Interview littéraire 2015 – Sophie Loubière

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Sophie Loubière

Le nouveau roman de Sophie Loubière, A la mesure de nos silences, est un magnifique et touchant roman, plein de sensibilité. J’ai souhaité en savoir davantage sur cette histoire entre passé et présent, dont les valeurs résonnent d’autant plus aujourd’hui.

Merci beaucoup à l’auteure pour ses belles réponses, qui sont à l’image de son roman.

Ma chronique de A la mesure de nos silences

Question rituelle pour démarrer mes interviews, pouvez-vous vous définir en trois mots, juste trois ? 

Tiens-toi droite.

L’histoire de « A la mesure de nos silences » est à la fois personnelle et universelle. Comment vous est venue l’idée de ce roman ?

Mon mari, passionné d’Histoire, m’avait parlé d’un événement, singulier et tragique, méconnu de la seconde guerre mondiale. J’ai tout de suite perçu le potentiel romanesque et dramatique de ce récit. Mais Il m’a fallu quelques années pour accepter l’idée que je pouvais en faire un roman.

N’étant pas historienne, ayant à cœur de respecter la vérité, cela représentait pour moi un défi. Il y a des livres que l’on ne peut écrire sans d’abord faire ses preuves. Ils sont comme des portes que l’on ne peut ouvrir si on ne possède pas la clé.

Sans trop en dévoiler, ce récit se déroule entre passé et présent, en partie durant une période sombre de notre histoire.

Sophie Loublière - A la mesure de nos silencesDe très jeunes Soldats SS se sont mutinés contre leurs officiers refusant de combattre pour une cause qui n’est pas la leur. Rien n’est plus grand, plus déchirant qu’une action désespérée.

C’est un sujet magnifique pour un romancier, encore faut-il trouver le juste point de vue. Mon choix s’est porté sur la population qui a assistée, impuissante, à la mutinerie et à sa fin désastreuse. Cet évènement est survenu dans une petite ville de l’Aveyron jusqu’alors préservée des violences de la guerre. En quelques heures, le destin de ces gens a basculé. Ce drame a marqué à jamais leur mémoire.

De cet événement, qu’est-ce qu’en ont retenu les générations suivantes ? La parole a-t-elle était dite ou retenue, par culpabilité, par pudeur ? Il est évident qu’ici, la transmission est au cœur du questionnement. Revenir sur les lieux même de la révolte, entre les murs scarifiés d’impactes de balles de cette ville aujourd’hui apaisée, et mettre un vieil homme et son petit-fils main dans la main pour en raconter l’histoire m’est apparu comme la seule façon de rendre hommage à tous ceux qui ont été acteurs ou spectateurs de ce drame, sans basculer dans le pathos ni me figer dans la posture de l’historienne.

C’est également l’histoire de deux générations qui peinent à se comprendre…

Mais qui sont faites du même bois. Les ados accros aux jeux vidéo comme le personnage d’Antoine, un peu largués, en froid avec leurs parents, ne sont guère différents des jeunes des années 40 qu’incarne François, le grand-père d’Antoine.

Ils aspirent aux mêmes désirs, ont cette même soif de liberté, ce besoin de se distinguer des autres et de croire à un destin unique, de chercher à s’épanouir ailleurs que dans le cercle familial, de nouer des amitiés fortes. Ils sont aussi soumis aux mêmes tentations, celles des excès, des passions qui poussent parfois à mal agir, et à la sublimation de soi au travers d’une croyance religieuse ou d’une cause.

Pour ces jeunes soldats SS voués à une triste fin, c’est par conviction religieuse et pour défendre leur pays qu’ils rejoignent les forces du troisième Reich. Rien n’a changé. D’autres jeunes, aujourd’hui, partent faire le Jihad en Syrie. Cette même jeunesse s’investit dans une cause sans réaliser qu’elle peut être manipulée, instrumentalisée, et son destin, déjà, scellé.

Pas facile de faire communiquer deux personnages plutôt taiseux, non ?

