Interview – 1 livre en 5 questions : Les assassins – R.J. Ellory

1 livre en 5 questions

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre. 5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

R.J. Ellory - Les assassins

R.J. Ellory

Titre : Les assassins

Sortie : 20 août 2015

Éditeur : Sonatine

Lien vers ma chronique du roman

Cette histoire de tueurs en série n’est pas comme les autres, mêlant à la fois fiction et réalité…

Je voulais écrire une sorte de roman ultime du tueur en série, je crois. J’ai créé un tueur qui reproduit certains des plus célèbres meurtres en série de l’histoire américaine, et les exécute à la date anniversaire de leur apparition. J’ai mis en scène plein de monde, d’Arthur Shawcross à John Wayne Gacy, du Sunset Slayers au tueur du Zodiac, jusqu’à l’horrible tueur d’Amityville.

L’histoire traite d’un survivant un peu autiste d’un tueur en série, un homme qui en sait plus sur les serial killers que la plupart des gens du FBI. Elle parle de son travail avec un détective de New York, de leurs efforts pour arriver à l’identification et à l’arrestation de cet « homme anniversaire » (titre original du roman).

L’histoire était géniale à écrire, car elle satisfaisait à la fois mon enthousiasme pour les recherches et mon amour pour la fiction.

Je tente de me renouveler à chaque roman. Je pense qu’il est important pour un auteur d’avoir de nombreuses couleurs sur sa palette. Cela semble prétentieux, mais vous savez ce que je veux dire, non ?

J’aime beaucoup ce livre. J’en suis vraiment satisfait. La terrible épreuve pour moi (ce qui je pense doit être le cas pour tous les livres de tous les auteurs), est de savoir si le public va effectivement trouver le livre intéressant.

Personnellement, je pense que je l’aimerais. Je continue d’essayer d’écrire le genre de livre que je voudrais lire, et je pense que j’aurais pris du plaisir à lire ce livre en tant que lecteur.

Ce phénomène des serial killers fait partie intégrante de l’Amérique, au même titre que les autres thématiques que tu as développées dans tes différents autres romans…

Oui absolument. Bien sûr, il y a eu des tueurs en série dans tous les pays du monde j’en suis certain, mais avec l’avènement de la radio et de la télévision, nous nous sommes trouvés exposés à ce genre de crimes comme étant un phénomène américain.

En regardant cela d’un point de vue psychologique, en parlant de tueurs en série, nous parlons de dynamique de situation. Ce sont les facteurs sociaux, familiaux, environnementaux, éducatifs, mentaux et émotionnels autour et à propos d’une personne qui le poussent à faire les choses qu’elle fait.

Je ne pense pas que les techniques mentales actuelles nous ont donné les clés pour comprendre pourquoi les gens peuvent être si totalement destructeurs, et elles ne nous ont certainement pas donné d’explication aboutissant à quoi que ce soit en ce qui concerne un recours ou un traitement, et donc nous sommes consternés et incertains sur le genre de personnes qui peuvent faire ces choses.

Je pense que les meurtres en série sont peut-être les plus incompréhensibles de tous les actes criminels. Ce n’est pas comme le vol. Vous pouvez comprendre pourquoi quelqu’un voudrait voler une banque, ou voler une voiture, ou kidnapper quelqu’un pour une rançon. Ils veulent quelque chose qu’ils n’ont pas.

Un tueur en série a un genre tout à fait différent d’identité. Et les tueurs en série ne sont pas comme les autres personnes qui tuent. Il ne s’agit pas de meurtres précipités par la rage, la jalousie, la passion, la haine, la vengeance ou quelque chose d’autre. Les tueurs en série tuent les gens parce que…

Eh bien, pourquoi ils tuent les gens ? Non pas un ou deux, mais trois ou douze ou cinquante personnes. Qu’est-ce qui motive ce besoin de destruction ? On dit qu’on ne peut pas rationaliser l’irrationnel, mais tout le monde se considère rationnel.

Quelle est la raison d’être de John Wayne Gacy ou du Zodiac ? Quel problème résolvent-ils ? Quelle réalité existe dans ce qui rend ce genre de comportement inévitable ?

Voilà ce qui me fascine, et je crois que c’est ce qui fascine beaucoup d’autres gens qui lisent au sujet des tueurs en série. Nous ne comprenons pas leur motivation, et personne ne semble avoir d’explication. Je pense que c’est une combinaison de nombreux facteurs, qui contribuent tous à ce que la personne soit mise à l’écart des caractéristiques standards du comportement humain.

Il y a même maintenant une école de pensée qui étudie un phénomène appelé “l’Expérience Humaine Exceptionnelle” – un événement unique qui provoque une réaction chez une personne qui la pousse à faire quelque chose qui défie toute description et explication.

