La chute des princes – Robert Goolrick

chronique littéraire

La chute des princes Robert GoolrickChronique d’une déchéance.

Années 80, le fric facile (pour certains), période de tous les excès, époque de l’apparition d’une maladie (le sida). Des années d’égoïsme, dont personne ne comprend vraiment les implications pour le futur (notre présent).

Tombé de haut

Le personnage clé de cette marquante et touchante chronique nous parle de cette débauche d’une vie de golden boy, toute en démesure. Parce que qu’il nous raconte son ancienne vie de trader depuis le présent, se souvenant de ce passé révolu. Il était au sommet, il est tombé de haut et n’est plus rien, si on se base sur les critères de réussite de cette catégorie de personnes.

Robert Goolrick a mis tout son talent au service de cette plongée dans un paradis qui se révèle être un enfer. Retour sur une part de vie d’un personnage qui a profondément changé depuis. Remords, nostalgie…

Sentiments complexes et contradictoires

Goolrick a effectivement un talent étonnant pour nous faire ressentir des sentiments complexes et contradictoires. Il arrive à nous faire percevoir de la profonde empathie pour un être au comportement souvent abject, tout en nous faisant éprouver de la pitié pour lui.

Un tel mélange de sensations et d’émotions paradoxales relève d’une maîtrise assez éblouissante du récit et d’une capacité hors norme à décrire tant notre société que la psychologie humaine.

Ce voyage entre passé et présent, souvenirs et réalité est un conte moderne, celui d’un homme qui a perdu bien plus que son rang : le respect de lui-même.

Entre contrôle et émotions

Car oui, Goolrick est un sacré conteur, sa plume est à la fois toute en contrôle et en émotions. Son propos nous dérange au plus profond, entre passages très crus et introspection, entre lumières artificielles et ténèbres palpables.

Grâce à l’auteur, on se met à la place de ces hommes et femmes qui ont perdu leurs repères jusqu’à l’outrance, on ingère les dérèglements de notre société jusqu’à la démesure, on les sent s’incruster jusqu’à l’écœurement.

Cette quête du fric et du pouvoir est cruelle, acerbe et pourtant Robert Goolrick arrive à tirer de la beauté dans l’horreur de ce monde. C’est en soi le grand exploit de ce roman qui est bien davantage que le simple récit d’un homme pathétique.

La chute des princes est une belle réussite, qui se lit d’une traite et dont on ressort assez mal à l’aise.

Sortie : 28 août 2014

Éditeur : Anne Carrière

Notes (sur 5) :

Profondeur : ♥♥♥ 

Psychologie : ♥♥

Qualité de l’écriture : ♥♥♥ 1/2

Émotion : ♥♥ 

Note générale : ♥♥♥ 

4° de couverture

New York, années 1980. Robert Goolrick nous invite au bal des vanités, où une bande de jeunes hommes vont vendre leur âme au dollar et se consumer dans une ronde effrénée, sublime et macabre. Ils ont signé pour le frisson, une place sur le manège le plus enivrant que la vie ait à leur offrir.

Et ces princes vont jouer toute la partie : les fêtes, les drogues, l’alcool, les corps parfaits des deux sexes, les pique-niques dans la vaisselle de luxe, les costumes sur mesure taillés par des Anglais dans des tissus italiens, les Cadillac, le sexe encore et toujours, les suites à Las Vegas, des morts que l’on laisse en chemin mais pour lesquels il n’est pas besoin de s’attarder parce qu’on va les retrouver vite. Vite, toujours plus vite, c’est la seule règle de ce jeu. Aller suffisamment vite pour ne pas se laisser rattraper. Parce que les princes sont poursuivis par de terrifiants monstres : le sida, les overdoses, le regard chargé de honte de leurs parents, le dégoût croissant de soi-même, un amour s’excusant de n’avoir sauvé personne.

Robert-Goolrick

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Catégories :Littérature

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30 réponses

  1. Un roman qui me tente beaucoup Merci yvan

  2. une époque qui m’intéresse sur tous les plans car la société d’aujourd’hui avec son égocentrisme, la certitude d’avoir tous les droits mais aucuns devoirs, l’argent facile (on pique aux autres quand on n’a pas ce qu’on veut tout de suite, l’intolérance, la violence, etc. etc…. en est l’enfant. un bien triste accouchement…..
    c’est vrai , je ne brille pas par mon optimisme, mais je suis lucide je pense.

