Interview – 1 livre en 5 questions : L’innocence des bourreaux – Barbara Abel

1 livre en 5 questions

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre. 5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Barbara Abel L'innocence des bourreaux

Barbara Abel

Titre : L’innocence des bourreaux

Sortie : 15 mai 2015

Éditeur : Belfond

Ma chronique de L’innocence des bourreaux

Une fois de plus, les personnages de ce roman sont des héros ordinaires avec lesquels on entre en forte empathie. Ils pourraient être nos voisins (ou nous-même)…

Ils sont nos voisins, nos amis, nos collègues. Ils sont nous. Des gens ordinaires à qui il arrive un truc extra – ordinaire. Quand le quotidien bascule dans l’horreur.

C’est en effet mon terrain de jeu, mes thèmes de prédilection, raconter la vie des gens, ceux que l’on croise dans la rue, et cette vie dérape soudain sans que l’on puisse rien faire pour rattraper le coup. Et, évidemment, je pousse le bouchon le plus loin possible, sinon ce ne serait pas drôle !

On est tous un peu fascinés par le malheur des autres, avec cette curiosité malsaine de frôler l’abîme dans lequel on pourrait, nous aussi, tomber. Mais de loin, n’est-ce pas, bien à l’abri de notre petite vie douillette, moi la première. Je pense que c’est une des raisons pour laquelle mes romans plaisent : en suivant les péripéties dramatiques que vivent ces personnages qui nous ressemblent, nos soucis deviennent du coup plus légers, moins pénibles. Avoir des problèmes de facture, c’est tout de même moins grave qu’être pris en otage dans une supérette..

Dans ton nouveau roman, la frontière entre le bien et le mal est poreuse…

Tout comme dans la vie. Nous sommes tour à tour les héros et les anti-héros du quotidien. Qui peut se targuer d’être irréprochable et toujours droit dans ses bottes ?

Je pense que mes personnages touchent le lecteur parce qu’ils sont profondément humains, au sens large du terme. Ils ont des qualités et des défauts, comme chacun d’entre nous. A partir de là, la catharsis ne peut que fonctionner, avec cette question qui s’imprime en filigrane au fil de la lecture : qu’aurais-je fait à la place de ce personnage ?

Cette question, je me la pose moi-même tout au long de la rédaction du roman, en y ajoutant bien sûr le côté romanesque nécessaire à ce genre qu’est le thriller (je ne fais pas du roman social). J’essaie de ne pas tomber dans le manichéisme et de toujours rester logique par rapport à la personnalité et au tempérament du personnage.

C’est ce qui m’intéresse dans ce type de récit, puisque la tension que je mets en scène n’est basée pratiquement que sur les relations que les personnages entretiennent les uns avec les autres. Dès lors, plus une personnalité est complexe, plus elle est riche et me permet des retournements de situation et autre coups de théâtre. A condition d’être, quoi qu’il arrive, d’une honnêteté irréprochable dans la narration.

Avais-tu en tête le déroulement détaillé de l’intrigue ou t’es-tu laissée porter par l’histoire et ses personnages au fil de l’écriture ?

Pour le coup, je me suis vraiment laissée porter par l’histoire. Quand j’ai commencé à écrire, j’avais l’idée de départ, une certaine structure narrative et quelques profils de personnages. C’est tout.

Au fil de l’écriture, quelques-uns de ces personnages ont pris de l’ampleur et une place dans le roman qui n’était pas du tout prévue au début. Et puis les événements se sont succédés, les relations entre les différentes individualités se sont tissées, me permettant d’avancer dans la narration. Même les coups de théâtre qui jalonnent le roman – et il y en a quelques-uns – n’étaient pas du tout anticipés.

Je crois d’ailleurs que c’est pour cela que je me suis particulièrement amusée durant la rédaction de ce roman. A chaque fin de chapitre, je me posais une seule question : qu’est-ce qui pourrait survenir qui laisse le lecteur pantois ? Le truc auquel personne ne s’attend, la révélation ou la péripétie qui fera que le lecteur sera forcé de tourner la page ou de lire le chapitre suivant. C’était jouissif !