Il existe de nombreuses théories, mais une théorie est seulement bonne si elle peut ouvrir la porte à une solution, et nous n’avons pas de solution en dehors de l’enfermement de ces gens. Logiquement, par conséquent, nous ne disposons pas de réponse.

Peut-être qu’il n’y a qu’un très petit pourcentage de la population qui est vraiment mauvais et vraiment destructeur, au moins dans leurs actions, sinon dans leurs cœurs. Je crois que ces personnes sont dissociées de la réalité que nous percevons tous, et ils doivent en quelque sorte résoudre un problème survenu il y a longtemps, mais qui – pour eux – est toujours un problème continu et actuel. Ils tuent des «ennemis», ils croient qu’ils sont sous la menace de leurs «ennemis». Une paranoïa intense peut-être.

Ils associent un type de personnalité avec une personnalité qui les menaçait eux-mêmes dans le passé, et maintenant ils sont juste en train de se battre pour préserver leur propre vie et leur bien-être. Mais, une fois encore, c’est une théorie, et nous avons déjà trop de théories et pas assez de réponses !

Peut-être, en résumé, qu’écrire à propos de ces choses est simplement un moyen d’essayer de les comprendre, ou du moins d’exorciser le sujet à partir de vos propres pensées.

On sent que ton travail de recherches sur le phénomène des serial killers américains a été immense. Ces recherches t’ont pris combien de temps ? Comment as-tu procédé ?

J’ai fait une quantité énorme de recherches. Il était très, très important pour moi de veiller à ce que tous les éléments mentionnés dans le livre soient authentiques aussi bien en ce qui concerne le moment que l’endroit. C’était un énorme travail. Mais j’ai trouvé ces recherches fascinantes.

J’adore lire. J’aime poser des questions et trouver tout ce que je peux sur quelqu’un ou quelque chose. C’est juste dans ma nature. John Lennon a dit qu’on doit trouver quelque chose à faire qu’on aime et qu’ensuite on ne travaille plus jamais un seul jour de sa vie.

J’adore faire cela, de telle sorte que je ne le ressens jamais comme un travail difficile. Je fais mes recherches en cours de route, en trouvant les choses que je dois savoir lorsque j’écris un livre. Souvent, je pourrais laisser des blancs dans le script pour les dates et les noms et ce genre de choses, pour ne pas interrompre le flux.

La recherche peut être addictive comme il y a tant de sujets différents, l’un d’entre eux peut devenir intéressant. Quant au temps, quand je travaille sur un livre, j’écris et je fais des recherches quotidiennement.

Ce livre était peut-être un peu plus difficile pour les recherches parce que les tueurs en série sont aussi des menteurs, et il y avait beaucoup de contradictions dans ce qu’il ont raconté. Dans une interview, ils disent une chose, dans une autre, ils se contredisent afin de confondre la police et les autorités.

Chaque fois que c’était possible, j’ai utilisé les sources les plus fiables, et j’ai croisé les dates, heures et lieux de mon mieux avec le matériel disponible. La première ébauche du livre a pris environ trois mois à écrire, ce qui est habituel pour moi.

En dehors de l’aspect réaliste du récit, tu as en parallèle fais beaucoup d’effort pour développer une intrigue complexe et addictive…

Mon agent m’a fait un jour une remarque extrêmement pertinente. Il m’a dit : “Transmettez votre connaissance de manière légère”, ce qui signifie que vous ne devriez jamais enterrer votre scénario de fiction sous une tonne de faits.

Vous n’écrivez pas un manuel, vous écrivez quelque chose qui a comme principaux objectifs le divertissement et l’évocation de l’engagement émotionnel.

Le principal sujet est le personnage. Voilà ce qui rend un livre fascinant pour moi. Ce n’est pas une question de “Je dois savoir ce qui se passe ensuite”. C’est une question de “Je dois savoir ce qui se passe à côté de…” et nous retrouvons ici le personnage, dont nous nous soucions le plus.

Je pense que ce qui détermine la différence entre un bon livre et un grand livre, c’est le sens de l’empathie et l’identification avec un personnage. Je veux créer des personnages dont les gens se soucient. Je veux qu’on termine la lecture d’un de mes livres en se sentant comme si on laissait derrière nous de vieux amis, même quand ces amis sont un peu fous !

Alors oui, les personnages et les relations entre ces personnages sont toujours une priorité dans mon esprit. Ces gens conduisent l’histoire, ils sont sur la scène, et les tueurs en série font partie du paysage et de la toile de fond.

En tant qu’écrivain, dans quel état sort-on d’un roman aussi sombre ?

