Interview littéraire 2015 – Dominique Maisons

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Dominique Maisons frappe fort avec son nouveau roman Le festin des fauves.

Outre qu’il est superbement écrit, il nous plonge bien profond dans ce milieu des gens de pouvoir qui ont perdu tout sens des réalités. Un thriller / polar / roman de société (appelez le comme vous voulez) admirable. Une réussite magnifique qui imposait une interview pour en savoir davantage sur l’homme et son roman.

Lien vers ma chronique du Festin des fauves

Dominique Maisons

Éditeur : La Martinière 

Sortie : 05 novembre 2015

Merci d’avoir accepté mon invitation à la discussion. Avant de commencer, qu’est-ce-que je te sers à boire en apéritif ?

Vous êtes fort urbain. Un verre de vin blanc, un Quincy raisonnablement frais, ce sera parfait.

Question rituelle pour démarrer mes entretiens, peux-tu te définir en trois mots, juste trois ?

En tant qu’auteur :

Manipulateur

Exigeant

Provocateur.

Quelques mots de présentation. Qui es-tu, Dominique Maisons ?

Un espoir du polar français selon mon éditrice, et j’adore être qualifié d’espoir. Quand on a passé la quarantaine, c’est rafraîchissant et c’est un petit plaisir que je ne veux pas me refuser !

Au-delà de cette punchline, je suis un auteur aux influences diverses et hétéroclites, curieux, passionné, investi…

Passons au plat. Si tu avais le choix, qu’aimerais-tu manger là, tout de suite, durant notre échange ?

Un tartare, je crois que ça ira bien avec mon roman, mais laissez-moi le préparer moi-même, je tiens à veiller en personne à l’équilibre délicat des ingrédients.

Qui est donc ce mystérieux Judex ?

Un personnage de roman feuilleton et de cinéma dont les aventures ont été publiées en 1917. Il s’inspirait beaucoup du comte de Monte-Cristo, avec beaucoup des attributs qui feront par la suite le succès des personnages de super-héros. Quelque part, c’est l’ancêtre de Batman, et je trouve injuste qu’il soit si peu connu aujourd’hui. Le film de Franju (1963) est assez amusant, je vous le conseille.

Dans mon roman, c’est un maître chanteur, manipulateur, anarchiste, trop bien informé. C’est une figure masquée de révolte, un cri, une déchirure du voile d’hypocrisie dans lequel baigne une bonne partie de notre société.

Ce roman nous plonge dans les pires excès d’une certaine partie de notre société. Pourquoi avoir voulu parler de ce sujet en particulier ?

Le-festin-des-fauves-Dominique-MaisonsL’injustice est génératrice de haine, de vengeances, d’intrigues fortes et poignantes. Le comportement de ces soi-disant élites, est répugnant et ne peut que révolter. Mon roman force un peu le trait, mais l’actualité nous révèle chaque jour que je ne suis, hélas, pas si loin du compte…

Maintenant, je tiens à préciser qu’on ne peut pas jeter l’opprobre sur tous en raison du comportement de quelques pommes pourries. Je ne cautionnerais pas personnellement le discours du Judex de mon roman, c’est son discours, pas le mien, et je pense sincèrement qu’un tel jusqu’au boutisme ne peut engendrer que plus de haine et de violence.

Le roman est très documenté en ce qui concerne les rouages de nos services de sécurité étatiques. Comment as-tu procédé pour récolter ces informations et les rendre aussi crédibles ?

La documentation c’est le nerf de la guerre, la politesse que l’on doit au lecteur et le vernis qui permet de les faire adhérer à l’histoire qu’on développe.

J’ai lu, beaucoup, des blogs, des mémoires de policiers, des articles de presse, des enquêtes… Il y a beaucoup de matière disponible si on cherche un peu, tout ceci n’est pas si secret.

Le thriller et le polar, outre le fait de divertir, peuvent-ils réellement dénoncer ?

Il faut rester humble. J’écris pour divertir, et si possible, en bonus, pour faire un peu réfléchir et découvrir quelques éléments culturels ou réels qui me tiennent à cœur.

