Sans pitié ni remords – Nicolas Lebel

chronique littéraire

Nicoal Lebel - Sans pitié ni remordsDécidément, Nicolas Lebel aime bien tisser ses intrigues autour d’une commémoration. Après le 1er novembre dans son précédent et bien nommé polar Le jour des morts, on retrouve ses protagonistes favoris quelques jours après, à l’avant-veille de célébrer le 11 novembre. Oui je sais, il y a plus gai…

L’art d’être premier

Et pourtant… Posons tout d’abord le contexte : ce troisième opus des aventures du capitaine Mehrlicht peut tout à fait se lire indépendamment des deux autres et l’auteur est un sacré phénomène. Deux vérités absolument indiscutables (et quand on porte le patronyme d’un fusil ayant servi durant les deux guerres, il ne faut pas s’étonner que l’on pétarade à coup de bons mots autour d’une commémoration de champs de bataille).

Posons les faits. Cette nouvelle intrigue est le cadre d’une ténébreuse histoire de pièces « d’art premier », disparues sans qu’on en ait rien à Branly (je parle du musée si cher à l’ex-président Chirac, dont le supérieur de Mehrlicht aime tant citer les « grandes » paroles. Mais je m’égare…).

La langue à toutes les sauces

Nicolas Lebel est un amoureux de la langue, un épicurien des belles phrases et des traits d’esprits, un hédoniste qui aime le bel ouvrage. Sa nouvelle histoire (si bien ouvragée) est un plaisir du cerveau, qui fait de l’effet autant sur les tripes que sur les muscles faciaux.

Ce roman est à l’image de son démarrage. Avec une scène d’enterrement qui arrive à nous faire balancer entre tristesse, émotion et franche rigolade, d’une phrase à l’autre. Il sait être sombre (très sombre même parfois) et franchement désopilant à d’autres instants.

C’est la parfaite dualité du style Lebel, qui sait jouer de ses mots pour faire jaillir l’émotion (négative ou jouissive), sans que jamais on ne sache trop à quoi s’attendre. Il s’amuse à nous proposer ses personnages excessifs et à écorner certains travers de notre société à coups de scènes mémorables (je ne suis pas certain de me remettre un jour des scènes dites « de la sonnerie du téléphone », tant je me suis bidonné).

Noir, c’est noir

Mais attention ! Quand Nico bêle le la, s’en est fini de rire. Le récit prend alors une tournure très noire, sans doute la plus violente qu’il nous ait proposée jusqu’ici. Il ne ménage rien ni personne dans cette ménagerie de forts en gueule.

Il aime jouer avec les stéréotypes pour nous confectionner des personnages inimitables, immédiatement identifiables, détestables ou chérissables. Il apporte la lumière à travers Capitaine « c’était mieux avant » Mehrlicht (même si on doute parfois qu’il soit plus vivant que mort, le bougre à tête de grenouille). Il accentue le côté obscur de son intrigue – passionnante plongée dans le monde de l’art – grâce à des personnages secondaires hauts en couleur, avec qui on se paye de belles tranches de lard.

Il nous fait profiter de son érudition sans jamais se la raconter (il faut dire qu’il est « TEL » dans ses autres vies – Traducteur, Enseignant et Linguiste). C’est Baudelaire qui sert, cette fois-ci, de faire-valoir à ce qui s’apparente à un vrai jeu de piste culturel et ludique à travers Paris.

Monsieur +

Malgré un très léger coup de mou juste après la moitié (juste pour pinailler un chouïa), l’auteur s’est vraiment transformé en Monsieur + dans ce troisième opus particulièrement fouillé. Plus noir, plus drôle et toujours intemporel, Nicolas Lebel est sans pitié pour nos nerfs et nos zygomatiques (et je suis certain qu’il n’en éprouve aucun remords). Nicolas, le bel et bien nommé, est indéniablement devenu un auteur à ne pas manquer dans le paysage du polar français.

PS : les lecteurs qui connaissent bien l’univers du polar francophone s’amuseront à rechercher les noms d’autres auteurs du noir derrière les dénominations des personnages ; exercice ludique supplémentaire proposé par ce roman et chouette cerise sur le gâteau.

Le livre en un deux mot : Monsieur +

Lien vers mon interview de Nicolas lebel au sujet de ce roman

Sortie : 26 août 2015

Éditeur : Marabout / Collection : Marabooks

Genre : Polar

Notes :

Profondeur : 8/10

Dimension de l’histoire : 7/10

Psychologie : 7/10

Qualité de l’écriture : 9/10

Émotions : 8/10

Note générale : 7,5/10

7.5

4° de couverture

9 novembre, cimetière du Montparnasse. Le capitaine Mehrlicht assiste, en compagnie de son équipe, aux obsèques de son meilleur ami, Jacques Morel. Quelques heures plus tard, il se retrouve dans le bureau d’un notaire qui lui remet, comme « héritage », une enveloppe contenant un diamant brut. Il s’agit de l’un des yeux d’une statue africaine, le Gardien des Esprits, dérobée dix ans auparavant lors du déménagement du Musée des arts africains et océaniens, que Jacques avait supervisé, et recherchée depuis par la « Police de l’Art ».

Merlicht prend un congé et son équipe se retrouve sous le commandement du capitaine Cuvier, un type imbuvable aux multiples casseroles, quand les inspecteurs Latour et Dossantos sont appelés sur la scène de l’apparent suicide d’un retraité. Quelques heures plus tard, ils assistent impuissants à la défenestration d’une femme qui, se sentant menacée, avait demandé la protection de la police. Les deux « suicidés » avaient un point commun : ils travaillaient ensemble au MAOO lors de son déménagement.

Ces événements marquent le début de 48 heures de folie qui vont entraîner Mehrlicht et son équipe dans une course contre la montre, sur la piste de meurtriers dont la cruauté et la détermination trouvent leur origine dans leur passé de légionnaires. Une enquête sous haute tension, dans laquelle débordent la fureur et les échos des conflits qui bouleversent le monde en ce début de XXIe siècle.

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Catégories :Littérature

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41 réponses

  1. j’ai hâte de l’avoir entre les mains.

  2. Bon finalement j’ai pas résisté au fait de lire ton avis.
    En plus je sais que tu ne stolies jamais l’histoire, alors…
    Marci pour cette fort sympatique chronique sire Yvan.
    Aussi plaisante que l’est la lecture de ce super polar 😉

  3. Il est décidément grand temps que je découvre cet auteur. Dis-moi, puisque tu as lu les trois volumes qui sont lisibles indépendamment : lequel te semble le meilleur pour commencer ?

  4. Bon Lebel est dans on programme de lecture 2015!!!!Il faut absolument que je le découvres cette année!!!!Tout le monde adore , et moi, je ne l’ai pas encore lu……:(
    J’adore ta chronique 😉

  5. « que l’on pétarade à coup de bons mots » et là, je suis PTDR mais le coup de grâce arrivera avec le « rien à Branly » et là, MSPD !! Tu deviens aussi cochon que moi, dis-donc (doudoudidonc).

    Pas encore eu le temps de lire les romans de ce monsieur très drôle et très joueur dans les salons littéraires ! 😀 mais je sens que ça va venir… oui, ça viens !! 😛

  6. Je le commence ce soir 🙂
    J’adore ce mec , j’adore ses bouquins, j’adore ta chronique 🙂

  7. La Yvan je suis totalement d accord avec toi un grand moment et un vrai plaisir de lecture… la g trouve que 2 auteurs pr le moment
    Biz

  8. Je l’ai!! ohhhh yeah!! Trop envie de me faire Lebeliser! J’adore trop ça!!!

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