Le garçon – Marcus Malte

chronique littéraire

Marcus Malte - Le garçon

Marcus Malte est régulièrement catégorisé auteur de romans noirs. Il est pourtant bien davantage que cela et ce nouveau roman en est une preuve éclatante.

A travers les paroles des autres

Dire que Le garçon est un bijou littéraire est presque insuffisant, tant il est difficile de trouver les mots pour décrire l’immensité de ses qualités. Cette lecture m’aura laissé sans voix, ce qui est un comble lorsque l’on sait que le personnage central est mutique. Un garçon qui se complait dans le silence au point de se raconter à travers les paroles des autres.

Un héros du quotidien qu’on découvre à l’âge de 14 ans, alors qu’il n’est en contact, depuis sa naissance, qu’avec sa seule génitrice ; un jeune homme vierge de toute humanité ou presque. Une page presque blanche qui va commencer à s’écrire au gré des rencontres et d’un monde auquel il n’est pas préparé. Itinéraire d’un enfant pas toujours gâté.

Fresque

Le garçon est une véritable fresque de 550 pages qui dépeint toute la première partie du XXème siècle ; monde en plein bouleversement.

Bouleversé le lecteur l’est régulièrement, à suivre ce garçon anonyme, observateur autant qu’acteur. Car cet homme qui se construit par mimétisme, va rencontrer ce qui se fait de meilleur et de pire.

C’est un tour de force qu’accomplit Marcus Malte à nous faire vivre ainsi la vie, les expériences et les émotions d’un personnage à travers ses yeux de conteur et ceux des autres protagonistes. Le garçon est comme une éponge qui absorbe tant d’apprentissages, et comme un miroir qui nous renvoie l’image des gens qu’il croise et des évènements qui le promènent à travers tout le début du siècle dernier.

Roman initiatique ultime

Je n’hésite pas à qualifier ce livre de roman initiatique ultime. Parce qu’il nous fait vivre l’amour au plus près. Parce qu’il nous fait supporter le pire également lorsque Marcus s’en va en guerre (de 14-18). Une narration protéiforme, qui évolue à l’image du personnage principal, emplie d’émotions, de tendresse, de bruits et de fureur.

Marcus Malte est un conteur doublé d’un écrivain exceptionnel. Sa qualité d’écriture est hors-norme depuis ses débuts. Avec ce roman, il passe une nouvelle étape dans sa carrière. Il y aura un avant et un après cette histoire ; leçons de vie proposées par un auteur qui ne nous fait pas la leçon pour autant.

Profondément, intensément, durablement

Que sa plume nous narre des rencontres, nous plonge dans les horreurs de la guerre, nous susurre des passages érotiques ou nous amuse à travers des morceaux de texte un brin décalé, elle est si belle et si fouillée qu’on en reste bouche-bée.

Oui, Marcus Malte est un immense écrivain. Ce roman, qui nous touche par la candeur de son héros tout autant que par la beauté et le carnage des émotions qu’il vit, restera une lecture inoubliable. Le genre de livre qui marque un lecteur profondément, intensément, durablement. Juste indispensable.

Une citation, lorsque le garçon commence à découvrir le monde :

Il connaît les levers et les couchés du soleil, la lumière et l’obscurité, les saisons, il sent au plus profond de lui quand arrivent les premiers gels ou quand la sève revivifiée recommence à circuler, mais il ne peut concevoir que tout cela a été pesé, mesuré, rationalisé, que tous ces phénomènes aient fait l’objet de calculs astronomiques et infinitésimaux, il lui est impossible d’imaginer que des savants aient songé à disséquer le temps, à le découper, à le fractionner et à donner à chacune de ses parcelles, aussi infime soit-elle, un nom ou un numéro, un matricule destiné aux horloges et aux calendrier. Le diviser pour quoi ? Pour mieux régner ?

