Interview littéraire 2016 – Christophe Nicolas

chronique littéraire

Christophe Nicolas vient de publier un roman étonnant dans la nouvelle collection de Fleuve Editions, Outre Fleuve. Le camp est un livre assez inclassable, et j’adore ne pas savoir coller une seule étiquette sur une histoire.

Voilà donc une excellente raison de prendre le temps de discuter avec l’auteur, et de vous le faire découvrir si vous ne le connaissez pas. Venez donc boire un verre avec nous.

Lien vers ma chronique du roman : Le camp

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(c) Aalehx *

Merci d’avoir accepté mon invitation à la discussion. Avant de commencer, qu’est-ce que je vous sers à boire en apéritif ?

C’est moi qui vous remercie. Un bon repas en bonne compagnie, ça ne se refuse pas !

Pour l’apéritif, généralement, je prends une mauresque (pastis + orgeat). Et si on ajoute quelques tapas, ça me rappela mes belles années barcelonaises et les copains restés là-bas. Os echo de menos, chic@s !

Question rituelle pour démarrer mes entretiens, pouvez-vous vous définir en trois mots, juste trois ?

Homo sapiens sapiens.

Quelques mots sur votre parcours d’écrivain et vos précédents romans ?

J’ai publié ma première nouvelle en 2001, dans le premier numéro de la revue Emblèmes, des éditions de l’Oxymore. Puis quelques autres ici et là.

En 2006, je me suis lancé dans l’écriture d’un thriller fantastique. Je venais de lire le Da Vinci Code de Dan Brown et j’avais trouvé très efficace sa structure en chapitres courts, alternant les points de vue et multipliant les cliffhangers (une forme de suspense). Je m’en suis inspiré pour raconter l’histoire d’Un Autre (Editions du Riez, 2010 ; Pocket, 2016) : celle de Sam, un homme poursuivi par des créanciers mafieux qui trouve refuge dans un petit village ; il n’y a jamais mis les pieds et pourtant, tous les habitants semblent le connaître…

Mon deuxième roman raconte l’histoire de Yannick, un journaliste récemment viré qui se réveille à l’hôpital, la mémoire remplie de souvenirs « étrange(r)s » ; ceux-ci le mèneront sur la piste d’un gigantesque scandale. C’est Projet Harmonie (Editions du Riez, 2012), un thriller d’anticipation tourné vers l’action.

Puis il y a eu Le Camp (Fleuve éditions, 2016).

Vous avez le privilège de participer au lancement de la nouvelle collection des Éditions Fleuve, Outre Fleuve. Comment êtes-vous arrivé dans cette aventure ?

La version courte de l’histoire ressemble à un conte, avec sa part d’invraisemblance. La version longue aussi, mais les rebondissements y sont plus nombreux et encore plus incroyables ! Dans la version factuelle, Pocket a racheté les droits « poche » de mes deux premiers romans en 2014. Quand j’ai terminé d’écrire Le Camp, début 2015, j’ai donc décidé d’envoyer le manuscrit à Fleuve, qui appartient au même groupe. Et Le Camp inaugure la nouvelle collection Outre Fleuve !

Pour l’anecdote : j’ai publié une nouvelle dans le premier numéro de la revue Emblèmes, comme je l’ai dit, et Un Autre a « étrenné » la collection Sentiers Obscurs des Editions du Riez. Vous parlez donc à un habitué des lancements !

Passons au plat de résistance. Si vous aviez le choix, qu’aimeriez-vous manger là, tout de suite ?

Je choisirais une moussaka, pour diverses raisons en lien avec la résistance, justement. Mon grand-père maternel était grec.

Le camp - Christophe NicolasDe nombreux lecteurs ont fait un lien entre ce livre et X-Files, d’ailleurs vous en jouez dans le roman. Est-ce juste un clin d’œil ou une influence assumée ?

Un clin d’œil assumé ! J’ai suivi avec passion les premières saisons de la série, dans les années 90. Et comme dans la série, je voulais aborder les grands thèmes de la science-fiction qui, quoi qu’on en dise, font partie de l’imaginaire collectif.

Mais Le Camp n’est pas seulement un roman de science-fiction, et X-Files est une influence parmi beaucoup d’autres !

C’est un sacré mélange des genres que vous nous proposez là, difficile d’imaginer ce qui nous attend après avoir lu les premiers chapitres…

Si les genres ont été créés dans l’unique but d’aider les libraires à organiser leurs étagères, alors je préfère m’en affranchir ! C’est aussi le lecteur qui parle. Ce qui m’intéresse, c’est l’histoire. Ici, celle d’un couple que les circonstances séparent au début du roman et qui n’aspire qu’à se retrouver. Une histoire d’amour, donc, mais aussi un roman d’aventures. Et un polar, si on se focalise sur l’enquête du gendarme. Si on s’attache aux fameuses « circonstances », ça penche plutôt vers le roman de mystère, vers la SF, puis le post-apo. Vers le roman « régionaliste », même, par certains côtés ! Et j’en oublie sûrement.

Dans une moindre mesure, le constat s’applique aussi à mes deux premiers romans. Polar psychologique, fantastique, noir, etc. pour Un Autre. Roman d’action, d’anticipation, policier, conspirationniste, etc. pour Projet Harmonie.

