Interview – 1 livre en 5 questions : Tarko, l’homme à l’oeil de diamant – Ian Manook

1 livre en 5 questions

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre. 5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Ian Manook, auteur de Yeruldelgger, se frotte à la littérature jeunesse

Tarko

Titre : Tarko – L’homme à l’œil de diamant

Sortie : 15 avril 2016

Éditeur : Atacas

Lien vers ma chronique du roman

Je te laisse présenter avec tes propres mots ce qui attend le jeune lecteur au détour de cette intrigue étonnante…

Tarko, ce sont les aventures d’un frère et d’une sœur (enfin presque, mais on ne va pas compliquer dès le début) dont les parents (pas tout à fait les mêmes pour chacun d’ailleurs, mais encore une fois on ne va pas tout compliquer tout de suite) ont disparu (probablement enlevés, trop compliqué à expliquer…), et dont l’avion pris dans une tempête tropicale se pose en catastrophe au cœur de l’Amazonie. Enfin, se pose… glisse plutôt dans une clairière détrempée jusqu’à basculer dans un fleuve en furie.

Hein ? Quoi ? Il y a du dinosaure ? Oui, Il y en a. Et du brutal même ! Pardon ? Des morts ? Oui, Il y en a aussi. Quand on se fait bouffer par un dinosaure, en général, c’est ce qui arrive : on meurt, même dans un roman jeunesse. Et des Indiens ? Oui, il y en a aussi. Des indiens Murmure, de la tribu des Invisibles. Un chef, des guerriers et même un shamane : l’homme qui connaît le secret des poisons qui tuent. Oui, oui, le curare par exemple. Mais aussi l’eau de rêve, très pratique pour révéler à Tarko les petits secrets de Lou, sa petite peste de sœur adorée.

Sinon, en plus des dinosaures, il y a aussi des mygales, des anacondas, des caïmans, des serpents corail… Le petit train-train quotidien de la jungle, quoi ! Ah il y a aussi, un mec, un pas beau, un méchant, un mec avec un œil de verre à cent carats. Sans le faire exprès, Tarko lui aurait fait perdre 360 millions d’euro de diamants, alors bien sûr il a un peu la rage, le cyclope. Du coup il est très colère après Lou et Tarko.

Sinon il y a aussi Toulouse, un aventurier français et son guide Mato Grosso, un indien Bororo, un hélicoptère automatique qui finit en étagères et en lames de couteau, une prison autogérée où on fait la queue pour entrer, Mardiros, un shamane notaire, qui parle sans bouger les lèvres, et même des candirous…hein ? C’est quoi ? Oh rien de bien méchant : un minuscule poisson-allumette capable de remonter jusque dans ton tchoutchoulic et de s’y accrocher. Ouille ! Ça, ça fait très mal. Enfin si tu es un garçon.

Pardon ? Qu’est-ce que c’est qu’un tchoutchoulic ? Non, mais je ne vais quand même pas tout vous raconter ! Le but, c’est quand même de vous pousser à l’acheter ce bouquin. Sinon comment je vais y retourner, moi, en Amazonie ?

Tu as souhaité donner une nouvelle vie à cette histoire, pourquoi cette volonté ?

J’écris cette histoire en 2011 sous le pseudo de Paul Eyghar. C’est avec le Temps du Voyage (l’essai paru chez Transboréal) la « première manche » du défi (écrire deux bouquins par an) que j’ai lancé à Zoé (ma plus jeune fille). Il sort en octobre 2011 et en avril il reçoit le prix Gulli/Le parisien du meilleur roman jeunesse 2 012. Un prix très flatteur, puisque le jury était composé de dix familles originaires de toutes les régions de France, et qui devaient se mettre d’accord, parents et enfants, sur le même titre. Mais l’édition de l’époque n’est même pas ressortie avec le bandeau Prix Gulli. Aucune action commerciale, aucun support.

Donc j’ai repris les droits en attendant de pouvoir le republier. Le succès de Yeruldelgger me donne aujourd’hui cette possibilité. J’ai donc investi un peu de droits d’auteur dans la création d’un label jeunesse, ATACAS, avec lequel je vais éditer les trois tomes de Tarko (le premier livre repris et divisé en deux plus un troisième que j’écris), et si ça marche, j’ouvrirai le label à d’autres auteurs en petite production choisie. Quelques amis me disent bien que c’est risqué, mais pour conjurer le sort, j’ai choisi le nom d’ATACAS parce que c’était le nom d’un bateau avec lequel j’ai fait naufrage dans le golfe du Mexique en 1974. Et comme tout le monde peut le constater, je m’en suis sorti. Alors pourquoi pas encore une fois !

C’est une histoire ludique et pleine de rebondissements, à la fois ode à l’imagination et basée sur ton périple dans la jungle brésilienne…

Même dans un roman policier, ce que j’aime par-dessus tout, c’est le mot roman. J’aime le romanesque. Le souffle qui t’emporte, l’aventure qui te bouscule. En fait, je crois bien que je me suis rodé pour Yeruldelgger en écrivant Tarko.

Même technique : une idée où je veux aller, mais pas de plan, pas de documentation préalable, une écriture d’un seul premier jet, et des digressions que je garde si elles me plaisent quitte à tordre l’histoire originale.

Je sais qu’il y a des lecteurs qui aiment bien qu’on les encadre et qu’on les mène avec rigueur là où on leur a promis de les emmener. Et je comprends ce goût de l’exercice dans l’écriture comme dans la lecture. Mais moi j’écris pour ceux qui acceptent d’être brinquebalés, bousculés, surpris. Ceux qui ne vont pas vérifier sur Wikipedia si le cran de sûreté du Beretta est bien comme je le décris ou si le débit de l’Amazone est au litre près celui qui fait blêmir Tarko de trouille.

