Pur – Antoine Chainas

chronique littéraire

Mon ressenti

9782070140992_1_75Un sujet fort et un traitement original. Voilà de quoi proposer un roman noir qui sort du lot et qui marque les esprits.

Pur me donnait l’impression de faire partie de ces romans-là.

Déjà avec ses thèmes qui me parlent tout particulièrement : montée de l’extrémisme, manipulation des médias, perte de valeurs des institutions… Il y avait de quoi réussir un roman qui laissait une impression durable, avec une belle base de réflexion.

L’autre bonne idée de départ est le traitement alléchant du sujet, qui décrit notre société légèrement déformée. Une sorte de dystopie contemporaine (oui je sais, c’est assez contradictoire), comme un très léger glissement de la réalité, avec ces grandes résidences fermées au monde, où l’élitisme (et le racisme, utilisons le mot) sont la norme.

Une énorme envie de cette lecture pour l’amateur de romans noirs et d’anticipation que je suis, et qui est pourtant retombée comme un soufflé… La faute à une intrigue qui tient sur deux timbres-poste et à un traitement où l’émotion n’a pas sa place.

La trame de base est donc attirante, mais le récit en lui-même tombe très vite dans un classicisme assez décevant. Quant on rajoute que l’histoire ne prend jamais son envol, à mon sens, vous comprendrez mieux ma déception.

Antoine Chainas sait écrire, très bien écrire même. Il n’empêche, son style m’a paru ampoulé, assez m’as-tu-vu par moments et m’a irrité plus d’une fois. Oui, Chainas connait sur le bout des doigts les noms savants de toutes les parties du corps humain, ou sait nous décrire durant de (longues) pages certaines techniques d’art martiaux…. Et alors ? C’est simple, le roman est assez court (300 pages) et pourtant cette sensation de remplissage est régulièrement présente…

Un exemple, pris un peu au hasard :

« Une brise fraîche, portée par une masse d’air maritime dans la troposphère, leur apportait un soulagement ponctuel via les corpuscules de Meissner du derme papillaire ».

Une écriture clinique, mettant en avant des personnages assez caricaturaux, pour lesquels je n’ai pas éprouvé l’once de l’embryon du début d’une empathie, qui pourtant serait nécessaire pour donner du relief à ce sujet brûlant.

Récit sans surprise donc, avec certains personnages secondaires à peine ébauchés, une atmosphère générale qui ne tient pas ses promesses et une écriture ronflante qui essaye de cacher le vide. Ce sont un peu trop de failles, à mon goût personnel…

J’avais beaucoup apprécié le récit de l’auteur dans le recueil de nouvelles Brèves de noir. Le style y était également froid et pourtant ça fonctionnait parfaitement. Sans doute parce qu’à coté de ça, l’auteur n’en faisait pas trop.

Au final, ce récit ambitieux, mais qui se vide de sa substance au fur et à mesure, aura été une cruelle désillusion. Un rendez-vous complétement raté entre l’auteur et le lecteur que je suis. Mes mots sont un peu durs, mais ils sont à la hauteur de ma grande déception, surtout que je reste convaincu qu’Antoine Chainas a un vrai talent.

Sortie : 12 septembre 2013

Éditeur : Gallimard – Série noire

Notes (sur 5) :

Originalité de l’intrigue : ♥♥ 1/2

Profondeur de l’histoire : ♥♥♥

Psychologie des personnages : ♥♥

Qualité de l’écriture : ♥♥ 1/2

Émotion : ♥♥

Note générale : ♥♥

Je vous invite à aller lire les chroniques de deux de mes excellents collègues qui n’ont pas le même avis que moi sur ce roman :

Black novel

Du bruit dans les oreilles

4° de couverture


« Cet endroit donne tout son sens à notre combat, Patrick. Les gens de l’extérieur pensent que nous nous barricadons par peur d’autrui, par étroitesse d’esprit. Mais nous ne sommes pas hermétiques, bien au contraire.


