Interview littéraire 2014 – Josh Malerman

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Josh MalermanJosh Malerman est l’auteur d’un premier roman qui a marqué les esprits en cette fin d’année 2014 : Bird Box.

Un roman qui arrive à instiller ce sentiment de peur viscéral que l’on peut ressentir dans le noir. Un récit fantastique où tout repose sur la suggestion.

Une magnifique réussite qui nous a donné envie d’en savoir davantage sur l’auteur. Je dis nous, puisque Julie, mon indispensable traductrice, a également participé à l’élaboration des questions, cette fois-ci.

Vous pouvez la retrouver sur son blog Evasions Julivresque (où figure également cette interview et également une belle chronique sur ce livre)

Ma chronique du roman

Ressentez-vous ce besoin d’écrire depuis longtemps ?

Je me souviens de mon premier essai d’écriture, un roman en classe de CM2. Quelque chose au sujet d’un chien ambassadeur de la Terre dans l’Espace.

Ensuite, il y a eu des bandes dessinées… une série de poèmes terribles, sombres… des histoires courtes et bizarres… et puis des romans. J’ai « échoué » en écrivant mes cinq premiers livres. « Échouer » signifie : je ne les ai pas terminés.

Et puis ? Une percée ! À 29 ans. Enfin je suis arrivé à en terminer un. Et depuis lors, j’ai écrit quelque chose comme 20 romans en dix ans.

C’est un vrai roman sur la peur et la manière dont nous y faisons face…

Bird Box est un peu comme le nec plus ultra du roman sur le thème du monstre « inconnu ». Les personnages font face à l’Infini, et comme les gens disent que vous devenez fous si vous vous confrontez à l’infini… Ou commence le temps, l’espace se termine. Parce que les personnages ne peuvent pas regarder « ça », ils doivent avoir les yeux bandés pendant la majeure partie de l’histoire.

Alors, oui, il y a certainement quelque chose à propos de « Vaincre la peur” dans ce roman, mais presque dans un sens excessif, puisque les personnages ne sont pas du tout autorisés à faire face à « ça ».

Le roman joue énormément sur la suggestion et vous faites beaucoup appel à l’imagination du lecteur. Pas facile de faire ressentir des sentiments forts sans jamais clairement décrire le danger, non ?

Bird Box - MalermanÀ un certain point de l’écriture, j’ai réalisé que je devais me décider à montrer les créatures ou non. C’étaient les deux options. J’ai jonglé pendant un moment, et après je me suis senti comme si je lisais l’histoire déjà écrite.

Est-ce que l’auteur montrera ces créatures? Je ne le savais pas non plus ! Mais je pense que ça a bien fonctionné comme ça. Pour cette histoire-là. Peut-être que pour la prochaine, la méthode sera différente. J’en suis sûr, d’ailleurs.

Les oiseaux prennent une place importante et symbolique dans l’histoire, dans le titre et sur la couverture. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Eh bien, j’aime quand les titres des chansons et des livres peuvent éclairer l’histoire même mieux que certains chapitres ne le peuvent. Ou proposer un éclairage différent, de toute façon.

Les mots « cage aux oiseaux » sonnaient juste pour moi parce qu’ils décrivent non seulement le système d’alarme que Tom emploie, mais aussi les personnages et la maison dans son ensemble. Les colocataires sont dans leur grande cage à oiseaux, et une fois que je l’ai intitulé ainsi… une lumière brumeuse s’est posée au-dessus d’eux.

Malorie a une relation très particulière avec ses enfants, qui subissent un conditionnement depuis la naissance. Etait-ce intentionnel que les enfants soient si jeunes et malgré tout tellement raisonnables quand ils commencent leur voyage ?

Je pense que Malorie attendait juste qu’ils soient assez vieux pour partir sur la rivière avec elle. Et au moment où ils ont atteint cet âge… (à cette seconde précise !)… elle a dit : d’accord, allons-y. Comme si elle était impatiente, et je l’aurais été aussi. Qui ne le serait pas ?

Alors, elle les a formés, leur a enseigné ce qu’il fallait, et puis ils se sont plus ou moins jetés à l’eau.

C’est quoi la peur de votre vie ?

Manquer d’enthousiasme. Voilà ma plus grande horreur absolue.

Votre roman a été très rapidement traduit en français. Vous attendiez vous à toucher de nouveaux lecteurs aussi rapidement ?

Je pourrais dire que non, que je ne pensais pas à ça, mais ce n’est pas vrai. J’ai toujours écrit aveuglément en me disant que ça allait fonctionner, que ça allait marcher.

Donc, une partie de moi se disait, bien sûr, pourquoi pas la France ? Le Brésil ? L’Italie ? La Suède ? Mais, quand c’est arrivé, j’ai été stupéfait et je le suis encore un peu. Je ne suis pas convaincu d’avoir déjà digéré tout cela !

La fin du roman laisse une large place possible à une suite. Avez-vous prévu de vous y lancer ou avez-vous d’autres projets ?

J’ai trop d’autres idées en ce moment. Trop d’autres livres. Je me sentirais presque honteux de passer encore quelques centaines de pages à l’intérieur de cette histoire parce qu’il y a tellement d’autres histoires à raconter. Mais un jour ? Oui, pourquoi pas.

On parle d’une adaptation au cinéma pour Bird Box. Pouvez-vous nous en dire davantage ? Ça va être compliqué d’imposer des images au spectateur alors que tout est suggéré dans le roman, non ?

