Interview littéraire 2014 – Eric Maravélias

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10291268_782783795080014_1274160327529820105_nLa faux soyeuse est un roman uppercut, de ceux dont on se relève difficilement, de ceux dont on sort changé après l’impact.

Eric Maravélias frappe donc très fort avec ce tout premier roman, descente aux enfers de l’addiction. Il s’est reposé sur ce qu’il connait et sur une écriture tour à tour forte et poétique.

Tant de bonnes raisons de lui donner la parole et de découvrir l’étonnante personnalité de l’auteur à travers ses propres mots.

Ma chronique de La faux soyeuse

Question rituelle pour démarrer mes entretiens, peux-tu te définir en trois mots, juste trois ?

Non, je ne peux pas.

Tu arrives assez tardivement dans le milieu littéraire. Que s’est-il passé dans la vie d’Éric Maravélias avant la sortie de La faux soyeuse ?

J’ai eu une vie extrêmement riche et variée. J’ai beaucoup voyagé. J’ai rencontré énormément de gens. J’étais musicien, guitariste, et j’ai fait beaucoup de scènes. Plein de boulots différents, des petits jobs pour bouffer. Mon arc ressemble à une harpe. J’ai bien connu Manu, du groupe TRYO, par exemple. Il est de Cachan et je lui fais coucou, tiens. Dans mon roman, c’est GUS.

Tu te définis toi-même comme un survivant…

Bien sûr. Dans la mesure où la majorité de mes potes sont dans un trou ou réduits à un tas de cendre, je suis un survivant. Je suis un guerrier. Rien ne peut m’abattre. Toujours, je me relève et toujours plus fort. C’est ma nature. J’ai une Foi immense et une confiance totale en ma Destinée. Je ne crois pas au hasard et de la même manière que l’on voit le Diable dans les détails ou que l’on juge un homme sur ses actes, dans les petites choses, (car si t’assures pas dans les petites, tu risques pas d’assurer quand ça devient sérieux,) c’est pareil.

Moi, je vois mon Destin et ses plans dans les petits détails et de chaque expérience, je cherche à retirer la leçon. La substantifique moelle. Vivre le plus longtemps possible pour avoir des expériences et pouvoir apprendre le plus longtemps possible. Une fois mort, c’est une autre histoire qui commence. Faut faire le bilan, sans doute. Alors autant essayer d’assurer le plus possible ici, apprendre au contact terrestre, charnel.

C’est dans la douleur que l’on apprend le plus. C’est comme ça. Vu que j’aime apprendre et que j’ai la Foi, je remercie toujours le ciel pour ce Destin qui peut sembler sévère, mais qui finalement, est juste merveilleux. Et il s’avère que ma confiance était légitime, étant donné que je suis ici. C’est ça, survivre, pour moi. C’est voir la vie autrement.

Le parcours de ce roman a été totalement atypique jusqu’à sa publication dans la prestigieuse collection Série noire de Gallimard. Tu nous en touches un mot ?

CVT_La-faux-soyeuse_8149Tout est exceptionnel dans cette aventure et c’est une succession de « Premières fois »

D’abord et avant tout, c’est la rencontre de ce livre et d’Aurélien Masson, le directeur de la série noire. Un gros coup de cœur. C’est lui que je remercie le premier. C’est sans doute la première fois qu’un roman envoyé par la poste est publié 7 mois plus tard dans une des plus grosses maison d’édition. Qu’un premier roman est invité à « Quai du polar », le festival international de Lyon, puis à Mulhouse, Annecy, Bonneville, Toulouse…

En un mois, depuis la sortie, j’ai eu les deux plus gros quotidiens Belges, le Parisien, Le monde, Nice matin, Corse Matin, Var Matin, La dépêche… et j’en oublie, un nombre incroyable d’articles de blogueurs, Bernard Morlino a fait un papier. Une radio. Et les retours ou ces papiers sont exceptionnellement positifs. Tous. Pas une exception. C’est vraiment impressionnant et je ne contrôle plus rien. Mais le plus exceptionnel, c’est que je n’avais jamais rêvé de ça. Je ne m’y attendait pas du tout. C’est ce que j’aime, dans la vie.

Tu participes à pas mal de salons actuellement, comment se passe le contact avec auteurs de polar et lecteurs ?