Et ceux qui nous taxent de racisme ont tort aussi. Personne n’ est plus ouvert sur le monde que nous. Qui voyez-vous ici ? Des Suisses, des Norvégiens, des Suédois, des Américains, des Anglais… Des banquiers internationaux, des gestionnaires de capital multinational, des artistes qui voyagent partout sur le globe, des ingénieurs membres d’équipes polyglottes. 

Expliquez-moi qui d’autre pourrait être mieux au fait de l’état de notre époque ? Dites-moi de quelle expérience peuvent se prévaloir ceux de dehors ? Quel sort funeste les attend dans ce chaos égalitaire, ce monstrueux fourre-tout qu’ils ont eux-mêmes engendré ? 

Ce domaine que vous voyez est peut-être un des derniers où les valeurs, les règlements ont force de loi. Ce ne sont pas les races ni les religions qui nous préoccupent, mais la misère. 

Voilà ce que nous voudrions éradiquer. On pourrait considérer qu’en un sens, nous sommes les ultimes philanthropes. » 

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Catégories :Littérature

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22 réponses

  1. j’ai l’impression que tu n’as pas aimé ce livre ! 😉

    • ah bon ? qu’est ce qui te fait dire ça ? 😉
      C’est effectivement assez rare chez moi de ressentir un rejet aussi important… et franchement, ça me rend triste

      • ben non pourquoi? heureusement que parfois on ressent ce genre de sentiment, ca prouve au moins qu’on a pas l’esprit ankylosé par toutes nos lectures et qu’on est encore capable de réagir ! Et puis , entre nous, c’est bien parce que de temps en temps on n’aime pas un livre qu’on apprécie d’autant plus ceux qui nous séduisent ! 🙂 En plus moi j’aime bien savoir pourquoi les copains n’aiment pas tel ou tel bouquin. Ca n’en manque pas moins d’intérêt que de savoir pourquoi il l’ont aimé. A pluche ma biloute !

  2. Au moins j’aurais pas besoin de réfléchir pour celui là! C’est déjà ça de gagné 😊
    Tu fais des belles chroniques même quand tu n’as pas aimé , te rends tu compte que c’est agaçant ? 😉

  3. Salut Yvan, comme on en a discuté, parfois les rencontres sont ratées. Mais il ne faut pas rester sur une déception, alors je te conseille Versus. Et après on en reparle. Amitiés

  4. Salut mon ami,
    Pour le moment, je vais faire l’impasse sur ce titre. j’en ai tellement d’autres en attente!!! Alors merci, pour une fois, de ne pas me tenter…
    Amicalement, 🙂

  5. Et bien, tes chroniques sont ausi ennivrantes quand tu n’aimes pas que quand tu es subjugé par tes lectures.
    Cela reste un plaisir de te lire même en négatif….
    Merci de nous donner ton ressenti et puis allez, il y en a tellemnt d’autres, de lectures, qui nous envahissent d’ondes de choc que celles qui nous laissent froides, c’est pas bien grave..
    Moi là, je suis sur « sang versé » que j’ai beaucoup de mal à finir, je traine, je traine…..( mais j’en ai déjà lu 2 autres au milieu).
    En tout cas, toujours 5 ❤ pour tes chroniques… 🙂

  6. Là, tu me troues le cul… une chronique qui ne me donne pas envie de dévaliser le magasin ?? Mince, alors ! N’en reviens pas… Bon, je possède ce livre, mais en numérique, donc, je n’ai rien perdu 😉 Pourtant, tu commençais bien et j’étais prête à lire que tu avais aimé… bon, no stress !

