Interview – 1 livre en 5 questions : Sens interdit(s) de Jacques Saussey

1 livre en 5 questions

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre. 5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Jacques Saussey

L’excellent auteur de thriller Jacques Saussey se glisse dans la peau de L’embaumeur, personnage récurrent qui voit ses aventures contées par un nouvel écrivain à chaque roman. 

La neuvième aventure vient donc de sortir, une belle occasion d’en parler avec l’auteur, tant celui-ci est réussi (le bouquin, pas l’auteur, quoi que si, enfin je me comprends…). Et qu’importe si vous n’avez pas lu les autres récits, il se lit tout à fait indépendamment..

Ma chronique de Sens interdit(s)

Comment fait-on pour se glisser dans l’habit d’un personnage existant ?

Au départ, c’était un challenge personnel. Allais-je être capable de donner vie à ce roman alors que Luc existait déjà sous d’autres plumes qui l’avaient très bien mis en scène auparavant ?

Précédemment, j’ai créé mon univers polar avec mes propres personnages. Je les connais bien, maintenant. Ils font partie de moi, ce qui me permet d’anticiper au maximum les réactions qu’ils vont avoir face à telle ou telle situation. Avec l’Embaumeur, il fallait tout reprendre à ro, sortir de la grille habituelle de mes flics et des criminels qu’ils doivent empêcher de nuire. Luc Mandoline est un personnage qui m’a tout de suite attiré. Mélange d’homme d’action et d’hypersensible, il est à la frontière entre deux mondes a priori antinomiques. Ancien légionnaire roué au combat, thanatopracteur accompli dont l’éthique majeure est de redonner est un peu de dignité aux morts, quels qu’ils soient, il a ce côté fascinant des hommes de l’ombre. Mandoline avait déjà vécu d’autres aventures avant que je ne m’occupe de lui. Alors, le passage obligé avant de me lancer dans mon histoire, c’était de commencer par lire les autres opus de la collection disponibles à cette époque.

C’est ensuite que l’idée du roman s’est cristallisée autour de lui, d’Élisa, de Sully, et ma belle ville de Sens.

Tu sembles t’être vraiment beaucoup amusé à écrire cette histoire et t’être vraiment lâché…

Jacques Saussey - Sens interdit(s)Eh oui. Une belle et franche rigolade — malgré le sujet sombre du roman que jespère avoir réussi à transmettre à ceux qui ont lu « Sens Interdits ». Je ne m’attendais pas au ton égrillard qu’a tout de suite pris ce livre, dès le premier chapitre, avec la scène du coitus interruptus sur le cercueil. Ce n’est pas ma spécialité, mais j’ai senti que cette couleur d’écriture s’imposait d’elle-même dans ce roman.

Je pense avoir été influencé par les tomes précédents, car la collection est axée sur trois thèmes principaux : action, fesse et humour. Je n’avais encore jamais pratiqué l’écriture avec cette ambiance graveleuse sous-jacente ou carrément explicite (dans les répliques de Sully, par exemple). Fan inconditionnel du grand Frédéric Dard, je me suis toujours tenu à l’écart du style d’écriture qui a fait sa célébrité avec le personnage de San Antonio. C’était pour moi un domaine inaccessible, qui lui appartient encore en propre.

Et puis Luc Mandoline s’est ouvert à moi. C’est venu dans les tout premiers paragraphes du roman, lors de l’autopsie dans la cabane de chasse. C’est un peu comme s’il s’était tourné vers moi, à ce moment-là, le scalpel à la main, et qu’il m’avait invité à rester près de lui jusqu’à la fin de cette aventure. C’est aussi lui qui m’a soufflé de raconter cette histoire à la première personne, pour effacer le narrateur derrière lui. Pour que je ne fasse plus qu’un avec l’Embaumeur. Et là, j’ai vraiment pris mon pied, comme quand on est gosse et qu’on enfile la panoplie de dArtagnan un matin de Noël au pied du sapin.

Vu le sujet particulièrement sordide, était-ce compliqué de trouver le juste équilibre entre le côté sombre et l’humour ?

Non, c’est vraiment venu tout seul. Un livre basé sur le simple sujet criminel de ce roman aurait été particulièrement raide et aride. Les violences commises sur des enfants sont un sujet très grave, peut-être même l’un des plus graves de tous. Je ne me sentais pas d’écrire une histoire qui allait plomber le lecteur jusqu’au malaise. Le goût amer du crime est là, bien sûr, mais l’humour en filigrane permet de sortir le nez de la vase de temps en temps et de respirer autre chose que l’odeur de la mort. Le personnage de Winnie l’Ourson m’a beaucoup fait rire, aussi, ainsi que le côté obsédé sexuel de Sullivan et la relation ambigüe entre Luc et Élisa. C’est sur ces leviers que j’ai appuyé quand je sentais que le noir envahissait tout. Et là, oui, je me suis vraiment lâché…

Le texte est sensiblement plus court que ce que tu as l’habitude de proposer. Est-ce que ça a rendu l’écriture de cette intrigue plus complexe à mener ?

J’ai effectivement l’habitude des romans plus longs. Entre 500 000 et 750 000, signes, pour la plupart. Ce ne sont pas à proprement parler des pavés, mais je n’ai pas d’autres limites que celle que l’histoire me murmure à l’oreille. Pour « Sens Interdit[S] », c’était tout le contraire. 250 000 signes maximum, charte de l’éditeur oblige. Il a fallu que je me recentre sur l’action, que je quitte ce confort d’écriture dans lequel je me sens bien. Le plus difficile, ça a été de rester dans les clous au niveau de la taille du roman, pas de l’histoire en elle-même.

