Interview littéraire 2014 – Jacques Saussey

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Avec maintenant cinq romans à son actif, 1379511_650626494982420_1001968328_nJacques Saussey commence à se faire une belle place dans le milieu du thriller et du roman noir français.

Il sait joliment emporter ses lecteurs à travers des intrigues bien ficelées et des personnages forts.

Et comme c’est une personne d’une vraie gentillesse, qu’il est particulièrement agréable de côtoyer lors des salons ou des dédicaces, c’est un vrai plaisir pour moi que de vous proposer ce bel échange.

Un grand merci à l’auteur pour sa disponibilité et son enthousiasme communicatif !

Question rituelle pour démarrer mes entretiens, peux-tu te définir en trois mots, juste trois ?

Écrire, lire, écrire…

Dans ton nouveau roman, L’enfant aux yeux d’émeraude, nous retrouvons les nouvelles aventures de tes personnages récurrents… Avec l’ambiance de ce roman, on peut parler de « Terreur »… Était-ce une volonté de départ de se lancer dans une telle histoire plus sombre ?

L’étincelle de départ de ce polar a été, une fois n’est pas coutume, un fait divers qui s’est déroulé en France en 2011. Une famille décimée, un type en cavale que personne ne parvient à retrouver – et qui n’a d’ailleurs toujours pas été arrêté à ce jour.

Une deuxième idée, celle de l’histoire d’un représentant qui se faufile malgré eux dans la vie des gens qu’il visite, s’est rapidement greffée là-dessus. Vue l’atmosphère qui a enveloppé le mystère de cette tuerie familiale et les dégâts collatéraux qu’elle a faits autour d’elle, la noirceur profonde de ce polar s’est imposée d’elle-même.

J’y ai retrouvé avec plaisir le ton que j’avais déjà expérimenté quelques années auparavant dans des nouvelles très noires, comme « Une après-midi de chien », qui fait partie de mon recueil « Anicroches » (en téléchargement libre sur mon site).

Est-ce compliqué, lorsqu’on utilise des personnages récurrents dans ses histoires, de permettre aux nouveaux lecteurs d’entrer dans ton univers en cours de route ?

En fait, je ne me pose jamais cette question. Je cherche juste à ce que les intrigues soient cohérentes entre elles, en dehors du fait qu’elles doivent rester unitaires. Je n’aime pas trop les romans à suites, à de très rares exceptions près, mais en tant que lecteur j’aime retrouver des personnages récurrents qui ont réussi à me convaincre, comme ceux de Dennis Lehane, Tony Hillerman, Franck Thilliez ou Elisabeth George.

En ce qui concerne « Principes Mortels », en revanche, dans lequel mes propres personnages principaux n’apparaissent pas, j’ai insisté auprès de mon éditeur (Les Nouveaux Auteurs) pour que ce roman puisse voir le jour. Lorsque j’ai écrit ce livre, en 2010, je n’étais pas encore édité. Je l’ai bouclé en quelques semaines, après mes trois premiers thrillers, parce que cette histoire me trottait dans la tête depuis plus de quinze ans.

A l’époque, elle était bien trop longue pour le temps que je consacrais à l’écriture de mes nouvelles. Quand j’ai enfin obtenu, en septembre 2013, que paraisse cette histoire assez éloignée de mes polars – c’était un pari : mon éditeur pensait qu’il était trop différent des autres et allait déstabiliser mes lecteurs – j’ai eu l’opportunité de toucher d’autres amateurs de romans qui ne sont pas particulièrement attirés par le polar. Entre polar et roman noir, j’aime vagabonder d’un genre l’un à l’autre, et même les faire se croiser comme dans « L’enfant aux yeux d’émeraude ».

Une partie du roman est écrite en mode « je », avec les pensées d’un des protagonistes principaux. Pourquoi ce choix et quelles difficultés as-tu rencontrées avec ce type de narration ?

Pour la cohésion de l’intrigue, pour que ce que traverse David Courty tout au long du roman soit palpable au plus près, j’avais besoin de cette première personne, que j’avais déjà travaillée auparavant dans « Principes Mortels » et dans une moindre mesure dans « De sinistre mémoire ». Parce que je devais rendre lisibles des émotions silencieuses qui ne regardaient a priori que lui, mais en même temps je devais montrer le travail des enquêteurs qui se rapprochent de lui peu à peu jusqu’au final.