Pour ce qui me concerne, c’est le paradis. C’est ce que j’aime le plus. Rencontrer les lecteurs et parler avec eux. Pareil avec les autres auteurs. Mais surtout avec les lecteurs. C’est leurs sentiments qui m’intéresse. C’est ce qui me fait avancer. Leurs critiques, leurs avis, leurs sensations, les émotions qu’ils ont ressenties, surtout. J’essaye de les faire parler et moi-même, je livre les miennes facilement, alors ça aide et de fait, j’ai toujours de riches échanges avec les personnes que je rencontre.

A quoi doit-on s’attendre de ta part dans le futur ?

Le futur n’existe pas. Pour moi, seul l’instant compte et quand la seconde passée n’est déjà plus rien, la minute suivante, elle, est entre les mains du ciel. Nous verrons ce qui est écrit pour moi. Il est important que j’attende et observe ce qui va vraiment se passer avec La Faux Soyeuse. De cela, vont découler bien des choses, je pense.

J’écris, je travaille mon style, peaufine, cisèle. Je veux faire quelque chose de vraiment différent. Une pure fiction. J’aimerais renouveler le « Thriller ». Tu vois, mon truc, à moi, c’est pas les grandes phrases sur lesquelles il faut réfléchir, ni les intrigues compliquées, super bien ficelées. Non. Moi, j’aime que l’intrigue soit simple. Un grain de sable dans une petite vie tranquille et tout bascule. T’entraîne vers le fond.

Je veux que l’écriture soit belle et travaillée dans ses formes, forte et vraie. Pas des mots. La vie sur le papier. Une musique qui te prend et t’emmène. T’y peux rien, tu danses. Oui, mon message, c’est à travers l’émotion que je veux le faire passer. Tu vibres, et de cette vibration, de toutes ces émotions, sortira ta réflexion.

Ce blog est fait de mots et de sons. Quelle part prend la musique dans ton processus créatif ?

Elle fait tout. La ponctuation est ce qui est le plus important, pour moi. Ensuite, le nombre de syllabes des mots, la manière dont ils sont liés, le rythme de la phrase et le son qu’elle a. Il faut lire à voix haute. Ça doit sonner, merde, pulser, t’attraper et te balader, te secouer, et puis redescendre, te bercer, te faire rêver, t’adoucir, te faire penser et réfléchir, pour soudain t’arracher la tête, te la mettre sous l’eau, sans pitié, cruellement et encore, et encore… comme la vie.

Tu as le choix entre nous donner le mot de la fin ou ton dessert préféré…

Dans la vie, mes amis, tout est pour le meilleur. Toujours. Recevez avec le sourire les leçons de la vie et tirez en les leçons pour avancer encore, toujours plus loin, toujours plus haut. C’est ce que moi, j’ai appris.

Je te remercie pour l’intérêt que tu as montré pour ce livre.

 

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Catégories :Interviews littéraires

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33 réponses

  1. L’interview est à l’image de l’auteur : franche, directe, sans faux-semblant. Et cet amour de la vie qui transparait à chaque phrase, cette capacité à voir le meilleur dans le pire… chapeau !

  2. Waouhhh quel mec!!!! J’adore sa façon de voir les choses…j’aurai aimé le rencontrer à Lyon tiens.Je suis sous le charme de sa conception de la vie! Je suis fortement touchée par ces propos en tout cas! Son livre est sur le haut de ma liste…mais il va bien vite arriver sur le haut de ma PAL! Merci Divan pour ce moment intense!!!

  3. C’est très émouvant cet entretien. On sent que cet homme est entier. A la fois fragile et fort. Sombre et optimiste. Je suis très touchée.

  4. Eric est un mec en or, avec une plume du même métal. Nous avons débarqué ensemble dans le monde du polar et ça m’a aidé à m’y sentir à l’aise. j’étais sûr que sa rencontre avec Dominique et Yvan donnerait quelque chose de bien. Je crois que nous devons tous nous attendre à nous faire surprendre en beauté par son prochain roman. Pour moi ce n’est pas un auteur à suivre, mais un auteur à attendre. C’est moins Panurge et beaucoup plus grisant. L’attente n’est-elle pas la meilleure part plaisir?

    • c’est très bien dit Ian 😉
      L’attente et la surprise font grandement partie du plaisir, en effet.
      Bon, faut pas non plus qu’il nous fasse poireauter 10 ans, hein 😉
      Merci encore de m’avoir aiguillé vers ce livre et cette belle personne.