Il aurait pu y avoir une enquête plus longue, des fausses pistes qui se seraient croisées, des suspects à glisser dans les points d’interrogation des lecteurs. Mais je n’en avais pas la place. L’intrigue est donc volontairement simple, sans fioritures particulières. La seule chose qui m’a vraiment importé, c’est le ton du livre. Et je voulais qu’on sente que je me suis éclaté à l’écrire.

Qu’as-tu voulu proposer de Jacques Saussey à cet univers déjà existant ?

Chaque auteur apporte sa propre voix à la collection, c’est même l’une des causes principales de son intérêt, comme l’est Le Poulpe à son échelle. Ce roman m’a permis d’explorer des sentiers que je n’aurais peut-être pas découverts sans lui. Et d’ores et déjà, je peux te dire que le suivant, prévu pour 2016, a été fortement influencé par ce choix d’écriture. J’y ai retrouvé avec délice le côté humoristique qui m’a séduit avec Mandoline. Sauf que cette fois, ce sera sans l’Embaumeur. Une nouvelle équipe de flics bien différents de Magne et Lisa, des bras cassés hautement improbables avec lesquels j’ai bien rigolé aussi. Et ça, c’est un truc que le travail sur cet opus de l’Embaumeur m’a offert sur un plateau après coup, c’est certain.

J’aime tester de nouvelles pistes, chercher des axes différents pour travailler mes romans. C’est avec « Principes Mortels » que jai initialisé la narration à la première personne dans un récit long, même si je l’avais déjà expérimenté auparavant dans mes nouvelles (Anicroches). « Sens Interdit[S] » m’a permis de bousculer ce que j’en avais acquis pour le tordre encore un peu plus avec deux personnages en « Je ». Ici, le fait de me glisser dans la peau même de Luc m’a donné la possibilité de jouer sur deux tableaux que je ne détaillerai pas au risque de déflorer le bouquin, mais cette maniabilité du « je » y a été une bénédiction.

Je n’aimerais pas écrire deux livres qui se ressemblent. Ça n’aurait aucun intérêt, ni pour moi, ni pour les lecteurs. Et fort heureusement, il reste des tas de trucs à expérimenter, j’ai le choix! Le temps, l’espace, les sentimentstout est disponible, partout, prêt à être fondu dans le creuset dramatique d’un nouveau polar. J’aime jouer avec le temps, faire glisser une période sur une autre, éloignée ou non, amenant ainsi une histoire dans une dimension que la linéarité temporelle ne permettrait pas d’exister. C’est notamment le cas dans « La Pieuvre », où tout est en bascule en permanence entre deux périodes séparées seulement d’une quinzaine de jours. Je n’ai pas utilisé cette technique dans « Sens Interdit[S] », car la taille limitée du roman ne me le permettait pas. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu y avancer au pas de charge, avec un rythme qui laisse moins le temps de souffler entre les scènes. Je me suis retrouvé à mi-chemin entre la nouvelle et le roman, en quelque sorte. Cela a été pour moi une occasion de me pousser dans les cordes, d’aller chercher la baston avec l’espace réduit, quelque chose que je ne connaissais pas.

Alors, pourquoi pas un autre Embaumeur à la clé dans quelques années ? La collection le permet, il faut juste laisser la place aux copains qui ont envie de jouer un petit air de Mandoline, eux aussi. Alors je vais prendre le temps d’y réfléchir.

Et aux auteurs qui ne l’ont pas encore essayé, je ne peux que leur conseiller de s’y atteler pour tenter le coup. L’expérience en vaut vraiment la peine

Le livre peut être commandé directement sur le site de l’éditeur :

Atelier Mosésu

Allez voir l’interview de Luc Mandoline himself, personnage de ce roman ;-). C’est sur le blog Au pouvoir des mots

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Catégories :Interviews littéraires

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8 réponses

  1. Ben zut j’ai jamais rien lu de cet auteur. ..encore une lacune. ..à combler!

  2. Joli clin d’œil sur « l’embaumeur » sous la plume du grand Jacques Saussey, mis en lumière grâce à toi mon cher Yvan 🙂 Merci pour eux 😉

  3. en plus d’avoir rencontré l’auteur (fort sympathique il faut bien le dire ) j’ai 2 livres de lui dont cet embaumeur là ! ( Oh joie , j’avais déjà bien envie de le lire mai là , ça urge ! 🙂 ) t’es trop fort Yvan , merci et merci à Jacques pour avoir si bien parlé de ce Luc Mandoline ,embaumeur que je ne connais encore point 😉

  4. Ca y est…j’ai envie!!!

  5. Je ne connais pas encore l’Embaumeur… Tout ce que nous dévoile Jacques ne peut que me conforter dans l’idée de lire ce roman, et de découvrir une autre facette du talent de M. Saussey.

  6. Cet interview embaume l’envie ! 😉

  7. J’ai quelques uns des embaumeurs chez moi, j’en ai lu aussi quelques autres. Il ne sont pas tous de la m^me qualité. Certains sont vraiment très bon et celui-ci en fait parti.
    Jacques Saussey qui s’attaque à Luc Mandoline, cela ne pouvait-être qu’intéressant 🙂
    Merci une nouvelle fois pour cette exercice que , comme tu le sais déjà, j’apprécie particulièrement 😉

Rétroliens

  1. coup de projecteur sur Jacques Saussey – les cibles d'une lectrice "à visée"

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