Condor – Caryl Férey

chronique littéraire

Caryl Férey - CondorQuatre ans qu’on attendait ça. Caryl Férey sait se faire désirer, preuve aussi de l’implication de l’auteur dans l’écriture de ses romans et le gros travail de recherche préalable.

Après Mapuche, l’auteur poursuit son périple à travers l’Amérique du Sud. Les deux histoires sont indirectement liées même si l’ambiance est assez différente. Ne vous attendez donc pas à une suite.

Le roman se base sur l’opération Condor, une autre sale affaire qui a marqué le continent sud-américain et tout particulièrement le Chili.

Pur jus

Condor, c’est du Caryl Férey pur jus, qui gicle autant par le sang, que par les émotions et les mots. Un roman soigné en ce qui concerne les investigations préalables et l’écriture, une fois de plus.

Une histoire où le passé et le présent sont liés par le sang. Un récit sur le Chili, pays qui a été l’un des premiers en Amérique du Sud à s’être lancé dans le néo-libéralisme après la dictature. Une nation où le fric est devenu roi au point que le peuple tout entier s’est retrouvé endetté à mort.

Férey le minimise parfois, mais c’est un roman réellement engagé et militant, même si l’auteur à l’intelligence de mettre en avant les différents points de vue. C’est une nouvelle claque qui nous montre à quel point notre monde marche sur la tête (et ce n’est pas parce que ça se passe de l’autre coté du globe qu’il ne faut pas se sentir concerné).

Amor, muerte

Mais ce roman n’est évidemment pas que ça. C’est un thriller violent, même s’il l’est un peu moins que certains de ses précédents écrits (mais tout est relatif avec Férey…). C’est un récit construit autour de personnages puissants, aux caractères très marqués. Et une histoire d’amour aussi, telle que les aime l’auteur, c’est à dire poussée à son extrême.

Même si l’atmosphère est différente, les lecteurs de Mapuche ne seront vraiment pas dépaysés. D’ailleurs Caryl Férey nous avait habitué à marquer davantage de différence entre ses romans. C’est ma petite pointe de déception, même si elle n’enlève pas grand chose à la qualité du bouquin. Il en est juste moins surprenant.

Voyage extérieur et intérieur

Un livre de Férey est toujours un voyage. Un voyage dans l’espace et dans le temps. Un périple à travers la nature humaine aussi, avec ce qu’elle peut avoir d’excessive.

Ce sont, une fois de plus, les personnages qui frappent au cœur et aux tripes. Certains touchants, d’autres énervants ou écœurants. Condor est aussi une histoire de femmes fortes que l’auteur aime mettre en lumière.

Et puis il y a toujours cette écriture à la fois expressive et poétique, l’écrivain s’autorisant certaines envolées lyriques assez étonnantes. Un trip à travers les mots aussi, à l’image de ce livre dans le livre, sorte de poésie désenchantée (même si c’est une partie qui m’a laissé plutôt de marbre).

Il n’y a donc pas tromperie sur la marchandise avec Condor. Caryl Férey reste fidèle à ses principes et à son écriture pour nous secouer une fois de plus. Le vol du Condor n’est pas de tout repos, mais la traversée en vaut la peine.

Sortie : 17 mars 2016

Éditeur : Gallimard – Série noire

Genre : Thriller / roman noir

Mon ressenti de lecture :

Profondeur : 8/10

Dimension de l’histoire : 7/10

Psychologie : 7/10

Qualité de l’écriture : 8/10

Émotions : 7/10

Note générale : 7/10

4° de couverture

Condor, c’est l’histoire d’une enquête menée à tombeau ouvert dans les vastes étendues chiliennes. Une investigation qui commence dans les bas-fonds de Santiago submergés par la pauvreté et la drogue pour s’achever dans le désert minéral de (Atacama, avec comme arrière-plan l’exploitation illégale de sites protégés…

Condor, c’est une plongée dans l’histoire du Chili. De la dictature répressive des années 1970 au retour d’une démocratie plombée par l’héritage politique et économique de Pinochet. Les démons chiliens ne semblent pas près de quitter la scène…

Condor, c’est surtout une histoire d’amour entre Gabriela, jeune vidéaste mapuche habitée par la mystique de son peuple, et Esteban, avocat spécialisé dans les causes perdues, qui porte comme une croix d’être le fils d’une grande famille à la fortune controversée…

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Catégories :Littérature

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29 réponses

  1. Je te sens moins emballé que pour les précédents , je me trompe ? 🙂

  2. Même si effectivement il n’y a pas surprise, le dépaysement et le style « Caryl » sont bien au rendez vous. Adoré, vraiment. Comme toi pas trop accrochée par la partie du « livre dans le livre » … Mais il avait une idée derrière la tête !! Bref on ne peut pas ne pas aimer le style « Ferey » une fois découvert et qu’on le suit (bien que j’ai le bonheur d’en avoir 1 ou 2 à decouvrir encore) Yes !! Belle chro en tout cas , comme d’hab !!

  3. Moi aussi j’ai beaucoup aimé et la rencontre avec l’auteur a dû ajouter à mon enthousiasme 😊
    Mais je comprends ton ressenti. Ta chronique est impeccable comme toujours 😃

  4. Rhooo, c’est marrant, je l’ai trouvé plus fort que Mapuche. Peut-être par ces personnages de femmes engagées. Va savoir 😉

  5. Pas un faux pli dans la chronique, même si tu as moins aimé que les autres… je dois le lire, je le ferai et vous direz quoi !

  6. Bon je me répète sur les différents bl9gs 😂 mais il est dans ma PAL 😉

  7. Il faut que je le lise, j’adore les romans de Férey 🙂

  8. Pour une fois je ne suis pas d’accord avec toi ! Pour moi Ferey se caricature de plus en plus et ses derniers opus sont loin du niveau qu’il avait à l’époque de ses trois premiers romans.

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