Les infâmes – Jax Miller

chronique littéraire

Jax Miller - Les infâmesParfois, dans la flopée de romans noirs publiés, surgit une lumière. Une lumière noire qui fait ressortir en fluorescence l’âme même des personnages. Une lumière comme un réactif qui révèle les défauts du monde (et sa beauté cachée, parfois).

Elle a déjà tout compris

Jax Miller a tout compris, et ce dès son premier roman. Un roman âpre, violent, sombre. Une histoire touchante et émotionnellement chargée aussi. Réussir à passer ainsi au révélateur une partie de cette Amérique profonde à travers des personnages aussi outranciers, dès son premier écrit, est tout simplement époustouflant.

Les infâmes est un bouquin qui a vraiment tout pour lui. Une histoire prenante, des personnages forts, des sentiments exacerbés, de vrais rebondissements. Le tout mis en valeur par une écriture du genre à vous botter le train (et plutôt deux fois qu’une).

Cul-terreux (mais pas que)

Bienvenue dans la ceinture évangélique de l’Amérique, dont fait partie le Kentucky, au coté d’un certain nombre de cul-terreux. Un voyage qui s’apparente plus à une descente aux enfers qu’à une visite de Disneyland…

Alcooliques, dégénérés de la pire espèce, fanatiques religieux. Et Freedom Oliver, femme et ex-mère, ivrogne et suicidaire, depuis de longues années cachée grâce au programme de protection du FBI. Des ingrédients qui font tendre ce récit vers les extrêmes.

La première phrase du roman donne le ton :

« Je m’appelle Freedom Oliver et j’ai tué ma fille. C’est surréaliste, et je ne sais pas ce qui me fait le plus l’effet d’un rêve : sa mort ou son existence. Je suis coupable des deux ».

Excessive (et attachante)

Un début coup de poing. J’ai toujours aimé les roman dont les premiers mots donnaient le ton de la suite. C’est ici le cas, et le prolongement est à la hauteur de cette entame.

Car ce récit est loin de n’être qu’une peinture au vitriol d’une partie des États-Unis. L’intrigue est puissante, complexe, brutale et émouvante à la fois. Une immersion profonde au coté de ce personnage excessif qu’est Freedom Oliver, du genre qu’on n’oublie pas de sitôt. Une femme à la fois d’une force incroyable et pourtant particulièrement vulnérable. Profondément humaine surtout.

« La normalité et moi c’est comme la poudre et le feu. Deux choses qui ne devraient jamais se rencontrer ». Belle auto-définition de ce mémorable protagoniste d’une histoire tout aussi prégnante.

Noir enthousiasme

J’ose à peine utiliser le terme « d’enthousiasmant », tant le roman est noir, souvent. Mais clairement, des images, il m’en reste à la fin de cette lecture, indélébilement imprimées sur ma rétine mentale. Beaucoup de fortes images, preuves que le roman de Jax Miller sort clairement du lot.

Le livre en un deux mots : Lumière noire.

Lien vers mon interview de Jax Miller

Sortie : 02 septembre 2015

Éditeur : Ombres Noires

Genre : Roman noir

Notes :

Profondeur : 8/10

Dimension de l’histoire : 8/10

Psychologie : 9/10

Qualité de l’écriture : 8/10

Émotions : 9/10

Note générale : 8,5/10

8.5

4° de couverture

Freedom Oliver, alcoolique et suicidaire, a passé dix-huit ans à se cacher dans une petite ville de l’Oregon, sous protection du FBI. Hantée par son passé douloureux et la mort brutale de son mari, elle souffre d’avoir abandonné ses deux enfants pour échapper à la vengeance de son beau-frère.

En apprenant la disparition de sa fille Rebekah, élevée par un pasteur aux croyances radicales, elle part avec l’énergie du désespoir pour le Kentucky. Après tant d’années à se cacher, quitter l’anonymat c’est laisser à son bourreau l’occasion de la retrouver. Et de se venger.

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Catégories :Littérature

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38 réponses

  1. Alors celui là , je veux le lire absolument!!!!
    En plus avec ce que tu en dis, je suis d’autant plus convaincue!!!!!Je le VEUX!!!!;)

  2. Comme le dit si bien Stelphique…
    JE LE VEUUUUX !

  3. Du coup je l’ai acheté dans le premier magasin que j’ai trouvé! 🙂

  4. Perso, j’ai calé au bout d’une vingtaine de pages, j’ai trouvé le style parfois trop maniéré… Et malgré les bons conseils, je ne suis pas parvenu à trouver la motivation pour en reprendre la lecture. « À travers ma gueule de bois, j’étale ma nudité sur le lit défait.  » Quand je tombe là-dessus, je trouve ça carrément insupportable. Au niveau stylistique, ça mélange deux points de vue, celui du narrateur omniscient et celui du narrateur héros du livre. À croire que l’héroïne narratrice est en train de vivre une expérience de décorporation. Elle a la gueule de bois mais elle est capable d’avoir sur elle même un regard de romancier ampoulé. Une sorte de mise en abîme où la romancière dégaine un non sens littéraire. Elle confirme en une phrase son choix casse gueule d’écrire à la première personne. C’est évident que le problème ne se poserait pas si elle avait écrit : « À travers sa gueule de bois, elle étale sa nudité sur le lit défait. » C’est littéraire, c’est le narrateur omniscient qui parle, c’est naturel. C’est un détail mais c’est un élément qui nuit à mon immersion dans le livre.

    • très intéressant ton ressenti ! Déjà ça m’éclate sachant qu’on est d’accord à 95 % habituellement ;-). Rien que pour ça, c’est encore + intéressant. Je comprends oui ce que tu dis, ça ne m’a pas fait du tout cette impression. Faudrait que je le relise avec ta remarque à l’esprit 😉

  5. Une tres belle chronique et vu le sujet du livre ca ne m’étonne pas qu’il te plaise 🙂
    Je commence à te connaître ^^

  6. Et bien, lorsque tu m’avais parlé de ce livre, j’avais été étonnée de ne pas lire ta critique sur le roman mais là, je viens de comprendre ! mwarf !

    Bon, il est déjà sur ma tablette !! Prévu pour le mois américain, na ! 😛 Et je verrai si mon avis se rapproche du tien ou de celui de Fredo 😉

  7. Je le lorgnais avec hésitation… Le vil tentateur a encore frappé, la Visa a encore chauffé !
    Yapuka trouver un moment.

  8. Bon, tu comprendra que je n’ai point lu ta chronique de ce bouquin tout de suite, vu que j’étais en train d’écrire la mienne.
    Mais là, je suis super contente que nous ayant le même ressenti.
    Et oui, m’étonne pas que tu es été toi aussi touché par cette héroïne.
    Je viens de lire la remarque de Frédo, j’avoue que cette « décorporation » de l’auteur ne m »a pas gênée du tout. J’ai tout de suite adhéré au fait que l’auteur se soit totalement identifiée à son personnage, j’ai fait de même. Je suis entrée en empathie totale. J’ai vécu ce livre avec mes tripes, mon intellect n’a que peut fait le poids dans ce coups là.
    J’ai parfaitement visualisé les mots, les phrases, les situations et ça a été une lecture viscérale.

  9. Bon ben…une fois de plus..je craaaaque!!!!!

  10. Je viens de le finir… Lu d’une traite. Et j’avoue que j’ai vraiment apprécié le personnage de Freedom, même si les péripéties sont parfois un peu exagérées… On a un peu l’impression de lire un film !

  11. Même pas vue, elle. Moi je dis que les Quais du Polar, ça devrait durer 5 jours. 3, c’est trop peu !

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