Je préfère donc me limiter à l’étiquette « thriller » : si j’ai bien réussi mon coup, le lecteur ne pourra plus s’arrêter de tourner les pages. En anglais, ils appellent ça des « page-turners ». Enfin, c’est l’objectif…

On peut dire qu’il y a plusieurs niveaux de lecture de ce roman, entre divertissement et rappel des pires heures de notre histoire. C’est une manière de s’engager ?

Une critique a un jour qualifié mon travail de « littérature populaire intelligente ».

La formule me plaît. Elle résume bien ce que j’essaie de faire.

Vous avez placé votre histoire bien loin des grandes métropoles, ce sont vos racines qui ont guidé ce choix ?

J’avais besoin d’un hameau isolé et d’une grande ville. Comme je suis né à Alès et que j’ai longtemps vécu à Montpellier, ce choix facilitait grandement le travail de documentation ! Et puis, j’aimais l’idée de pouvoir annoncer : « Attention, grosse scène d’action au Pradel ! » (Pour ceux qui se demandent, c’est juste à côté de l’Affenadou.) 😉

Cela dit, c’est la première fois que je situe l’action d’un roman dans des lieux identifiés, même si Chambaux et la Draille n’existent pas. La base du Causse non plus, à ma connaissance…

Les personnages ont une place de choix dans ce récit, ce n’est pas qu’une histoire de SF…

Parce que c’est leur histoire qui compte. Généralement, mes personnages n’ont rien d’exceptionnel. Ce sont des gens ordinaires que je confronte à des situations extraordinaires, au sens large. Je les pousse dans leurs derniers retranchements, puis je me glisse dans leur tête pour analyser leurs réactions.

Ça peut paraître barbare, dit comme ça ! Mais je rappelle qu’il s’agit de personnages de fiction : ils n’existent pas et par conséquent, ne souffrent pas. Le seul qui souffre, c’est moi ! en essayant de rendre la lecture de leurs aventures captivante.

Je trouve la couverture très réussie, angoissante à souhait…

Je suis d’accord avec vous !  Elle est signée Jamel Ben Mahammed. D’après ce qu’il m’a confié, il s’est inspiré de la scène d’ouverture du roman.

Il souhaitait une ambiance sombre, en clair-obscur, oppressante comme celle du générique du film Seven. Il a utilisé un cadrage très serré pour rappeler les photographies médico-légales, tout en attirant l’attention sur l’étrange collier de la victime…

Votre vision du futur est-elle aussi sombre qu’on peut l’entrevoir parfois dans le livre ?

Je n’ai pas l’impression de traiter du futur dans ce roman. D’ailleurs, vous-même parliez des « pires heures de notre histoire ». Et au contraire, je trouve le bouquin plutôt optimiste. Non ?

Ce blog est fait de mots et de sons. Vous êtes également musicien de rock, la musique prend-elle une part dans votre processus d’écriture ?

J’ai besoin de silence pour écrire. Sans doute pour mieux entendre la musique de mon texte. Le rythme des phrases, la sonorité des mots, les ruptures… Tout cela contribue à créer une ambiance. C’est aussi un moyen à la fois subtil et efficace de « gérer » l’attention du lecteur. Mais difficile à manier.

Ça marche dans les deux sens, d’ailleurs : un solo de guitare peut raconter une histoire. Je vous invite à regarder la vidéo du Clone Blanc, de Darwin Errata pour voir comment le solo (à partir de 2:35) a inspiré les images.

Quelques mots sur vos goûts musicaux et votre parcours de musicien ?

SAMSUNG DIGITAL CAMERAJ’ai l’impression que ma chaîne hi-fi a marché à fond entre 1988 et 1994, avant de tomber en panne. À l’époque, j’écoutais en boucle Metallica, Megadeth, Satriani, Vai… et comme par hasard, c’est en 88 que j’ai commencé à jouer de la guitare.

La date la plus importante dans ma « carrière » de musicien est 2006, l’année de la formation du plus grand groupe de rock de tous les temps : Darwin Errata. Certes, on n’était pas très connu, certes, on ne joue plus ensemble depuis 2009, mais ça reste mes meilleurs souvenirs musicaux et amicaux.

Et pour terminer, je vous laisse choisir votre dessert préféré…

Une coupe cévenole ! (1 boule vanille + 1 boule châtaigne + crème de marrons + chantilly)

Avec ça, je prendrai un café, puis pas mal de citrate de bétaïne…

Merci pour le repas et la conversation !

* l’illustrateur qui a croqué Christophe Nicolas est Aalehx (http://www.aalehx.com/). Il est l’auteur de deux BD musicales aux Editions du Riez. ils travaillent ensemble sur un projet de BD.

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Catégories :Interviews littéraires

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12 réponses

  1. Monsieur a du goût 🙂 je parle de Metallica tu t’en doutes, je suis pas fan du pastis 😉

  2. Ben dis donc…il me fait de l’œil cet auteur… héhé!!!

  3. Comme Foumette, sauf que c’est juste l’histoire qui m’intéresse. M^me si après avoir lu celle-ci j’aimerai rencontrer son auteur pour en parler 😉
    Merci messieurs pour ce bel entretien !

  4. Bel entretien avec, non pas un vampire, mais au auteur ! J’avais déjà envie de noter le roman, là, je vais aller l’acheter, mais je me demande où je vais trouver du temps pour lire !! 😀

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