Interview – 1 livre en 5 questions : Les neuf cercles de R.J. Ellory

1 livre en 5 questions

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre. 5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

RJ-Ellory-Image

Les neuf cercles

Sortie : 02 octobre 2014

Éditeur : Sonatine

Traduction : Fabrice Pointeau

Ma chronique du roman

Roger, c’est un étonnant mélange de genres que tu nous proposes là…

Eh bien, oui. Un vrai mélange de genres. Je voulais faire quelque chose de différent à nouveau.

Je suis toujours motivé par essayer une nouvelle approche, un nouvel angle. Je cherche toujours des façons d’explorer la condition humaine, la façon dont nous pensons, comment nous menons nos vies, comment nous surmontons les difficultés et les obstacles.

Ici, nous avons un personnage (John Gaines) qui semble être à la recherche de fantômes, et en même temps il est hanté par ses propres fantômes. Le monde extérieur dans lequel il vit reflète son propre monde intérieur, et il a peur des deux.

Comment vit-il cela ? Comment peut-il surmonter les choses dont il a peur pour trouver la vérité ? C’est ce qui est intéressant pour moi dans cette histoire.

Ce livre est une exploration de thèmes à propos desquels je n’avais pas encore écrit, et pourtant ce sont des thèmes pour lesquels j’ai un grand intérêt.

Pourquoi avoir choisi cette période de l’histoire américaine et cette région du sud des États-Unis ?

R.J. Ellory - Les neuf cerclesTout au long de mes romans, j’ai écrit sur de nombreux sujets et périodes emblématiques : la peine de mort, la mafia, la CIA, le FBI, les tueurs en série, le Ku Klux Klan, Nixon, le Watergate, le Nicaragua, la grande dépression, la prohibition, etc.

Je voulais – depuis longtemps – aborder la guerre du Vietnam, mais je sentais que je ne pourrais pas écrire un roman honnête sur la participation à cette guerre. Je n’ai jamais servi dans l’armée, et je n’ai aucune expérience personnelle pour écrire un tel roman.

Cependant, je sentais que je pouvais peut-être traiter le sujet du point de vue de quelqu’un qui y a survécu et qui regarde en arrière.

Je suis également très intéressé par le surnaturel, par les capacités de l’esprit humain, par la constitution même de l’homme et sa nature spirituelle, et je sentais que je pouvais peut-être rassembler ces deux sujets.

Quand j’ai eu cette idée, j’ai dit à mon éditeur que je voulais écrire un livre qui était quelque part entre Apocalypse Now et Angel Heart, et c’est ce que j’ai essayé de faire.

Et je voulais aussi à nouveau faire face à l’atmosphère qu’on ne peut trouver que dans une petite ville américaine. Je voulais traiter des questions raciales, de l’éthique et de la sensibilité qui est unique au Sud. C’est une atmosphère spécifique et particulière, et c’est quelque chose que j’ai beaucoup aimé créer.

L’un des sujets du livre est donc la guerre et surtout ce que l’on ne nommait pas encore à l’époque « syndrome de stress post-traumatique ». As-tu fais beaucoup de recherches à ce sujet ?

Eh bien, je n’ai pas vraiment recherché à parler du SSPT en tant que tel. Le SSPT est juste une étiquette pour ce que l’on appelle le traumatisme. C’est juste un nouveau nom pour un symptome très ancien.

Comme pour tous les sujets, j’ai simplement essayé de me placer dans l’esprit d’un tel personnage. John Gaines me semblait être une véritable personne. Je pouvais voir les choses de son point de vue. J’ai regardé les situations auxquelles il faisait face et je me demandais comment il allait les appréhender.

J’ai essayé de mon mieux d’imaginer ce que ça fait de participer à une guerre, puis de rentrer à la maison dans un environnement où personne ne pourrait même juste commencer à comprendre vos expériences ou l’effet qu’elles ont eues sur vous. C’est ce que j’ai essayé de faire avec Gaines, et c’est ce que j’essaie de faire avec tous mes personnages.

Qui sont ces personnes ? Comment pensent-elles ? Quel est leur point de vue sur la vie ? Comment peuvent-elles faire face à cette situation ? Bien sûr, il ya toujours quelque chose de moi dans chaque personnage, parce que vous ne pouvez pas échapper à votre propre point de vue et votre philosophie, mais j’essaie toujours de les rendre aussi réels que possible.

Je veux que les gens s’identifient, comprennent, sympathisent avec ces personnages, et quand ils ont fini le livre, je veux que les lecteurs se sentent comme s’ils quittaient de vieux amis.

J’étais à un salon du livre à New York il y a quelques années, et une femme est venue me voir. Elle n’avait pas de livre à me faire signer, et je lui ai demandé comment je pouvais l’aider. Elle a dit qu’elle voulait juste savoir si Frank Parrish (le héros dans Les Anges de New York) était OK maintenant, si sa vie était sur la bonne voie, si tout allait bien pour lui. C’est, pour moi, probablement le meilleur compliment qu’un auteur pourra jamais obtenir.

