Interview – 1 livre en 5 questions : Adieu demain de Michaël Mention

1 livre en 5 questions

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre. 5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

9782743627256

Ma chronique d’Adieu demain

Ce livre mélange réalité et fiction, peux-tu nous resituer le tout ?

Salut Yvan. Dès mes premiers bouquins, j’ai songé à écrire sur la peur, à mon sens l’un des thèmes les plus universels. Toutes les peurs, des phobies à l’angoisse de rater ses études, de décevoir les siens, de se prendre un « râteau » face à une fille…

Pendant dix ans, je me suis trimballé ce thème sans trouver l’angle d’attaque. Et j’ai écrit Sale temps pour le pays, la retranscription de l’enquête sur Peter Sutcliffe, « L’Éventreur du Yorkshire ». Je n’avais pas prévu d’y donner une suite, l’intrigue étant bouclée. Puis, un ami anglais m’a dit qu’en 2010, un autre tueur avait sévi à Bradford, Stephen Griffiths surnommé « Le Nouvel Éventreur ».

Je me suis renseigné sur lui, j’ai appris qu’il avait étudié la criminologie et s’était documenté sur les crimes de Sutcliffe (comme je l’avais fait) avant de tuer à son tour. En apprenant ça, j’ai ressenti un profond malaise : ça a été le déclencheur du récit ; le fait que certains puissent glisser de la curiosité envers le crime à la fascination. C’est comme si Stéphane Bourgoin, à force d’interviewer des serial-killers, se mettait à tuer !

Ça peut faire sourire (surtout quand on connaît la gentillesse de Stéphane) mais j’ai vraiment été terrifié… d’où ce thème de la peur que j’ai enfin pu aborder. Mais Adieu demain est aussi axé sur les apparences, ces « méchants » que les politiciens et les médias nous désignent en permanence.

J’ai l’impression que tu as voulu faire évoluer ton style depuis Sale temps pour le pays, tu me le confirmes ?

Quand on bosse avec un excellent éditeur comme Rivages, on progresse vite. J’ai peaufiné Sale temps pour le pays avec Jeanne Guyon, qui est vraiment au cœur du texte. Grâce à elle, j’ai pris conscience de pas mal de trucs dans mon écriture – facilités, tics – et c’est pourquoi j’étais plus mûr en attaquant la suite.

Et il y a les choses que tu sens tout seul. J’ai toujours eu beaucoup de choses à exprimer, mais l’enjeu est de transmettre un maximum sans être lourd. Mon « style » vient sans doute de là, cette volonté d’aller à l’essentiel. Adieu demain étant axé sur la psychologie des persos et le mécanisme de peur, je devais être efficace dans le verbe pour retranscrire la vivacité de l’esprit.

De plus, la manière dont la littérature est enseignée à l’école – et à travers elle, la notion d’écriture – m’a toujours semblé réductrice : cette idée que la phrase a le monopole du sens… Un mot isolé peut parfois être plus saisissant. Pour moi, un gamin violé, ce n’est pas « une injustice qui etc » mais une « horreur ».

Le roman est bien davantage qu’un polar. Il va très loin à la fois dans le traitement de l’actualité et dans l’approche psychologique des personnages (et de leurs névroses)…

Sale temps pour le pays avait été bien accueilli (à ma grande surprise, car je suis flippé de nature) mais avec des réserves concernant la psychologie. Certains lecteurs semblaient frustrés – « J’aimais bien Mark, j’aurais aimé en savoir plus sur lui ». Je n’avais pas davantage développé les persos car j’avais beaucoup à faire avec le contexte, l’intrigue, etc… Je craignais de trop en faire. La peur, encore…

Pour Adieu demain, l’objectif était de ne surtout pas écrire Sale temps pour le pays 2 (« Il revient, tatatin ! »). C’est pour ça que le bouquin est plus fictionnel, donc plus libre. Et puis, entre-temps, j’ai écrit Fils de Sam dont l’aspect interactif m’a conduit à explorer davantage cette voie.

En ce qui concerne l’actualité traitée, elle traduit ma passion pour l’Histoire. On entend souvent qu’aujourd’hui, il n’y a plus de conscience politique. C’est vrai (et nos politiciens ne font rien pour arranger ça) mais la raison, c’est qu’il n’y a plus de conscience historique. On vit une époque d’amnésie où les anciens escrocs comme Chirac – pour ne citer que lui – bénéficient aujourd’hui d’une bonne image et où les amis d’hier sont devenus des ennemis (Hussein, Kadhafi) … Quant à l’année 2001, elle a marqué une nouvelle ère : une sorte d’« An 1 de la peur » où, depuis, on ne cesse d’emmerder les musulmans.

Ce livre semble être ton roman le plus personnel…

Un bouquin, film, album est toujours personnel dès l’instant où l’on s’y implique. En ce sens, il y a du « Michaël » dans tout ce que j’ai écrit. Jusqu’ici, ce qui relevait de l’intime concernait des sujets ou amalgames qui m’irritent (comme « Tous les juifs sont ceci » et « Tous les allemands sont cela »).