  5. C’est une très belle interview et le choix de ces mots est très poignant!!!Finalement je vais peut etre découvrir son ouvrage…Il n’y a que les imbéciles qi ne changent pas d’avis………

    • eheh, il est convainquant cet homme, parce qu’il est naturel, sans calcul.
      On le découvre tel qu’il est dans cet entretien, tout autant lumineux que son roman est sombre.

  6. Il n’y a pas d’ombre sans lumiére. Pour écrire des choses si sombres, ce type doit-être lumineux quelque part. Ou alors il a réinventé la lumière noire…

  7. Je comprends mieux. C’est un musicien, cela ne m’étonne pas, un artiste. Incorrigible optimiste, mais lucide, et oui. Un buvard, un bouffeur de vie, un curieux qui a toujours avancé, malgré les murs et les claques, au contraire, tout ce qui est pris est bon à prendre et (normalement) ne sera plus à prendre, comme il nous le fait comprendre. Quand on a l’âme romanesque et le goût d’écrire, c’est du pain béni, encore faut-il avoir les épaules* ; la volonté, l’intelligence qu’il faut beaucoup travailler, la passion, et la pugnacité. La pugnacité, ouais, et aussi, la passion. La preuve ; son superbe roman. Un style, une atmosphère, une vérité. Il se dévore, il brule, il caresse, il fait mal, il fait chaud au coeur, ( bref, il provoque des émotions), et il te laisse comme deux ronds de flan (bref, il fait réfléchir :-), « what else ? »
    Chapeau l’artiste !
     » Nous étions jeunes et larges d’épaules… » On the road again, again…

  8. Bhaaa, ma no, mon cher divan ( ho pardon), Yvan, j’en rajoute un peu et pas sûr que cela fasse plaisir à l’auteur, on préfère faire parler nos livres que que ce qu’on est, ça c’est sur. Mais j’ai des arguments pour Eric, il faut faire lire la Faux parce qu’il s’agit d’un nouveau style de polar français, une écriture, des histoires différentes, un renouveau que je défends et dont je me sens proche. Alors c’est vrai, j’insiste un peu sur l’auteur et le livre, mais si ça peut lui faire naitre des petits frères, et surtout des lecteurs 😉 Et merci pour les compliments, mais toi aussi t’en rajoute un peu, là, non ? T’es adorable ( tu vas me dire; adorable c’est mon deuxième prénom) 😉

  9. Le livre, je l’ai aimé, et l’auteur, et bien, je l’ai rencontré 😉

  10. Et adorable deuxième prénom, c’était pour toi ( avec tout ce que tu lis, tu fais semblant de mal comprendre une phrase de français, ttttttt)

  11. Avec ma chérie, on boit l’apéro là, sur le balcon avec le soleil bas, je pense que toi aussi, quelques verres avec Domi et voila, c’est ça qui t’hypnotise, malin va. Je vous bise, et bon WE.
    JOBI

  12. Bon ben, il ne me reste plus qu’à rencontrer l’auteur.
    Merci Yvan pour cet entretien passionnant.

  13. Voilà, j’ai commandé le livre ! Merde, ça me ferais mal de passer à côté ! Je félicite l’auteur pour avoir eu son roman publié aussi vite dans cette prestigieuse maison d’édition. Mais on m’a dit un jour (une personne très croyante), que le hasard n’existait pas. Que tout était prédestiné. Alors, qui sait ??

    En attendant, merci pour l’interview et il me tarde d’avoir le livre dans mes charmantes petites menottes innocentes ! 😉

    • tu es encore menottée ?? Je croyais que tu ne jouais à ça que le WE 😉
      Oh je suis impatient de lire tes mots concernant ce livre avec ton style inimitable !

      • J’ai les menottes toujours sur moi, ça pimente la vie sexuelle des vieux couples 😆 Et puis, tu sais, avec moi, ce n’est pas « sexy folie » uniquement le week-end… Non, mais !!

        Ils doivent me contacter pour me signaler lorsque la marchandise sera rentrée… et je pense que je vais me faire plaisir avec une petit dose de S.H en plus…

        Dis ainsi, ça ressemble fort à une sorte de trafic pas très net… En tout cas, j’ai adoré « les impliqués » et pareil avec « derrière la haine » 😉

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