La mort est présente partout dans ce roman, rodant sur chacune de ses pages…

Oui, en effet ! Il s’agit d’un livre sur des gens qui essaient de comprendre ce que la mort est vraiment … si c’est la fin de tout, ou tout simplement le début de quelque chose d’autre.

John Gaines est un homme qui est revenu d’une guerre où la mort est partout, où la mort est simplement acceptée, où c’est la routine. Il revient dans une ville où la mort est une étrangère, et où tout le monde veut croire que quelqu’un qui est mort est en fait encore en vie.

Il se demande lui-même si la mort est la fin de la vie, ou si la mort est en fait le début d’une autre vie ailleurs. Peut-être qu’il est aux prises avec la mort de la jeune femme parce qu’il croit que s’il comprend cela, alors il en comprendra davantage sur lui-même, sur sa relation avec sa mère et son père, sur ses souvenirs de la guerre et les expériences qu’il a vécues là bas. S’il peut donner un sens à cela, alors peut-être qu’il pourra donner un sens à sa propre vie.

Sonatine, ton éditeur français, cite Truman Capote et Jim Thompson en parlant de ce roman. Pas si mal comme références, non ?

Ha, ce sont de grands compliments ! Je ne sais pas quoi dire.

J’écris juste à ma manière. J’essaie simplement de raconter une histoire de la meilleure façon que je peux.

Quelqu’un m’a demandé comment je définirais une oeuvre classique de la littérature. J’ai dit que c’est un récit qui est si convaincant que vous ne pouvez pas le lire assez vite, et pourtant il est tellement bien écrit que vous ne pouvez pas le lire assez lentement.

Vous voulez savoir ce qui va se passer, mais vous ne voulez pas que le livre se termine. Vous êtes pris dans des sortes de limbes.

C’est le livre parfait pour moi. Je veux me perdre dans un livre. Je veux penser au sujet du livre, même quand je ne suis pas en train de le lire. Et quand j’ai fini le livre, je veux me sentir un peu triste parce que je l’ai laissé quelques nouveaux amis dans ces pages.

Un grand merci à Julie pour la traduction. Vous pouvez la retrouver sur son excellent blog Evasions julivresques.

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Catégories :Interviews littéraires

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19 réponses

  1. Voilà donc une interview qui donne vraiment envie de découvrir ce nouveau roman…Très prometteur donc…

  2. J’adore ce qu’il dit à la fin sur les bons livres, c’est totalement ce que je ressens à chaque fois – et avec ses livres à lui, ça arrive un peu souvent 🙂
    Merci pour cette interview, Yvan, totalement à l’image de Roger. Ce type est vraiment très, très chouette ! J’avais adoré le recevoir à la librairie l’année dernière, et cela reste un de mes meilleurs souvenirs.

    • oui ce mec est formidable, la gentillesse incarnée !
      Quand je lui demande une interview, il me fait toujours parvenir ses réponses dans la journée ! Je trouve ça dingue…
      Et puis je pourrais l’écouter durant des heures 😉

  3. J’ai honte. ..
    Rencontrer l’auteur à St Maur , avoir un de ses livres dans ma pal, lire et aimer tes chroniques et tes interviews. ..
    Et pas être fichue de l’avoir lu. ..

  4. « Vous voulez savoir ce qui va se passer, mais vous ne voulez pas que le livre se termine. Vous êtes pris dans des sortes de limbes. »

    Sensation rare mais tellement plaisante… 🙂

  5. Hihihi Nathalie, avoir lu tous ses livres (avant ce dernier), l’avoir croisé à QDP, et pas avoir eu l’occasion de pouvoir lui dire un mot. Allez, je te tiendrai compagnie dans ta honte… 🙂
    En tout cas, l’interview donne envie de lire ce roman.

  6. Purée, il l’appelle par son prénom !! Là, Yvan, mon pote, tu déchires grave ma race 😉 Respect total et courbettes (aie, mes lombaires).

    Je suis allée tout à l’heure chez Tropismes (la belle librairie dans la galerie) mais ils n’avaient ni Ellory ni Ghislain ! 😦 Faudra que j’attende encore…

    Mais quand je les aurai… je vais te les bouffer !!! 😀

  7. « J’aime », mais je lirais l’interview plus tard ! Je veux tout découvrir sans rien en savoir ! Mais je sais que ce sera BIEN BIEN BIEN ! En gros, sur ce coup, je te fais confiance ! 🙂

  8. Merci pour cette excellente interview qui nous permet de découvrir plus encore ce brillant auteur 🙂 !

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  1. Les neuf cercles – R.J. Ellory | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  2. Récapitulatif des interviews 2014 | EmOtionS – Blog littéraire et musical
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