Lien vers l’interview de Marcus Malte réalisée au sujet de ce roman

Sortie française : 18 août 2016

Éditeur : Zulma

Genre : Roman initiatique

Mon ressenti de lecture :

Profondeur : 10/10

Dimension de l’intrigue : 9/10

Psychologie : 9/10

Qualité de l’écriture : 10/10

Émotions : 9/10

Note générale : 9,5/10

4° de couverture

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct.

Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, tout à la fois sœur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.

Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.

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Catégories :Littérature, Livre : les incontournables

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46 réponses

  1. J’ai hésité à le prendre, je n’aurais pas dû … Ton avis le donne encore plus envie de le lire !!

  2. Sublime chronique ! Qui me convainc d’insister sur ce roman dans lequel j’ai du mal à entrer (mais à ma décharge, j’ai eu une phase rétive durant l’été, j’ai sacqué à peu près tout ce que j’ai lu à ce moment-là…) De toute façon, le talent de Marcus Malte étant ce qu’il est, c’est-à-dire immense, je suis sûr que ça va finir par fonctionner pour moi aussi ! Et tes mots inspirés me donnent confiance 🙂

    • Tu as raison, la lecture est aussi une histoire de moment, surtout pour ce genre de livre. Pour ma part, je l’ai lu dans un période difficile et paradoxalement il m’a fait du bien

  3. En cours de lecture! Extraordinaire ouvrage , tant sur le fond que sur la forme! Une écriture fabuleuse , des passages époustouflants , un monument! Je te suis point par point sur ton analyse , les passages par exemple sur 14/18 m’ont fait penser à Au Revoir Là-Haut et quelle culture! Ebouriffé je suis et encore merci pour la qualité de ton blog malgré ce que tu dois traverser actuellement.

  4. La je me dis, qu’il me le faut là tout de suite, MAINTENANT! Ouah quelle chronique! Je suis impatiente de découvrir cette merveille!!!Tu y mets tellement de sentiment que ça va être dur de passer à coté…..
    Et coté » vie », j’espère que cette période difficile ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir….

  5. Ok ok ! N’en jetez plus, je suis convaincue… =D Merci pour cette chronique enthousiaste ! Bon, j’ai déjà une énorme pile à lire, mais comme je me suis engagée dans le challenge 1% de la rentrée littéraire, celui-ci en fera partie. Bonne journée et bon courage pour les moments difficiles que vous traversez toi et ta femme.

  6. Depuis « Garden of Love », je sais que cet auteur est dangereusement excellent ! Alors « Le garçon » rejoindra très vite ma PAL, d’autant plus vite après ce billet qui va me rester en mémoire… 😉

  7. Bah après cette très belle chronique il me faut ce bouquin… merci Yvan

  8. Bon, ben alors, j’aipuka l’acheter ! Mais pas aujourd’hui, fait trop chaud, je bouge pas du jakuzi imaginaire dans lequel je baigne.

    En espérant que ça aille mieux pour toi, on est tous passé par de mauvaises périodes et oui, la lecture peut aider, bien que moi, parfois, je la laisse sur le côté le temps de digérer l’affaire… 😦

  9. Rhoooo qu’elle est belle cette chronique ! Je me le note !!!

  10. Il rejoindra ma bibliothèque , oblgé ❤️

  11. Rien à redire. Tu as tout dit et quel écrivain ce Marcus Malte !

  12. Vraiment excellent ce roman, dense, fort… Un de mes coups de cœur

  13. Ce livre est magnifique… un livre qu’on n’oubliera jamais , un ou le livre qui m’a le plus marquée cette année, j’aurais voulu ne jamais le terminer mais il continue d’être présent bien après avoir fermé la dernière page, une épopée, une écriture … une densité,… je connaissais Marcus MALTE pour avoir lu INTERIEUR NORD et mon frère est parti ce matin… mais là c’est une découverte extraordinaire….

  14. Heureusement que j’avais oublié ta chronique depuis août et que je ne l’ai pas relue avant d’écrire mon billet, j’aurais eu des complexes !!! 😆 Déjà qu’il est impossible de résumer ce livre …Tu as raison, il est juste INDISPENSABLE

  15. Sûrement ma révélation de cette rentrée… Indispensable oui ! ❤

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