L’idée de parler de Courty à la troisième personne, à quelques endroits très ciblés du roman, m’ont également permis de montrer sa démence de l’extérieur, en « témoin oculaire » privilégié. Je me suis laissé guider par le feeling de la narration, sans rencontrer d’obstacle particulier à franchir. L’important était que le lecteur en sache plus que la police à n’importe quel moment, mais pas sur Courty lui-même.

Tu aimes également sortir de ta série de polars, pour te lancer dans d’autres challenges (romans noirs, nouvelles…)

Oui, ce que j’ai initialisé avec « Principes Mortels » continue en ce moment même, avec notamment la parution prochaine de « Sens Interdit », prévue début 2015, un roman très noir écrit tout spécialement pour la collection de « L’Embaumeur » des éditions Mosésu, qui rassemble de nombreux auteurs sur les mêmes personnages, dans l’esprit du Poulpe.

Mon sixième roman, sur lequel je suis obligé de garder le silence pour l’instant, sortira également début 2015, voire un peu avant… Quant au huitième, il est en cours et sera achevé, je pense, vers Noël prochain. Un autre roman noir « one-shot » sans Daniel et Lisa, mes personnages récurrents, qui reviendront dans le neuvième dont l’intrigue commence à prendre forme, et dont l’écriture est prévue en 2015…

Tu écris depuis longtemps, pourtant paradoxalement tu n’as commencé à être publié que de nombreuses années plus tard…

Entre 1988 et 2008, je n’ai écrit qu’une trentaine de nouvelles. Un peu comme des gammes, dans le genre de celle qu’un amateur compose avant d’oser se pencher véritablement sur son instrument de musique. J’ai essayé de faire publier mon recueil Anicroches dans les années 90, quand j’avais une vingtaine de textes, mais je n’ai pas déclenché de fébrilité notoire dans le monde de l’édition. En fait, ça n’intéressait absolument personne.

Aujourd’hui, grâce à Internet, je me suis dit que plutôt que de garder ce livre dans la poussière des ans au fond d’un tiroir de mon bureau, ce serait une bonne idée de le mettre en téléchargement libre sur mon site. Ce sont des histoires toutes simples, des premiers essais qui m’ont donné envie de me lancer dans l’aventure de l’écriture… vingt ans plus tard.

C’est quoi avant tout une bonne histoire pour toi ?

Une bonne histoire, pour moi, c’est celle qui fait qu’on oublie le bruit autour de soi dans les transports en commun, celle qui vous fait rater votre arrêt, celle qui vous vole vos pensées au moment de vous endormir.

J’adore me faire piéger par un excellent auteur, et grâce au ciel ils foisonnent sur les rayons. Mon simple espoir et d’y parvenir quelquefois, moi aussi, avec mes propres thrillers.

Tu as fait du tir à l’arc de compétition et tu es passionné de photo animalière. Trouves-tu un lien entre ces passions et le métier d’écrivain de polar ?

C’est drôle, on me pose souvent cette question sur le Tir à l’Arc. Et oui, bien sûr, il y a de nombreux points communs. Le roman est la cible, le clavier l’arc et la flèche, l’auteur l’archer, et l’essentiel est de ne plus faire qu’une seule entité en symbiose parfaite. Lorsque l’on y parvient, ce qui est plus concrètement identifiable quand une de vos flèches en brise une autre au centre de la butte de tir, c’est le bonheur total.

Et comme le photo animalière, c’est une école de concentration, de patience, de travail et d’humilité. Quand on est trop sûr de soi, il y a de bonnes chances que l’on finisse un jour par manquer sa cible.

Le milieu du polar en France ressemble à une grande famille (il n’y a qu’à voir les rapports privilégiés que tu entretiens avec Claire Favan)…

Cela a été pour moi une grande découverte après ma première parution. Je n’aurais jamais imaginé cela. Le monde du polar est un univers chaleureux où les auteurs passent le plus clair de leur temps à patienter pour se retrouver sur les salons, à parler de leurs projets respectifs, ainsi qu’à se refiler bonnes adresses et combines diverses. Et je ne parle pas des repas et soirées partagées dans la bonne humeur que génère une passion commune, à l’instar du monde de l’Archerie.

