Interview – 1 livre en 5 questions : Grossir le ciel – Franck Bouysse

1 livre en 5 questions

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre. 5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Franck Bouysse

Titre du roman : Grossir le ciel

Sortie : 09 octobre 2014

Éditeur : La manufacture de livres

Genre : Roman noir

Ma chronique du roman

Tu as énormément porté attention à l’ambiance générale de ton roman

Dans un roman, tout est question d’ambiance, à mon avis. Les personnages s’y inscrivent d’eux-mêmes, ils n’ont pas le choix. Il faut que l’émotion surgisse à un moment, qu’elle agrippe le lecteur quand il s’y attend le moins, et pour ça, il faut poser une ambiance fidèle à ses intentions de départ.

Là, il s’agit d’emblée d’un roman noir, alors il fallait que le lecteur se sente happé par cet hiver cévenol, le contraste évident entre la noirceur du récit et la blancheur de la neige omniprésente. Et aussi, en filigrane, la fin d’un monde plus que d’une époque.

Tes personnages sonnent juste, tu sembles t’être inspiré de ce que tu as pu rencontrer à titre personnel…

grossir-le-ciel Franck BouysseJ’aime bien le mot « Personnages », pour moi, ce sont vraiment des personnages ; et oui, je les connais depuis toujours, ces paysans-là. Je les accompagne et ils m’accompagnent, et parfois nous nous retrouvons. Des gens capables de dire une chose et d’en penser une autre, juste pour pousser l’autre dans ses retranchements, voir de quoi il est capable, avec tout ce que ça comporte de mauvaise foi, de sous-entendus et d’intelligence.

J’ai travaillé avec eux depuis que je suis gamin, je les ai observé, écouté, je n’ai rien inventé, ça fait partie de moi, ce sont mes racines. Chaque geste dont je parle, on me l’a appris ; chaque expression, je l’ai entendu. C’est comme un lexique personnel dans lequel je pioche, souvent inconsciemment, surpris de la facilité avec laquelle les souvenirs reviennent.

Les paysages ruraux des Cévennes sont partie prenante de cette histoire…

La nature cévenole est le support parfait pour ce genre de récit, les émotions affleurent en contrepoint de la rudesse et de l’âpreté du milieu. Mais je reste persuadé que cette histoire pourrait se dérouler n’importe où, dans les Vosges, en Ardèche, ou même dans le Montana.

Bien-sûr je me suis imprégné de cette magnifique région, mais pour que ça marche, il faut que le lieu s’incarne, transcende les personnages. L’important, c’est de raconter ce qu’on ressent en tant qu’écrivain, ce qu’on voit au travers du filtre de sa propre sensibilité, c’est ce qu’il faut donner à voir et pas la réalité telle qu’elle apparaît à chacun.

J’ai l’impression d’enfoncer une porte ouverte en disant ça, mais je ne vois pas de meilleure image pour exprimer cette surexposition singulière, mes contours intimes. Là où naît l’émotion.

Comment as-tu travaillé ton écriture, entre narration d’une belle poésie noire et dialogues bruts ?

Ça doit venir de ma sensibilité et de mes lectures, je suppose. Les américains jouent beaucoup avec ce procédé, ceux que j’aime en tout cas, l’alternance entre le hiératique et le parlé brut raboté de vernis social, et au final, pas dénué d’une certaine forme de poésie.

Il faut lire Faulkner pour en être convaincu, et aussi Cormac Mc Carthy, Ron Rash pour ne citer qu’eux. Un genre de relief émotionnel. C’est ce qui m’intéresse avant tout en littérature, les reliefs. Cueillir le lecteur sur les sommets et dans les vallées.

Ce récit rencontre énormément d’avis positifs, qu’est ce qui fait qu’il parle tant aux lecteurs, à ton avis ?

L’émotion qui en ressort, j’imagine. Si le lecteur reçoit ne serait-ce qu’un dixième de ce que je ressentais en écrivant ce livre, alors, je peux comprendre qu’il parle à autant de gens de toutes origines, citadines, ou rurales. N’oublions pas, qu’il n’y a pas si longtemps nous étions un peuple de paysans, il y a donc forcément des connections dans chaque famille.

J’entends dire en dédicace : « je connais ces gens… », « j’ai pleuré à ce moment-là… », bref, ce sont des émotions, et c’est ce qui importe, bien au-delà de l’histoire et des surprises de rigueur qu’on trouve dans un bon polar. Lorsque le lecteur peut s’identifier à tel ou tel personnage, sentir le froid, voir la neige s’accumuler sur un toit… alors, c’est gagné, on n’a plus qu’à se retirer sur la pointe des pieds.

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Catégories :Interviews littéraires

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17 réponses

  1. Je me le renote!!!!J’adore les livres plein d’émotions!!!!;)
    Merci pour cette jolie interview.

  2. Mon gros coup de coeur 2014 ! une vraie pépite que ce livre ! un vrai roman noir comme on aimerait en lire plus souvent ! je t’avoue que je m’impatiente de lire son prochain !! Quant à l’éditeur, il est à suivre lui aussi car c’est un vrai dénicheur de talent ! 😉 Amitiés

  3. C’est marrant, en lisant ton magnifique interview, j’entends l’auteur me dire ces mots.
    J’ai eu la chance d’échanger avec Franck Bouysse , il y quelques semaines au dernier salon du livre de Paris. Et oui, c’est ça son livre. Une nature rude qui engendre des caractère non moins rude et la beauté des mots de l’auteur.
    Merci à vous 2 de me faire revivre ce moment intense . 🙂

  4. Un vrai coup de ❤ ce roman !! Quelle émotion, putain !

  5. ça fait un moment que je louche sur celui là!

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