Eh bien, j’ai fait certainement beaucoup plus de recherches factuelles sur les choses horribles que les êtres humains sont capables de se faire l’un à l’autre que pour tout autre livre que j’ai écrit, et c’était éducatif.

J’ai lu beaucoup de livres et beaucoup de comptes-rendus judiciaires concernant beaucoup de gens très, très perturbés et dangereux. Après quelques semaines, ma femme m’a demandé d’arrêter de les lire. Cela devenait un peu trop intense.

Un matériau immensément fascinant, sur une galerie des pires sortes d’êtres humains que vous pouvez imaginer. Je l’ai fait pour l’amour du livre, je voulais y mettre des personnages réels de tueurs en série, en dehors – bien sûr – du tueur du “Marteau de Dieu” lui-même.

En fait, je trouve que, pour chaque livre que j’écris, je suis très impliqué dans les gens, les lieux, la période de temps, l’histoire. Je vis tout cela très intensément. Je trouve cela fascinant, et d’une certaine manière cela affecte mon état d’esprit pendant le temps où je travaille sur le livre.

Quand vous faites quelque chose qui est subjectif, il est parfois difficile d’être objectif à nouveau. Il était impossible d’oublier que ce sont des personnes réelles, et que les victimes étaient des personnes réelles, et il n’a pas été facile de me dissocier de cette connaissance. L’équilibre devait être trouvé entre fiction et réalité dans un roman comme celui-ci.

Comme je l’ai dit plus tôt, la non-fiction est avant tout une manière de donner des informations au lecteur. La fiction est avant tout une manière d’évoquer une réaction émotionnelle. J’en suis sorti après quelques semaines de travail avec une vue très biaisée des gens. Si vous voulez, je portais leurs ombres.

Mais pour écrire avec authenticité, crédibilité, pour ne pas soumettre votre lecteur à trop de scepticisme, vous devez plonger à l’intérieur de ces sujets et essayer de leur donner un sens.

Je pense que l’écriture du livre était alors comme un exorcisme. Je pense que nous avons à faire face au mal. Un pourcentage important de la vie peut sembler être destructeur et terrifiant, et si nous ne réalisons pas que le mal est là et que nous devons y faire face, alors nous pouvons être plus facilement touchés par lui.

Ce sont les choses dont vous n’avez pas l’habitude qui vous heurtent le plus. Dès le moment où vous regardez quelque chose en face, il devient moins capable de vous nuire. Plus vous comprendrez sur la vie, sur les gens, sur ce qu’ils sont capables de faire, plus vous réaliserez que ceux qui sont vraiment dangereux ne constituent qu’un très, très petit pourcentage de la population. C’est important de le réaliser.

Plus vous en savez, plus vous êtes dans le contrôle de votre propre vie et de votre environnement. Donc, les recherches, si absorbantes soient-elles, parfois inquiétantes, peuvent aussi être une éducation en soi, et j’ai un esprit intensément curieux.

Cependant, une fois que l’essentiel de la recherche a été faite, il peut effectivement être très thérapeutique et cathartique de tout écrire pour le sortir de votre organisme.

Je ne traîne pas sur tout cela une fois que le livre est écrit. Quand le livre est fini, j’essaye de tout laisser derrière. Donc, en substance, le résultat m’a apporté la certitude que les gens vraiment dangereux sont très rares, et que la grande majorité des gens sont bons et corrects et gentils. Je pense que, finalement, le livre a servi à réhabiliter ma foi dans la nature humaine.

R.J. Ellory

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Catégories :Interviews littéraires

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27 réponses

  1. Des questions précises pour des réponses bien complètes et passionnantes ! Superbe interview ! Le bonheur…merci !

  2. Passionnante interview avec beaucoup de questions intéressantes posées et de nombreux sujets de réflexions sur la condition humaine. C’est top !

  3. Punaise, la vache !! ça c’est de l’interview ! chaque réponse est un roman à elle seule !! j’aodre et je veux toujours le roman !!!! Merci Yvan et merci à l’auteur, il m’enchante depuis quelques temps… ❤

  4. Quel régal cette interview!!!Ce livre est d’une grande richesse, et quand on entend parler l’homme, on comprend que tous ses livres soient aussi bons!!!!Merci pour ce partage!!!!

  5. C’est encore une fois une super interview 😀 !!!!

  6. quelle interview passionnante!! il va vraiment falloir que je me plonge sur ces romans(pas taper hein!) à commencer par celui-ci

  7. Punaise j’en bave d’impatience !!

  8. Très belle entretient, fort intéressant et qui on dit long sur l’auteur.
    Merci M’sieur

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