s’amuse à démêler les fils d’une intrigue où rien n’est laissé au hasard, qu’il soit pressé de connaître le fin mot de l’histoire. Il sera amené à se poser sans cesse des questions, dont celle-ci : s’agit-il d’un meurtre ou non ? Si c’est le cas, sommes-nous dans la mécanique du crime parfait ?

Une configuration qui intéresse particulièrement notre héros, le commandant Samuel Moss, au point qu’il s’est spécialisé dans la résolution des affaires a priori impossibles à résoudre. À côté de ça, il y a un aspect véritablement ludique, que je voulais absolument l’intégrer au récit. Il est servi par des personnages fun. Du coup, le livre comporte son lot de scènes drôles, cocasses, mais aussi émouvantes, et même élégantes, voire surréalistes, compte tenu de la personnalité de Moss.

Pour en dire plus sur lui – mais pas trop -, il est fasciné par ceux qui ont réussi à élever le meurtre au rang d’art, et qui n’ont, selon toute vraisemblance, commis aucune erreur, ni avant, ni pendant, ni après l’exécution de leur forfait. La grande difficulté pour lui sera de trouver la faille, car il est persuadé qu’en toute chose il y en a toujours une. Pour cela, il prêtera une attention particulière aux détails, même (et surtout) les plus infimes.

Moss méprise la médiocrité, il respecte l’intelligence, il recherche l’excellence. Il n’est jamais dans la demi-mesure, dans l’à-peu-près. J’ai pris un plaisir immense à camper ce personnage.

Plus j’avançais dans l’écriture, plus je le trouvais amusant – il m’a beaucoup fait sourire, et rire -, surprenant, touchant. Il s’écarte de la norme tout en restant accessible. S’il est fasciné par la subtile perfection du crime, il est loin d’être parfait. Il peut être caustique avec ses collaborateurs et les suspects, il a ses névroses – et pas des moindres. Quoi qu’il en soit, les lecteurs qui feront sa connaissance le trouveront attachant, parole de Scalese !

On sent que tu as axé ce roman sur le divertissement du lecteur, tu l’as fait pour lui. Est-ce une réponse à la lourdeur de l’actualité actuelle ?

Absolument. Tu as raison, l’ambiance actuelle en Europe, et en France notamment, m’a orienté vers cette histoire, elle a guidé ma plume, en quelque sorte. Le contexte politique, économique et social, sans parler du terrorisme, aujourd’hui présenté comme une fatalité, tout cela finit par être écrasant. Les médias ne vendent plus l’espoir mais le désespoir, les politiques pérorent beaucoup mais n’ont toujours pas de vision ni de solution, trop préoccupés qu’ils sont par la conservation du pouvoir.

Du coup, personnellement, je suis arrivé à saturation des thrillers sombres, voire glauques, quand bien même ils sont censés dénoncer les dérives, les dangers, les aberrations de la société. Lorsque j’ai écrit Je l’ai fait pour toi, j’avais envie de lumière, de légèreté, de sourire, de rire. Cela n’empêche pas le livre d’avoir de vrais thèmes de fond, comme le deuil, la reconstruction après la perte ou la disparition d’un proche, l’absence de père, le sentiment de culpabilité, le poids du passé…

Tu as apporté un soin tout particulier au développement des personnages et des dialogues, au point qu’on a très vite l’impression que les protagonistes se matérialisent devant nous…

Je fais partie des écrivains qui sont convaincus que les personnages représentent le sel d’une histoire, quel que soit son support, littéraire, audiovisuel ou cinématographique.

Si les personnages sont bien campés, s’ils entrent en résonance avec notre propre humanité, nos propres émotions, le lecteur les suivra où qu’ils aillent, au bout du monde.

Quant aux dialogues, ils permettent de caractériser les personnages, de leur donner encore plus de profondeur. Ce n’est pas un exercice évident, mais lorsqu’il est réussi, il procure une satisfaction à nulle autre pareille. Et puis, c’est le moment crucial où le lecteur « entend » les personnages s’exprimer.

Ton intrigue se déroule dans le milieu littéraire et tu fais de plusieurs clins d’œil aux séries et aux films. Une manière de mettre en avant tes goûts et de donner quelques coups de griffe au passage ?