Adieu demain traduit mon ras-le-bol actuel. Mais ce fatalisme ne m’empêche pas de déconner ni d’échanger. Je vais dire un truc con (attention !) mais on ne peut pas espérer toucher l’autre au plus profond sans se livrer soi-même. C’est pourquoi Adieu demain contient beaucoup d’éléments persos, de souvenirs d’école à un accident de plongée qui m’a bien fait flipper.

Et si tu veux tout savoir, dans le chapitre 3, les grosses araignées au-dessus du lit superposé, c’est l’élément le plus personnel. J’étais en colo, j’avais 4 ans et j’ai passé trois semaines à dormir au milieu du matelas en position fœtale, ni trop près ni trop loin de ces araignées. Un matin, je me suis levé et j’ai vu qu’’il en manquait une : j’ai bondi du lit à une vitesse supersonique… D’ailleurs, c’est marrant de voir que, trente ans plus tard, ce truc se retrouve dans l’un de mes bouquins.

La musique tient une part prépondérante dans ton récit. C’était important pour toi de fusionner ainsi les mots et les sons ?

Difficile d’expliquer ce qui relève du ressenti. La musique est essentielle pour moi et je peux difficilement écrire dans le silence. J’ai besoin qu’il se passe tout le temps quelque chose, de la voix de Robert Wyatt à un solo d’Angus Young.

Dans le bouquin, quand Peter découvre le portrait-robot du tueur, j’ai essayé de traduire l’impact d’une telle image sur la psychologie d’un enfant : c’est pour ça que j’ai mis The magician’s birthday avec ce duo survolté guitare-batterie. Ces instruments, je les vois comme les deux hémisphères d’un cerveau qui s’entrechoquent.

De plus, le récit s’étale sur une trentaine d’années, ce qui m’a permis d’évoquer divers genres musicaux. Depeche Mode, Muse, Nin Inch Nails … chacun de ces groupes a sa propre voix, sa perception de la réalité. Et puis, parler de Muse, ça prouve que je ne suis pas qu’un « vieux » de 34 ans enfermé dans les 70’s !

La musique a un extraordinaire pouvoir de connexion. Au « Festival Sans Nom » de Mulhouse, j’ai parlé avec une fan de Lynyrd Skynyrd. Je n’avais jamais vraiment écouté ce groupe alors, de retour à Paris, j’ai découvert leurs albums sur Deezer. Depuis, je « bloque » sur certains titres comme Free bird qui s’est ajouté à mon bouquin en cours. J’avais besoin d’un morceau pour exprimer l’indépendance d’un personnage dans un moment d’action, je l’ai trouvé (merci Ana !).

Publicités


Catégories :Interviews littéraires

Tags:, ,

15 réponses

  1. ça mériterait 5 questions de plus, non ?

  2. pourquoi ça fini si vite l’interview ?? Bon, j’en ai profité un max, j’ai fait trainer les choses, bu un café, un second… mais voilà, un interview qui donne envie de se jeter sur le livre direct ! Mais j’en ai tellement à lire « de suite » 😉 La pension, c’est pour quand ?? Et j’ai deux billets de retard, en plus 😛

  3. J’adore cet exercice en cinq question. L’obligation d’aller a l’essentiel.
    Comme tu le sais, Yvan j’adore Mickaël, et je le retrouve dans cette interview. Je retrouve c’est mots, sa proses, et ses interrogations.
    Alors merci à vous deux pour ce bon moments passé en votre compagnie. 🙂

    • merci toi, tu as toujours un mot gentil concernant cet exercice 😉 moi aussi j’aime ça, effectivement l’auteur peut aller à l’essentiel tout en se livrant, ce qu’a admirablement fait Michaël Mention

  4. Ta chronique m’avait emballé et j’ai acheté le livre direct mais cette interview me donne envie de le lire rapido…. Bon, j’avais un problème avec la couverture ( les araignées, je PEUX PAS !!!!!) 😦 mais maintenant que je sais que l’auteur a eu le même problème que moi au même âge ( cela date aussi de mes 4/5 ans, mais c’est pas passé, c’est physique , je PEUX PAS!!!!) je vais me plonger dedans avec l’appréhension de ce chapitre 3 (ou alors, je le saute … ;)…. )
    Désolée, le bouquin a été aussitôt recouvert , mais çà m’enpêchera pas de le lire…..
    Ah Yvan que ne me fais tu pas faire….. 🙂

    • il faut voir ça comme une excellente thérapie ;-). Plus sérieusement, je trouve ça fantastique de ta part, la plupart des gens ayant cette phobie n’auraient pas plongé dans cette lecture. on en reparle Muriel !

  5. J’ai adoré cet entretien.
    On sent la passion dans chacun des mots et si ta chronique ne m’avait pas déjà convaincue l’auteur a fini de le faire !

Rétroliens

  1. Récapitulatif des interviews 2014 | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  2. Regards croisés sur mon Top 30 des romans lus en 2014 – De la 10ème à la 6ème place | EmOtionS – Blog littéraire et musical

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :