Interview littéraire 2014 – Shannon Burke

interview litteraire

shannon BurkeLes éditions Sonatine ont publié, en juin 2014, 911 de Shannon Burke.

Cet étonnant roman noir vous plonge dans le quotidien d’un urgentiste à Harlem. Croyez-moi sur parole, c’est une expérience littéraire qu’il est difficile d’oublier.

Je voulais vraiment en savoir davantage sur ce livre et son auteur. Voici donc la passionnante interview réalisée avec Shannon Burke.

Lien vers ma chronique de 911

Merci à mon pote Le lecteur de l’ombre pour avoir réalisé la traduction (suivez ce lien pour allez visiter son blog littéraire).

Question rituelle pour démarrer mes interviews, pouvez-vous vous définir en trois mots, juste trois ? 

Téméraire, indépendant, curieux.

Pourquoi avoir choisi la fiction et le Roman Noir pour écrire sur ce métier d’urgentiste dans Harlem ?

En vérité, je ne savais pas que j’écrivais du roman noir. Quand j’ai commencé à écrire ce livre, j’ai juste essayé de représenter la réalité comme je la voyais. Et il se fait que le monde dans lequel je vivais à l’époque était dans le genre « noir ».

Vous avez pratiqué ce métier vous même, dans les mêmes conditions. Quelle est la part d’expérience personnelle dans ce récit ? 

Shannon Burke 911Jusqu’à un certain point, j’ai vécu réellement cette histoire. Je ne suis pas allé aussi loin que Cross (le personnage principal) dans les voies obscures, mais chaque émotion qu’il ressent, je l’ai moi-même ressentie à un moment dans l’ambulance, et chaque partie du livre est réellement arrivée ou aurait pu l’être.

Il n’y a rien de tiré par les cheveux. J’espère que c’est plutôt le contraire. Mon intention était de capturer le ton, le rythme et l’aspect toujours sur le fil du rasoir du métier d’urgentiste, ainsi que de capturer l’essence de l’ambiance d’un service d’urgence.

La force de cette histoire n’est pas que dans la description des interventions sur le terrain, mais aussi dans ses étonnants personnages. Vous êtes-vous appuyé sur des personnes rencontrées réellement durant votre activité ? 

Absolument. Je pourrais dire que chaque personnage est basé sur quelqu’un de réel. Au fur et à mesure où le livre avançait, les personnages ont développé une vie bien à eux devrais-je dire, mais au moins quand j’ai commencé, chaque personnage était basé sur quelqu’un que j’ai connu ou, dans certains cas, sur un groupe de personnes.

L’autre thème fort est cette description d’Harlem, entre pauvreté et questions raciales… 

La plupart du temps, j’ai essayé de ne pas mêler les problèmes raciaux au livre, mais il est impossible d’écrire sur Harlem sans toucher au racisme. Et je ne veux pas être mal compris. Je trouve qu’Harlem est en réalité un endroit très agréable. Les résidents ont un vrai sens de l’Histoire. Ils sont au véritable centre de la culture afro-américaine. Et personnellement j’aime cela. J’ai travaillé là pendant cinq ans, y ai vécu trois ans et j’ai fini par avoir de l’affection pour cet endroit.

Ayant dit cela, je ne veux pas prétendre qu’il n’y avait aucun problème. Comme partout en Amérique, il y avait du racisme, des préjugés et de l’incompréhension des deux côtés, et une méfiance mutuelle compliquait parfois notre boulot, quelque chose dont nous devions faire fi.

Votre écriture est très directe, presque clinique, ce qui rend cette histoire encore plus réaliste. Était-ce une volonté de départ ? 

Quand j’ai commencé à écrire ce livre, j’étais dans ma première année de travail dans le domaine médical et je prenais littéralement des notes au dos des constats d’intervention à l’arrière de l’ambulance, juste après avoir fini ma journée. Je veux dire, je prenais des notes alors qu’il y avait toujours du sang et des aiguilles usagées autour de moi. A ce moment, je me souciais seulement de capturer exactement ce qui s’était passé, sans exagération ni embellissement.

Plus tard, quand j’ai essayé de transformer ces événements disparates en une histoire, j’ai fini par raboter quelques côtés trop durs. C’était une erreur. Finalement, j’ai réalisé que le côté terre-à-terre, acéré que j’avais utilisé comme style au départ correspondait à la manière dont les événements étaient réellement vécus. Donc, oui, j’ai utilisé ce style dès le début, presque instinctivement, car je sentais que c’était plus véridique. 

L’action se déroule dans les années 90. Pensez-vous que le métier et la situation sur le terrain aient changé depuis ? 

New York a clairement beaucoup changé depuis, et Harlem en particulier, et pourtant j’imagine que ce travail est plus ou moins le même.

Au début des années 90 il y avait environ 2 400 meurtres par an. Maintenant, il y en a moins d’un quart de ce nombre. Donc la ville est plus tranquille et moins violente, mais cela veut dire qu’il y a moins d’ambulances aussi. Les personnes qui font ce métier ont donc probablement le même style d’expériences, mais en couvrant un plus large territoire.

Mon impression est que travail dans le paramédical est probablement similaire partout dans le monde. Et même s’il y a moins de violence maintenant à New York, je pense qu’il y a, en fait, plus de problèmes sociaux que jamais, et les équipes médicales sont toujours au front.

Votre roman, publié en 2009, sort enfin en France. Un mot sur cette nouvelle aventure ? 

Je suis très content que ce livre soit sorti en France. J’ai voyagé en France huit fois je pense, et pendant que j’écrivais cette histoire je lisais presque exclusivement des romans français.

J’ai appris seul le français pendant mon temps libre, quand j’étais ambulancier. J’ai littéralement commencé à lire le ballon rouge côte-à-côte avec un dictionnaire. Mes collègues pensaient que j’étais fou. Ils lisaient le journal ou discutaient avec d’autres collègues et me regardaient, avec un livre en français et un dictionnaire à côté, et ils se moquaient de moi. « T’apprendras jamais le français, Burke ».

Mais petit à petit j’ai appris, et j’ai lu quasiment tout les « canons » de la littérature française, de La princesse de Clèves à Stendhal, en passant par Dumas, Flaubert, Zola, Sartre et Duras. Véritablement un tas de livres français.

J’ai aussi beaucoup regardé de films français. J’étais en quelque sorte fanatique de la culture française quand j’écrivais ce livre, et donc je suis particulièrement heureux qu’il sorte en français.

Quels sont vos prochains projets d’écriture ? 

J’ai un roman historique appelé En terre sauvage qui sort en anglais en février. Il parle d’une brigade de trappeurs dans les années 1820. C’est un livre léger, d’aventure. Après 911 je voulais écrire une histoire plus élargie et qui réchauffe le cœur, mais aussi bien sûr une histoire qui soit aussi excitante, accrocheuse et avec une bonne intrigue.

Ce blog est fait de sons et de mots (on est tous les deux amateurs de gros son). Quelle part prend la musique dans votre processus créatif ? 

Quand j’ai commencé à écrire, c’était parce que je ne pouvais pas jouer d’un instrument. Au collège et au Lycée, j’écrivais des paroles de chansons et j’ai réalisé peu à peu que ce que je faisais était en fait de la poésie.

J’ai migré des poèmes vers les nouvelles et ensuite vers les romans, mais la genèse de mon écriture est liée à la musique, et la musique est très importante pour moi. Si j’avais une aptitude à jouer d’un instrument, je ne serais sans doute jamais devenu écrivain.

Vous avez le choix entre nous donner le mot de la fin ou votre dessert préféré… 

Mousse au chocolat !

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Catégories :Interviews littéraires

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23 réponses

  1. très intéressante interview ! Evidemment après ça j’ai encore plus envie de lire son livre 😉

  2. Très interressant tout ca!!!!!!;) Jolie interview et de connaitre la genese de ce roman donne encore plus envie de lire ce livre……

  3. Pour avoir lu et apprécié 911 les réponses de l’auteur ne m’étonnent pas.

  4. c’est fou d’apprendre une langue étrangère seul et de finir par lire les grands classiques! d’autant plus que certains sont écrits en langage soutenu, chapeau!
    comment tu fais pour arriver à contacter les auteurs et qu’ils acceptent de répondre à tes questions? ça se fait par écrit ou de vive voix?

    • Je vais te confier mon grand décret de fabrication : je demande très gentiment 😉
      Ça se fait en général par mail, ou alors lorsque je rencontre l’auteur sur un salon.
      Oui il m’a épaté avec cette volonté d’apprendre le français !!

  5. Purée, un mec doué en langue pour avoir appris tout seul le français ! J’ai essayé avec l’anglais, mais j’y suis jamais arrivée ! Oui, les langues, c’est pas mon truc, même si j’ai une grande gueule et que moi aussi j’aime la mousse au chocolat… 😀

  6. Ça m’épate ce talent pour les langues étrangères. …trêve de billevesées, c’est une excellente interview, très riche . 🙂

  7. Encore une fois passionnant ! Je ne suis pas très original, je sais… 😦

  8. Bonjour. Excellente interview ! Un des meilleurs livres parus en cette année 2014. (2e au Grand Prix de Littérature Policière, d’ailleurs). Amitiés.

  9. Merci sire Yvan pour tout cela 🙂

  10. Il faut que je lise son livre…j’adore trop la mousse au chocolat moi!!!ahahahahah

Rétroliens

  1. Récapitulatif des interviews 2014 | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  2. Regards croisés sur mon Top 30 des romans lus en 2014 – De la 30ème à la 26ème place | EmOtionS – Blog littéraire et musical

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