Ils sont assez divers : le personnage de Judex, l’art moderne, les blancs et le retour aux vieilles méthodes d’espionnage dans le renseignement… Sur l’aspect moral de l’histoire, les personnages parlent, ont des points de vues divers, je fais confiance en l’intelligence du lecteur pour faire le tri et ne pas oublier qu’il ne s’agit que d’une fiction.

Ton écriture est minutieuse et particulièrement riche. Est-ce-que c’est aussi important que l’histoire à ton sens (même si ton intrigue est particulièrement développée) ?

Les deux me demandent autant de travail et m’apportent autant de satisfaction. La construction de l’intrigue et son écriture sont indissociables.

La littérature qui n’est que verbe et celle qui n’est que mécanique sont toutes deux déséquilibrées, à mon goût. J’aime faire évoluer mon écriture en fonction des histoires que je veux raconter, prendre la voix des personnages, faire parfois de belles phrases, mais pas trop, car ça ralentit le rythme.

Tout est question d’équilibre.

Tes influences semblent multiples, entre hommage aux films français du siècle dernier et inspirations très actuelles…

Oh oui, je suis une éponge. Quand je suis en phase d’écriture, tout me profite. Tout ce que je vois, lis, entend peut venir alimenter mon récit. Je ne pense qu’à mon roman, 24 h sur 24 et tout ce que je vis passe par ce filtre et peut se retrouver, une fois transformé, trituré, malaxé, dans un chapitre du bouquin.

Le moindre détail insignifiant du quotidien m’intéresse. Pour garder un peu de liberté, je ne lis plus de thriller quand j’écris, je craindrais de me laisser influencer, mais sauf cette précaution d’usage, tout le reste peut être recyclé…

Après, pour les grandes thématiques, elles sont définies au départ du livre car elles dépendent de l’histoire. Pour Le festin des fauves, j’ai été très sensible à tout ce qui pouvait avoir trait à la chair, la prédation, la domination, l’espionnage, les masques… et je suis allé chercher tout ce que ces thèmes m’évoquaient.

Est-ce-que tu en gardes sous le pied concernant ce que tu as proposé avec ce roman et concernant certains personnages (sans rien dévoiler) ?

Je n’ai rien prévu. J’ai entre temps commencé et presque terminé un autre thriller qui n’a rien à voir avec cette histoire (sauf quelques thématiques communes).

C’est néanmoins tout à fait envisageable, certains personnages n’ont pas tout dit, ne sont pas au bout de leurs trajectoires… Il reste des choses à dire…

Alors si je sens que le public le désire, je n’exclue rien.

Ce blog parle de littérature et de musique. La musique prend-elle un part dans ton processus créatif ?

Certaines scènes naissent très clairement avec une bande son, elles s’articulent autour et essayent d’en adopter le ton et le rythme. La plupart du temps, elles sont citées clairement dans le passage en question, des fois non ; j’essaye juste que ma scène et mon écriture ressemblent à un morceau.

C’est subtil et pas simple à expliquer, mais le prologue, par exemple, est vraiment bercé par une musique de Maurice Jarre « Le Bal des oiseaux », mes mots étaient rythmés par ce thème en écrivant.

Je suis content du résultat, mais c’est juste un ressort pour mon imagination, le lecteur ne le voit pas…

Et pour terminer, je t’invite à nous commander un dessert…

J’ai bien mérité un petit Saint Honoré, non ?

 

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Catégories :Interviews littéraires

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7 réponses

  1. C’est top comme toujours et ça donne encore plus envie de le lire 🙂

  2. Oups, me demandez pas pourquoi, mais je pensais que « Dominique » était une femme 😳

    Belle interview et je vais rester pour le Saint-Honoré que je vais honorer comme il se doit 😉

Rétroliens

  1. Le festin des fauves – Dominique Maisons | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  2. Livre : La chronique de Yvan Fauth - Où quand les auteurs français palpitent à l'unisson - Les déblogueurs

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