Car du coup, je me surprenais moi-même. Il faut bien entendu coller au plus près d’une possible réalité, il est primordial que tout cela reste crédible, c’est très important pour que ce genre d’histoire fonctionne. Au vu des premiers retours de lecture que je reçois, il semble que ce soit le cas et j’en suis ravie.

On y retrouve une fois de plus une thématique qui t’est chère (même si elle est loin d’être la seule) : la maternité…

Je m’en rends bien compte, mais je vous promets que c’est presque inconscient, en tout cas dans les intentions premières qui m’ont poussée à écrire cette histoire.

Après, quand j’ai relu l’ensemble du roman et que j’ai pris un peu de recul par rapport aux personnages, force m’a été de constater que cette thématique était, une fois de plus, terriblement présente. Je dois avoir quelque chose à régler de ce côté-là, en tant que fille et/ou en tant que mère…

Pourtant, j’entretiens de très bonnes relations avec ma maman (qui commence sérieusement à se poser des questions, la pauvre :-D) et je pense être une mère pas trop casse-pieds avec mes enfants, même s’ils prétendent le contraire.

Pour moi, ce livre prouve de manière magistrale qu’il n’est pas utile de créer des histoires extravagantes pour créer une tension palpable. Est-il plus compliqué d’instaurer une telle tension avec des personnages et des situations « ordinaires » ?

Pas pour moi, forcément, puisque c’est le genre d’histoires que j’affectionne. Je serai bien incapable d’écrire une enquête policière ou une histoire de sérial killer.

Après, je pense que c’est aussi la façon de les mettre en scène qui emporte ou non le lecteur dans cet univers. Je prends autant de soin à construire mes personnages ou créer des situations intéressantes qu’à soigner la narration proprement dite.

Une bonne idée mal racontée perd de son sel, et elle aura beau être d’une grande originalité, elle passera peut-être complètement inaperçue. En mettant en scène des personnages ordinaires, je provoque l’empathie du lecteur qui s’identifiera plus facilement au personnage, donc personnellement je trouve cela beaucoup plus aisé de créer la tension à partir de ce genre d’histoire.

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Catégories :Interviews littéraires

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21 réponses

  1. j’aime beaucoup les auteurs qui écrivent leurs romans en se laissant porter par leurs personnages, et non avec un plan conçu dans les moindre détails. C’est là qu’on voit le vrai talent d’un écrivain, sa capacité à travailler la matière de ses protagonistes, de son histoire. Encore un excellent Abel si j’ai bien compris !

    • oui il y a deux « écoles ». pour ce genre d’histoire, c’est effectivement bien plus intéressant de se laisser surprendre par ses propres personnages. Pour moi c’est le meilleur Abel que j’ai lu (je ne les ai pas tous lus)

  2. Très intéressante, cette interview de Barbara. Et comme il est bien vrai que des gens apparemment très ordinaires peuvent cacher des histoires hors du commun. Il suffit parfois de gratter un peu la surface. A lire prochainement… 🙂

  3. Une fois de plus Barbara arrive à nous surprendre avec une facilité déconcertante. On se demande comment une si jolie dame peut imaginer des situations aussi tordues . Du grand grand Abel que nous aurons plaisir à défendre en librairie, c’est certain.

  4. Bon je me le note alors! J’adore ce style, des gens ordinaires en faire un moment passionnant! 😉

  5. Waouhhh j’avais déjà foooooooooort envie mais là, j’ai foooooort foooooort envie!! 🙂

  6. Une très très grande auteure et pas seulement par la taille , la gentillesse et la disponibilité! Un talent fou pour faire « monter la sauce » ! La reine du crescendo! Déjà conquis avant meme d’avoir lu!

  7. Merck pour cette interview qui me permet de mieux connaitre Barbara Abel que je n’ai encore jamais lu.
    Hors celui-ci lequel conseillerais tu ?

  8. Bon ok, y a plus qu’à attendre la chronique 🙂

  9. Je vais attendre de voir Barbara à Saint Maur pour lui prendre.
    Je sens que je vais encore me régaler.
    Du coup je remets à un peu plus tard la lecture de ton billet…

Rétroliens

  1. L’innocence des bourreaux – Barbara Abel | EmOtionS – Blog littéraire et musical

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