Mon père était un homme avec lequel parler des choses intimes et personnelles relevait du défi. Nous pouvions évoquer beaucoup de sujets, de théâtre, de roman, de cinéma, de politique. Mais dès qu’il s’agissait de parler de notre rapport l’un à l’autre, de nos vies, je me heurtais à un mur.

Quel soulagement lorsqu’une fissure se creusait et que des mots s’échappaient enfin de ses lèvres pour éclairer un chemin de pensée différent du mien. Cela ne survenait qu’au bénéfice d’une cohabitation forcée, tel un voyage en voiture. Ou bien, plus tard, avec la maladie, celle qui affaiblie les défenses du corps et tomber les barrières de l’âme.

Aussi, je me retrouve parfaitement dans Antoine, et je devine mon père chez François, cet homme monolithique qui cache en lui autant de contradictions que de savoir et de sagesse.

Vous avez adapté votre (belle) écriture à chaque personnage. Était-ce un exercice compliqué à réaliser ?

Ce qui est compliqué, c’est de trouver un équilibre entre les différentes narrations. Me glisser tour à tour dans la peau d’Antoine, de François jeune et de François grand-père a été une expérience magnifique et émouvante à vivre.

Ce roman est sans doute le plus personnel de tous car en chacun de ces personnages, je me retrouve, à un moment passé, présent ou futur de ma vie.

Vous vous éloignez du polar avec « A la mesure de nos silences », est-ce une volonté ou juste les circonstances qui l’ont voulu ?

C’est le sujet qui l’exige. Quand on a la chance de traiter d’un propos universel comme la transmission et l’initiation, on ne brouille pas les pistes, on n’écrit pas un thriller.

Cela ne s’oppose pas, en revanche, à user de certaines figures de style et d’une construction propre au roman noir qui est de mon point de vue ce qui donne force et émotion au récit.

Quelques mots sur une éventuelle suite du roman « Black coffee » ?

Black coffee - Sophie loubièreWhite coffee se déroulera sur deux continents, en plein hiver : Desmond G. Blur s’est retiré dans un village très privé dans l’Etat de New York. Surplombant Chautauqua Lake, un vieil hôtel hanté recèle un secret qui pourrait expliquer quelques événement étranges et morts suspectes survenues dans le village.

En France, une tempête se prépare ; Lola doit faire face au retour inattendu de quelqu’un qui n’a pas fini de déchirer sa famille. J’espère avoir terminé à temps l’écriture pour une parution début 2016.

Ce blog est fait de sons et de mots. La musique est bien présente dans ce roman. Quelle part prend-elle dans votre processus créatif ? 

Une part essentielle. Pas de roman sans musique. Les partitions de film sont un matériau sonore formidable. De véritables moteurs à émotion. Je prépare ma palette sonore un peu comme un peintre, je classe les musiques par couleur, texture, intensité.

Pour A la mesure de nos silences, les partitions de Jérôme Lemonnier ont donné cette tonalité troublante aux récits présents et passés, entre l’aube et le crépuscule.

Vous avez le choix entre nous donner le mot de la fin ou votre dessert préféré… 

Ce sera un lien pour aller écouter la musique dont je viens de vous parler :

http://www.amazon.fr/gp/recsradio/radio/B00DZS9Z3C/ref=pd_krex_dp_001_008?ie=UTF8&disc=1&track=8

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Catégories :Interviews littéraires

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13 réponses

  1. Merci pour cette interview de qualité avec cette auteure (je féminise le mot ;D) géniale 🙂

  2. Intéressante interview que tu nous livres là. Étant d’un département voisin de l’Aveyron, je n’ai jamais entendu parler des faits servant de trame au bouquin. Une raison supplémentaire pour le faire figurer dans ma liste… 🙂

  3. Bon c’est dit il me faut le lire ce roman!!!!;) encore une belle interview!!!!!;)

  4. Très belle interview remplie d’émotions!!!

  5. Je sais pas pourquoi, j’apprécie les livre de Sophie Loubière mais j’ai énormément de mal en face à face avec cet auteur. je crois qu’elle m’impressionne 😉
    Alors merci pour cette entrevue. Là je peux l’approcher sans crainte 🙂

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