    Tiens, au fait, je me sens « culture » ce soir. Le mot « racisme » apparaissant dans ton texte, je me suis souvenue d’une chose importante. avais-tu qu’il n’existe pas de race chez l’humain ?? Non, on appartient tous et toutes à la même race. Mais pourquoi personne ne l’explique à certains extrémistes ??? Ah oui, j’oubliais, ils ne veulent pas écouter. Pffff, c’est malin ! Bon, nous, on est au-dessus du lot 😉

    C’était la minute culture… 😉

    • je dois bien te surprendre un peu de temps en temps ;-). J’ai du nez en général pour choisir mes lectures, sur ce coup là je devais être enrhumé.
      Merci pour la page culture, j’apprécie énormément de voir que nous sommes sur la même longueur d’onde. Il existe par contre une race de la bêtise… Et ces gens là n’ont pas d’oreilles

      • Oui, tu nous surprend de temps en temps… tiens, je vais te surprendre aussi, j’ai « Carter et le diable » ! Petit tour hier en ville pour changer un truc qui n’était pas à ma taille et j’ai dévié vers la FN** ! C’est bête, hein, de se tromper de route lors du retour ??

        Je sais que certains n’ont pas d’oreilles, mais je sais aussi que s’ils ne veulent pas entendre, c’est parce la vérité leur fait peur, elle bousillerait toutes leurs petites certitudes bien ancrées.

        On pourrait encore leur monter les épais rapport qui prouvent par A+B que l’immigration a TOUJOURS profité au pays qui la recevait, qu’ils ne nous croirait pas.

        Tiens, exemple : Whitechapel, dans l’East End… c’était les bas-fonds, tu le sais, à l’époque de l’Éventreur. Et bien, sans l’immigration juive, le quartier aurait encore été pire !! Oui, les juifs avaient apporté de l’argent, des commerces et le quartier en avait bénéficié !

        Mais il n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre… 😦

  7. Zou…une économie c’est pas tous les jours que Yvan a pitié de nous hein!!!! 😛

  8. Ah, je trouve enfin quelqu’un qui a le même ressenti que moi pour ce livre; j’ai bien aimé le sujet, mais je n’ai pas accroché à l’écriture de l’auteur (du moins dans ce titre, je n’en ai pas lu d’autres), des phrases trop longues, on s’y perd, et l’ensemble manque de suspense; un bilan très moyen pour moi aussi!

  9. Tiens tiens, enfin une critique qui sort du lot, je commençais par croire que tu aimais tout ce que tu lisais…. J’ai lu Pur il y a quelques mois, et j’en garde un plutôt bon souvenir. Si l’intrigue tient sur 2 timbres, elle est tout de même bien menée avec un suspense bien construit. Les parties dites de « remplissage », dont tu n’as finalement pas trouvé d’intérêt, sont je pense, une volonté de l’auteur de marquer son approche très minutieuse, voire clinique de son sujet. Ca participe à rendre ce sujet « brûlant » objectif, sans faille. Le sujet étant la banalisation de l’extrême droite, je trouve qu’il est traité de façon inédite et réussie. Cela reste mon avis…
    Par contre, je ne comprends pas du tout pourquoi tu trouves ce livre d’un « clacissisme décevant… » S’il y a bien une chose qu’on peut garder de ce livre, et de Chainas, c’est bien son style si particulier…bien loin des trames policières lues et relues et rerelues…
    Bonne continuation et bonnes lectures

    • Hello !
      J’ai souvent du nez dans mes choix de lecture, mais je me trompe parfois, comme avec le dernier Sandrine Collette ou celui-ci.
      D’autant plus dommage que j’ai rencontré l’auteur récemment et qu’on a eu une conversation très enrichissante.
      Quand je parle de classicisme, ce n’est pas tant lié à la forme et au style, mais à l’intrigue que j’ai trouvé assez commune (si on enlève les thématiques sur les extrêmes).
      Chainas a clairement un style à lui, effectivement certains trouvent que ça renforce son propos, moi j’ai malheureusement eu le sentiment que ça le déversait.
      J’avais tant envie d’aimer ce livre à cause de son sujet.
      Merci pour ton commentaire très enrichissant ! C’est toujours très intéressant de confronter des ressentis différents

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