Interview littéraire 2015 – Valérie Caffier, présidente Prix Libr’ à Nous

interview libraire

En matière de prix littéraires, Libr’ à nous est un nouveau venu. Ce n’est pas n’importe lequel pour autant, car il émane de libraires. Oui des libraires, vous savez : ceux qui sont là pour nous faire aimer les livres et pas seulement pour nous les vendre.

Une excellente raison de donner la parole à Valérie Caffier, une des instigatrices de cette très belle initiative.

Libr' à vous

En tant que présidente, je te laisse présenter ce prix littéraire et le pourquoi de votre démarche…

Le Prix Libr’à Nous est un Prix d’envie et de passion. Notre motivation est de mettre en lumière des livres et de les défendre au-delà des librairies où nous travaillons.

C’est aussi de rassembler les libraires, quel que soit le point de vente où ils travaillent, tous les libraires pouvaient donc participer, quel que soit le lieu où ils travaillent : maison de la presse, librairie de gare, librairie de centre-ville, de banlieue ou de campagne, indépendante ou non, une grande enseigne, partout en France et cette année en Suisse et en Belgique.

Ce point est très important pour nous, un libraire n’est pas meilleur parce qu’il travaille dans un endroit particulier. Il a cette envie de transmission ou il ne l’a pas. Le lieu n’est qu’une affaire de circonstances de la vie.

Nous avons décerné sept prix dans les catégories suivantes à des livres publiés en 2014 :

  • Bande dessinée adulte

  • Album illustré jeunesse : pour enfant de 5 à 12 ans

  • Roman jeunesse : de 10 à 14 ans

  • Polar (thriller, roman noir ….)

  • Imaginaire (SF, fantasy, fantastique….)

  • Roman français

  • Roman étranger

Là aussi, c’est une volonté d’inclure tous les libraires, quels que soient leur spécialité ou leur(s) genre(s) de prédilection.

Dans cet ordre d’idée, nous réfléchissons en ce moment à l’entrée des sciences humaines à la version 2016.

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Pas si facile de fédérer autant de monde autour d’un tel projet, non ? Comment as-tu organisé une telle affaire ?

Nous avons commencé par en parler à nos amis libraires puis nous avons élargi le cercle, à des groupes de libraires, aux amis d’amis et cela a fait boule de neige. Pour cela, Facebook est un formidable outil de communication. Nous avons créé un groupe – secret bien sûr pour pouvoir y débattre librement – où nous avons expliqué notre démarche et les différentes étapes et où nous avons proposé les livres et voté.

Ce n’est pas facile, mais la motivation tient lieu de carburant et il ne faut jamais perdre son objectif de vue.

Comment s’est fait le choix des titres amenés à concourir ?

Aucune présélection au départ, ce point est capital : Au premier tour, tous les libraires participant au Prix pouvaient proposer autant de titres qu’ils le souhaitaient dans une ou plusieurs catégories.

Lors du second tour, nous avons gardé les 10 titres ayant retenu le plus de suffrages et enfin le troisième tour a vu émerger trois finalistes.

Peux-tu nous présenter le palmarès qui vient d’être rendu public ?

Avec joie !

Le Prix du roman français a été décerné à Jean-Marie Blas de Roblès pour son roman L’Île du Point Némo, édité chez Zulma : c’est un merveilleux roman d’aventures, à la fois classique et contemporain, qui nous a ravis par son brio, son humour et son imagination.

Le Prix du roman étranger a été décerné à David Peace pour son roman Rouge ou mort, édité chez Rivages et formidablement traduit par Jean-Paul Gratias : c’est un livre qui grandit son lecteur et qui au-delà du sujet, le football, rend hommage à un homme de conviction et d’humanité.

Le Prix du polar a été décerné à François Médéline pour son roman Les Rêves de guerre, édité à La Manufacture de Livres : immense livre qui à travers une enquête policière, sonde les profondeurs de la nature humaine.

Le Prix de l’imaginaire a été attribué à Jo Walton pour son roman Morwena, traduit par Luc Carissimo et édité chez Denoël. Je ne suis pas sûre qu’il soit utile de t’en faire l’éloge 😉 tu as dit tout le bien que tu en pensais. C’est un roman qui rend hommage au Fantastique à travers un univers de douceur et de féérie.

Le Prix de la bande dessinée a été attribué à Wilfrid Lupano et Paul Cauuet pour le second volume des Vieux Fourneaux, édité chez Dargaud : Un pur moment de bonheur, de fraîcheur, d’humour et un regard différent sur le troisième âge.

Le Prix de l’album jeunesse a été décerné à Fanny Ducassé pour son album Louve, édité chez Thierry Magnier, qu’elle a écrit et illustré : un superbe album tout en poésie, en pudeur et en délicatesse.

Le Prix du roman jeunesse a été attribué à Marine Carteron pour Les Autodafeurs, publié par les éditions du Rouergue. Un roman aux aventures trépidantes qui rend un bel hommage aux livres et à leurs richesses.

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Vous avez vraiment souhaité faire apparaître tous les genres de romans dans votre palmarès, on est loin de la logique des grands prix « officiels »…

Nous ne voulions pas nous limiter à choisir, comme le font les prix « officiels » un roman français et un roman étranger : il n’y a pas de genre littéraire ni de livre plus noble.