  3. Les années 80 peuvent avoir un goût de nostalgie pour nous autres quadra mais on oublie facilement que c’était une époque où tout était permis, où tout était possible, avec les dérives que l’on connait… Cela me rappelle les romans de Bret Easton Ellis. Lui aussi traite de la jeunesse dorée et désabusée américaine des eighties. Je suis très très curieuse de le découvrir

  4. un très bon livre qui m’a permis de découvrir cette auteur 🙂

  5. Mon cher Yvan, ça ne serait pas un peu dans la même veine que « Le bûcher des vanités » de Tom Wolfe? S’il me reste un peu de place, peut-être me laisserai-je tenter.
    Le « bûcher des vanités » était déjà assez pessimiste, si mes souvenirs sont bons. Sa lecture remonte à plus de 15 ans… 🙂

  6. Bon…ben…je pense que je vais noter..juste noter hein!!! Pfff…j’ai envie de le commander…mais non…je le note puis c’est tout…rhoooo…il me tente quand même mais ce n’est pas raisonnable donc je le note…même si j’ai envie de le commander…il est plus sage de seulement le noter que de le commander hein!!!! T’as vu.. tu me rends folle!! 😛

  7. GOOLRICK est un grand écrivain contemporain pour moi ! Il est vrai que j’avais oublié la sortie de son nouveau livre ! Tu es…un peu mon pense-bête…Yvan ! Du coup, je rectifie…dans ma liste de la rentrée littéraire ! Arf !

  8. Merci Yvan pour cette belle chronique, qui rend justice à ce grand auteur et à ce livre juste et troublant. A dévorer pour ceux qui ne connaissent pas encore Goolrick (et aussi ceux qui l’aiment déjà!)

    • Merci Marie, c’est une formidable découverte pour moi !
      Pour ceux qui ne le savent pas, Marie de Prémonville est la traductrice de Robert Goolrick (et de la série La tour sombre de Stephen King aussi, par exemple).
      Je ne connais bien évidemment pas le texte original, mais ce dont je peux témoigner, c’est que la version française de ce roman est particulièrement vivante et prenante.
      Preuve qu’un bon traducteur est indispensable pour rendre hommage à un bon roman étranger.
      Merci pour ça, Marie.

  9. Il est vrai que nous avions eu une autre crise éco dans les années 80… 87 ou 88, me souviens plus, à cette époque là, je m’inquiétais juste de mes jeux et du club Dorothée ! 😀

    Je peux pas tout lire, monsieur le Tentateur… je dois garder de la place pour ton fameux mois d’octobre 😉

    • attends de voir ce qui nous attends de septembre à novembre…
      J’ai noté 24 nouveautés « indispensables »… Euh je fais comment ?

      • HEIN ????? 24 nouveautés « indispensables » ??? Te foutrais-tu de mon inestimable gueule espèce de petit lombric séché ?? 😀 Admire la phrase…

        Bon, je vais lire Westlake et son « Comment voler une banque » et ensuite, j’irai braquer mon adorable banquier… je volerai les goûters des gosses à la récré pour manger et je braquerai les mémés avec des caniches (je prendrai le grand chien de mon père pour coller une gastro de peur aux caniches).

        Je vais me pendre avec un cable de rechargement USB ou me mettre en stand-by durant le reste de l’année afin de ne pas succomber à la tentation… mais être délivrée du mâle… du mal !

        Yvan, Joyeux Noël et bonne année parce que je reviendrais te lire que l’année prochaine ! 😉

  10. Merci pour cette découverte mon ami.
    Les années 80.
    Des année de folies, d’excés. Oh voui, je me souviens…
    Mais aussi des années d’engagements, les grandes causes et les plus petites….Mais que d’actions militantes. C’est beau d’être jeunes.
    Ah nostalgie quand tu nous tiens… 😉

  11. Une très belle chronique pour un très bon livre 🙂

Rétroliens

  1. Sorties 2014 – Récapitulatif des chroniques littéraires | EmOtionS – Blog littéraire et musical

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