A ce titre, Claire Favan est la première amie que j’ai rencontrée au moment de la parution de De sinistre mémoire en septembre 2010. Nous avons tout de suite sympathisé. Nous avons sorti notre premier polar la même année chez le même éditeur, avons  vécu les mêmes affres du débutant, les mêmes espoirs, les mêmes angoisses, et nous avons tous les deux aujourd’hui la chance qu’un certain nombre de lecteurs suive chacun d’entre nous sur son parcours. La sympathie s’est rapidement transformée en solide amitié et son avis sur un nouveau manuscrit, en tant que l’une de mes primo-lectrices principales, est primordial.

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Claire Favan qui pense à nourrir son ami lors du salon de Saint-Maur en Poche 2014 😉

Nous avons tous les deux une passion pour Stephen King ;-). Continues-tu à suivre son actualité ?

Lecteur compulsif du King durant sa grande période phare – dont Simetierre, Ca, et Shining – je l’avais un peu délaissé après quelques livres qui m’avaient moins plu. Mais j’y suis revenu depuis quelques mois avec un plaisir renouvelé en lisant 22/11/63. Même si ce roman est sensiblement différent de sa veine noirissime,The King is back !

Tu es très proche de tes lecteurs, durant les salons et sur les réseaux sociaux. En fait, tu prouves une fois de plus que les auteurs de romans noirs sont des gens adorables 😉

Il faudrait demander l’avis de ma femme… Elle aurait peut-être une légère ponctuation à apporter à cette affirmation…:-)

Ce blog est fait de mots et de sons. La musique prend-elle une part dans ton processus créatif ?

Oui, toujours. J’ai souvent eu l’occasion d’en parler, j’écris principalement dans le train, le matin et le soir, sur le trajet aller-retour pour me rendre à mon travail. Entre les excités du téléphone ou ceux du tarot ou du foot, j’ai besoin de m’isoler pour travailler dans le calme. Mon ordinateur est blindé de musique opportuniste. Du classique pour les chuchotements entre pipelettes intarissables jusqu’à AC/DC pour les braillards qui commentent le dernier match comme si ça intéressait la Terre entière, j’ai de quoi faire face à toutes les situations.

En général, un disque particulier n’est pas vraiment lié à l’un de mes livres. C’est juste un filtre pour ne plus être gêné par le brouhaha. Mais parfois, c’est l’inverse qui se produit, comme avec « Carmina Burana » de Carl Orff, pour « L’Enfant aux yeux d’émeraude ». Dans ce cas, la musique faisait partie intégrante de la scène finale, ainsi que de quelques autres au cours de l’écriture du roman. J’en ai suivi les pulsations comme si elles couraient sous la surface de mes doigts, juste au-dessus des touches. Une expérience assez inhabituelle et surprenante, mais qui m’a donné des ailes pour les derniers chapitres…

Tu as le choix entre nous donner le mot de la fin ou ton dessert préféré…

Eh bien… Fin ! 🙂

Et merci à toi, Yvan, pour tout ce travail qui met le nôtre, auteurs de polars, en valeur sur la Toile !

Le site internet officiel de l’auteur

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Catégories :Interviews littéraires

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16 réponses

  1. Ohh mais quelle belle interview!!! Quel plaisir de découvrir cet auteur que je connais peu même si son dernier livre vient de rejoindre ma pal! Un homme charmant que j’aimerai vraiment croiser un jour!

  2. j’avoue n’avoir rien lu de cet auteur!! j’ai bien apprécié l’interview car je trouve qu’il s’exprime de façon simple et chaleureuse, il n’a pas la grosse tête. il me semble que j’ai noté un titre dans ma PAL mais pas sûre donc je vais vérifier sur babélio.
    merci pour ce partage en tout cas.

  3. Ça faisait longtemps, tiens ! 😉 Excellent, comme quoi, les auteurs de polars ne sont pas des psychopathes dégénérés avides de sang et de violence, et trucidant des lecteurs sur les foires… pffff, même pas drôle ! 😀

    Ok, je note, je note ! 😀 Merci à vous deux !

  4. Toujours passionnants ces entretiens…

Rétroliens

  1. Récapitulatif des interviews 2014 | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  2. coup de projecteur sur Jacques Saussey – les cibles d'une lectrice "à visée"

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