Cependant, notre démarche n’est pas « contre » ces Prix, qui ont aussi leur utilité auprès du public et mettent eux aussi en lumière des livres, c’est simplement une volonté de faire entendre nos voix et la diversité de nos choix.

En période de crise, est-ce une autre manière de défendre la littérature et surtout le conseil que peut apporter un vrai libraire ?

Nous devons rendre nos librairies indispensables à nos clients, sinon la vente en ligne aura raison de nous. Choisir d’acheter son livre dans un point de vente physique est un engagement pour l’avenir, que prennent encore de nombreux lecteurs.

Bien sûr, cela n’est pas un dû et nous devons être inventifs et créer toutes les occasions de mises en lumière, d’échanges et de rencontres.

Pour cela, nous devons être découvreurs de talents, et tout en vendant ce qui fait plaisir aux gens, nous avons fait le choix de les conseiller, de leur faire découvrir d’autres livres, de leur parler et de leur donner à eux aussi l’envie de pousser la porte d’une librairie pour rencontrer des gens qui leur communiquent cette passion, car nos clients aiment les livres, je le sais, ils me le disent et tu me le prouves toi aussi à chacun de tes coups de cœur et tu n’es pas le seul.

Vous communiquez sur ce prix à travers les réseaux sociaux et certains médias internet. Arrivez-vous facilement à vous faire entendre ?

Nous sommes très heureux de l’écho qu’a eu le Prix Libr’ à Nous cette année, c’est au-delà de nos espérances.

Cet écho a été amplifié par deux médias principalement.

D’une part via le site culturel Addict-Culture qui est un formidable site, que je recommande à tous, auquel collaborent près de 50 personnes et qui parle de livres, mais aussi de musique, de cinéma et de séries, d’événements culturels.

Et d’autre part via le site web du journal professionnel du monde du livre, Livres Hebdo.

Nous avons bénéficié dans les deux cas d’une écoute très positive et d’un enthousiasme à nous aider, qui nous a portés et nous a fait très plaisir. Je ne les remercierai jamais assez pour cela.

Pour répondre à ta question, facilement n’est pas le terme que j’emploierais car cela demande du travail et du temps, comme tout ce que l’on entreprend, et ce Prix nous l’avons organisé et mené à son terme le soir, après notre travail.

Et l’avenir ?

L’avenir se prépare déjà.

Nous avons ouvert les inscriptions pour la session 2016.

Nous souhaitons davantage de libraires suisses et belges et nous prospectons pour élargir la zone géographique au monde entier, à travers les libraires québécois – les premiers contacts sont très encourageants- et les librairies françaises dans le monde.

Et comme je te le disais plus haut, nous allons accueillir les sciences humaines dans le Prix.

Nous sommes motivés et gonflés à bloc par le succès qu’a rencontré cette première édition.

Merci à toi Yvan de t’en faire l’écho.

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La remise des prix : en bas Joanie Soulié des Editions Denoël. De G à D : Sebastien Wespiser, François Médéline, Jeanne Guyot (Editions Rivages et Payot), Jean-Paul Gratias (traducteur de David Peace), Jean-Marie Blas de Roblès, Christina Lopes Pascal, Valérie Caffier et Audrey Andriot. Au troisième rang, de G à D : Fanny Ducassé et ses éditrices (Thierry Magnier), Pierre Fourniaud (La Manufacture de Livres) et Philippe Ostermann (Editions Dargaud)

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De gauche à droite : Samuel Pouvereau, dessinateur des visuels (logo et tableau des lauréats), Christina Lopes Pascal, Valérie Caffier, Audrey Andriot et Sébastien Wespiser

Merci aux photographes de criconstance : Eric Baudet, Catherine Rambaud et Audrey Andriot

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Catégories :Interviews littéraires

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12 réponses

  1. Bravo Yvan! Et merci de mettre en lumière l’initiative de notre Valou, elle d’habitude si discrète, et de ses collègues libraires. Félicitations pour la première édition de ce prix « Libr’ à Nous », et pour votre engagement permanent pour la cause du livre…
    Encore des tentations en perspective! 😉

  2. Une super interview !!!!Très intéressant! Je ne connaissais pas du tout, donc merci de le relayer ici!
    Je vais donc passer voir toutes les bonnes adresses et m’intéresser de plus près a ces prix!!!;)

  3. très intéressante interview pour une initiative de prix qui mérite bien qu’on en parle plus . 😉

  4. Bravo ! Belle initiative, beau boulot et félicitations aux organisateurs et aux grands gagnants. J’aime bien des trucs comme ça.

    Et ça me fait penser que je possède quelques livres primés et qui pourront entrer dans le challenge de mon amie Asphodèle !! 😀 Bon, yapuka…

  5. Hou Hou, bel effort collectif, c’est toujours gratifiant de participer à un tel projet ! Longue vie à Libr’ à nous.. . Merci, pour moi c’est une découverte, je ne lâche plus l’affaire, promis. @bientôt, Grybouille.

  6. Mais je la connais cette petite dame. .. 🙂
    Super projet , bravo Valou 🙂
    Et aux autres organisateurs aussi of course

  7. Comme toujours une interview complète et très intéressante 🙂 Merci !

  8. Quelle magnifique initiative!! Bravo à ma Valouchérie et aux autres!!! Elle cause bien ma Valou hein!!!! 🙂

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