Dans tous mes romans, l’air de rien, j’accorde autant d’importance à la forme qu’au fond, au divertissement qu’à la réflexion. Je suis toujours touché, ravi, quand un lecteur a ces deux niveaux de lecture.

Dans Je l’ai fait pour toi, l’intrigue se situe en partie dans le petit monde de l’édition. Je crois que c’est Stephen King qui a dit qu’il faut avant tout parler de ce que l’on connaît bien, car cela confère plus de crédibilité et de force à son propos. Il ne s’agit pas de coups de griffe mais d’évoquer certaines réalités.

Le milieu a changé, c’est indéniable. Aujourd’hui, tout le monde écrit, ou veut écrire. Le problème, c’est qu’il y a beaucoup plus de personnes qui écrivent que de personnes qui lisent. Je constate souvent que la langue, le style, la syntaxe sont rarement des sujets d’intérêt et de préoccupation. Après tout, les correcteurs, voire les rewriters, sont là pour ça. Si la langue, le style et la syntaxe n’ont qu’une importance secondaire dans la conception d’un livre, autant transmettre nos histoires par voie orale, tous assis autour d’un feu de camp ! Si on choisit la voie littéraire, c’est bien pour avoir le plaisir et l’honneur de jouer avec les mots, parce que chaque mot doit être à sa place.

Le pire, c’est d’entendre un auteur dire, revendiquer fièrement même, qu’il n’a pas besoin de lire pour écrire. Un musicien n’a-t-il pas besoin de faire ses gammes, d’écouter ses confrères, pour s’améliorer, avancer, progresser ?

Selon la même logique, s’il souhaite mieux maîtriser son art, un écrivain doit lire, confronter son style à celui des autres. C’est une évidence absolue. Une phrase de la novella L’encre et le sang, co-écrite avec mon confrère et ami Franck Thilliez, illustre bien mon propos : « Croire qu’on est un écrivain ne signifie pas qu’on en est un ».

Nous pouvons extrapoler et appliquer cette formule à toutes les branches artistiques, la musique, le cinéma, la danse, la peinture, etc. Actuellement, beaucoup passent par la littérature dans l’espoir d’œuvrer dans le domaine de la fiction audiovisuelle. Du coup, ils écrivent un roman comme on écrit un scénario. Mais ce n’est pas du tout la même chose, ce sont des métiers différents.

Marlon James, l’écrivain jamaïcain, résume parfaitement la situation quand il dit : « Trop d’écrivains travaillent dans ce sens de nos jours. C’est trop cinématographique et pas assez littéraire. On n’a plus envie de leur dire « bravo pour ton livre » mais plutôt « bravo pour ton scénario ».

Avec cette intrigue, c’est comme si le lecteur était plongé dans le scénario d’une série. C’est une déformation professionnelle ou tu as une idée derrière la tête ?

Nulle déformation professionnelle, puisque j’aborde ces deux métiers de façon très différente. Cela n’empêche pas de penser à une adaptation, encore un autre métier.

Ceci dit, Samuel Moss a tout ce qu’il faut pour faire un héros de série télé. Je ne suis pas le seul à le penser. On en reparle vite, très vite :-).

laurent-scalese

Photo : Melania Avanzato

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Catégories :Interviews littéraires

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13 réponses

  1. Que j’aime cet homme. Il est d’une gentillesse dingue et il dégage une vraie lumière. Laurent, c’est pas une déclaration, mais presque. .. 😉

  2. Ben voilà, s’il l’a fait pour moi, je vais me laisser tenter. Surtout après tout ce que vous en dites là !
    Merci messieurs pour ce bel échange. 🙂

  3. Je ne peux que vous rejoindre, je l’adore aussi ! Et je suis bien d’accord sur les personnages qui sont le sel de l’histoire, je ne peux pas avoir un coup de coeur livresque sans un personnage marquant, au moins un !

Rétroliens

  1. Je l’ai fait pour toi – Laurent Scalese | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  2. L’Interview-Terrasse TRÈS CONTAGIEUSE de Laurent Scalese – A l’écrit et en Podcast audio (Part 2/2) ! – Cest Contagieux!

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