Dans le roman, tout n’a pas besoin d’être vrai. Il suffit que ça soit vraisemblable dans le cadre de l’histoire imaginée. Exactement comme pour Yeruldelgger, toute la toile de fond brésilienne de Tarko s’appuie exclusivement sur mes souvenirs de voyage. Au milieu des années soixante-dix, j’ai passé un peu plus d’un an dans le Mato Grosso : vingt et un jours de pirogue sans mettre pied à terre pendant une expédition dans le Pantanal ; collecteur de venin de cascavel (le serpent à sonnette local) pour un institut fabriquant de sérum ; pêcheur-sécheur de piranhas pour approvisionner les magasins de souvenirs de Rio, réalisateur de films animaliers pour le gouvernement… j’ai vécu treize mois d’aventures incroyables. Assez pour alimenter encore beaucoup d’autres romans.

On apprend plein de trucs en lisant ton roman et tu as porté un soin particulier à la qualité de la langue, même si c’est un roman pour la jeunesse…

C’est la moindre des choses que d’écrire pour la jeunesse avec le même souci et la même application que pour les adultes. C’est une hérésie de prétendre baisser le niveau d’écriture au prétexte qu’on s’adresse à un public qui ne maîtrise pas encore toutes les subtilités de la langue.

D’une part parce que les adultes sous-estiment grandement la capacité des jeunes à appréhender ce qu’ils lisent. Et d’autre part parce que c’est justement en proposant une langue riche et ambitieuse qu’on offre au jeune lecteur l’occasion de développer sa maîtrise.

Je trouve souvent la littérature jeunesse trop calibrée, trop édulcorée ou au contraire trop dans la mode. Il paraît qu’on est en train de réécrire les classiques avec moins de vocabulaire, moins de phrases longues… Chaque ouvrage doit entrer dans une case : garçon, fille, tranche d’âge. Pas trop de page, il ne faut pas les larguer en route ! En gros caractères s’il vous plaît, ils ont du mal à lire. Double interlignage, qu’ils puissent suivre du doigt en ânonnant…

Peut-être est-ce justifié par toutes sortes d’études, mais je n’ai pas envie d’écrire comme ça. Je veux offrir à leur lecture de vrais romans et qu’ils deviennent mes complices. Je veux bien qu’ils me prennent pour un fou, mais je ne veux pas les prendre pour des idiots. C’est pour ça qu’au passage je leur explique ce qu’est la puissance d’un éclair, la force d’un fleuve en crue, comment fonctionne le curare, comment chasse un anaconda…

J’ai choisi comme logo de mon label jeunesse ce bateau, ATACAS, (en fait un remorqueur de rivière canadien un peu brise-glace !) et je l’ai représenté de face, la proue fendant des flots qui deviennent les pages d’un livre. Parce que pour moi, lire, c’est une aventure. Si je peux donner ce sentiment, cette émotion, cette envie à mes jeunes lecteurs, alors le jeu en aura valu la chandelle.

Tu sembles avoir pris un énorme plaisir à écrire ces aventures de Tarko

J’espère que ça transparaît dans mes réponses et dans le roman. Mais plus largement, je prends plaisir à écrire. Je ne fais pas de différence entre écrire pour la jeunesse ou pour des adultes. J’écris avec le même plaisir et mon style s’adapte de lui-même non pas au lectorat potentiel, mais à l’histoire bien que je suis en train de développer. J’espère que tous ceux qui ont aimé mon écriture dans les aventures de Yeruldelgger trouveront le même plaisir à s’amuser des aventures de Tarko.

Pour moi, c’est de la même veine, du même sang, de la même encre. Du romanesque, encore et toujours, avec pour seule pointe de magie, cette culture shamanique qui baigne l’Amazonie autant que la Mongolie. Même si, dès le tome II, les sept shamanes protecteurs de Tarko vont virer complètement zinzins. Au point de lui faire prendre le Dieu Condor pour un taxi, de le faire rentrer de force dans le corps du Commandante Uno de l’Armée Révolutionnaire des Andes, de l’envoyer bavarder avec une momie-sentinelle de quinze ans vieille de cinq cents ans, de se retrouver par erreur sous les bombardements de Londres en 1944 suite à un mauvais coup de bouquin sur la tête, de rencontrer Pachamama et d’en pleurer d’émotion, et peut-être même bien de chatouiller la pudeur d’une gypaète en… Mongolie !

Patrick kolt (Copier)

Oui oui, c’est bien Ian Manook, juste quelques années plus jeune, lors de son périple dans la jungle brésilienne ! 😉

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Catégories :Interviews littéraires

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11 réponses

  1. Tiens tiens c’est marrant de retrouver une Gypaète par ici , la dernière fois c’était chez Franck, tu sais mon chouchou, en attendant suis pas surprise d’aimer autant l’écriture de Manook et lui-même, j’aime bien quand ça rentre pas dans les cases 😉 je me réjouis de le découvrir ce Tarko 😉 et ça donnera une idée de cadeau sympa , moi qui ne sait offrir que des livres …

  2. En voilà une interview excellente et remplie d’anecdotes et d’infos croustillantes 😊
    C’est un réel plaisir à lire 😃

  3. Géniale interview de Ian Manook ! Je vais acheter son Tarko, ça a l’air sympa 😉

  4. Il est étonnant ce lister Manook.
    Et j’aime ça façon de se livrer.
    Ça donne envie.
    Merci àvous deux pour ce bel échange.

  5. Ho pinaise, la photo collector !!!! mdrrr
    Combien de vies à eu cet homme ??

Rétroliens

  1. Tarko : l’homme à l’oeil de diamant – Ian Manook | EmOtionS – Blog littéraire et musical

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