Ouais. Je pense que oui ! J’aimerais que l’écran devienne noir pour certaines parties, le cinéma dans l’obscurité totale.

Avec les systèmes sonores qu’ils ont aujourd’hui ? Ce serait incroyable de s’asseoir dans l’obscurité et d’écouter les scènes se dérouler. Parce que vous savez que vous seriez paniqué par tout ce qui pourrait apparaître à nouveau à l’écran.

Universal Studios a acheté les droits du film. Je les ai rencontrés et c’était merveilleux. Je pense que l’histoire est entre de bonnes mains. De grands esprits. Et je serai en première ligne pour le voir quand il sortira. Flippant, sans aucun doute.

Quelles sont vos influences (qu’elles soient littéraires, musicales ou cinématographiques) ?

J’aime toutes les influences. J’écris en écoutant des bandes-son originales de films d’horreur. Je regarde toutes sortes de films (des histoires de fantômes où l’angoisse monte crescendo, aux films gore où on est immédiatement dans l’action).

Et je lis constamment. Je suis capable de me plonger pleinement dans une histoire d’horreur et d’y nager jusqu’à ce qu’elle se termine. Il est difficile de dire si ceci ou cela m’influence, parce que je les aime vraiment toutes.

Vous êtes également le chanteur et le guitariste du groupe de rock The High Strung. Ça tombe bien, ce blog parle de littérature ET de rock. Vous pouvez nous faire un petit historique du groupe et un description de votre musique ?

Les membres de The High Strung sont mes meilleurs amis depuis que nous sommes enfants. Nous avons déménagé à New York City (de Détroit) quand nous avions environ 23 ans. Puis, à 27 ans, nous avons repris la route et une tournée en Amérique et au Canada pendant six ou sept ans. C’était exceptionnel. Incroyable.

J’ai écrit un certain nombre de livres entre les villes, sur le siège du passager. Nous avons fait six albums… six albums studio… et, je l’espère, notre prochain double album sera un voyage de science-fiction.

Un de vos morceaux a été retenu pour accompagner le générique de la série TV Shameless. Cela vous as t-il permis de toucher un autre public ?

Vous savez, je pensais que cela aurait plus d’impact que ça ! La chanson du thème était très bonne pour nous, mais je ne suis pas convaincu que cela nous a apporté plus de « fans ».

Et c’est très bien comme ça ! Comme je l’ai dit, nous faisons un nouvel album, nous nous aimons les uns les autres, nous allons continuer !

Peut-on faire un lien entre l’écriture d’un roman et la composition musicale ? Peut-on parler de musicalité des mots ?

Je transforme probablement en chansons ce qui pourrait être de courtes histoires et en romans les plus longues. Mais dernièrement, je me suis demandé si je ne devais pas faire l’inverse, juste pour voir ce qui se passerait.

Vous avez le choix entre nous donner le mot de la fin ou votre dessert préféré… 

Un dernier mot : je m’astreins à un régime strict du genre Horreur depuis longtemps. Au début, je pensais que ce genre était limité, qu’il suffisait de lire juste tel gars ou telle fille et que vous auriez une vision sur le tout.

Mais, heureusement, un livre m’a conduit à un autre, puis un autre, et aux gens que j’ai rencontrés sur le chemin… Le genre Horreur est vaste, c’est un cosmos entier, et si j’étais vous, je m’achèterais un petit vaisseau spatial pour nous rejoindre, parce que je n’ai jamais vu une telle imagination, une telle passion, que dans le Cosmos de l’Horreur.

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Catégories :Interviews littéraires

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22 réponses

  1. 20 romans en 10 ans, des tournées avec son groupe. .. Ce mec ne s’arrête donc jamais ?
    J’admire ces personnalités hors du commun qui vivent pour leurs passions.
    Un condensé d’énergie cette interview. Bravo à vous deux 🙂

  2. Pour écrire avec une telle frénésie, il n’en manque visiblement pas d’enthousiasme et c’est tant mieux !

  3. Bon et bien moi je veux bien le prendre ce petit vaisseau, la destination me plait bien!!!;)
    En tout cas , je suivrai cet auteur de près maintenant, surtout qu’il a l’air d’avoir milles et une idées je file découvrir sa musique que je ne connaissais pas….
    Et merci encore pour cette super interview!!!!!;) Toujours aussi passionnantes!!!!C’est un régal, lecture et musique c’est mon petit plaisir du matin ce blog!!!!;)

  4. WAouhhhh….superbe interview!!! Tu aurais juste pu lui demander si il était célibataire non?? hihihihi

  5. Quel interview et quel clip ! Je suis PTDR pour le clip, émerveillée par l’interview. Bravo ! J’aime l’idée d’un ciné plongé dans le noir, mais à la télé, ce sera pas le même 😛

  6. Merci Yvan, j’ai juste plus la haine contre mes petits camarades du Collectif SFFF qui se sont appropriés ce titre. Rhaaaaaaa, il faut que j’attente pour le lire.

  7. Ah la la! je veux trop lire ce livre! x)

  8. Moi, j’avais écouté le clip en lisant, sans le regarder ! Vraiment ça aurait été dommage… 🙂

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  1. Récapitulatif des interviews 2014 | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  2. Regards croisés sur mon Top 30 des romans lus en 2014 – De la 30ème à la 26ème place | EmOtionS – Blog littéraire et musical

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