Interview littéraire 2014 – Ayerdhal

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AVT_Ayerdhal_3403Ayerdhal est un auteur inclassable, ça tombe bien j’ai horreur de classer les choses (et encore moins les auteurs) dans des boites hermétiques.

Ayerdhal, c’est surtout une plume inimitable, un univers unique qui sait abolir les frontières des genres et des idées. Ça tombe bien, j’aime être chamboulé, remué, décentré et questionné lorsque je lis un roman.

Son dernier écrit en date, Bastards, est un pur chef d’oeuvre déjanté, à la croisée des chemins du thriller et du fantastique. Une lecture inoubliable ! 

Il était donc hors de question pour moi de ne pas soumettre Ayerdhal à la question ;-).

Ma chronique de Bastards

Question rituelle pour démarrer mes entretiens, peux-tu te définir en trois mots, juste trois ?

J’en suis incapable.

Quelques mots pour expliquer pourquoi tu es tombé dans la marmite « SF » étant petit ?

Même si la bibliothèque paternelle comptait de nombreux ouvrages dans tous les domaines littéraires, j’ai grandi dans la deuxième plus grosse collection de SF francophone. Je suppose que cela m’a quelque peu influencé…

Avec tes romans, tu prouves magistralement que l’on peut concilier roman d’action, réflexions profondes et écriture particulièrement travaillée…

Il faudrait être fou pour ne pas accepter le compliment.

Ton œuvre a lentement viré du domaine de la SF vers celui du thriller…

Je n’ai jamais cessé d’écrire de la SF ; simplement, cela ne se voit plus.

Tes romans sont de vrais divertissements, mais font également passer de nombreux messages. Te considères-tu comme un auteur engagé ?

La phrase que je cite le plus souvent est de Sartre : La fonction de l’écrivain est de faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne puisse s’en dire innocent.

Puisqu’elle résume l’essentiel de mes motivations d’écrivain, je suppose que cela fait de moi un auteur engagé… mais tous les auteurs le sont, même ceux qui l’ignorent. Il n’y a pas de silence plus éloquent que celui de l’écrivain.

1507-1Tu insistes, dans ton dernier roman Bastards, sur l’effet de l’âge sur notre capacité d’émerveillement. Tes thématiques peuvent être sérieuses, mais on sent tout de même toujours ton envie de t’amuser. Je me trompe ?

Il s’agit moins d’amusement, à mon sens, que d’un contrat tacite entre l’auteur et le lecteur.

Nous partageons le même monde et nous sommes confrontés aux mêmes réalités, dont beaucoup sont trop sérieuses pour n’être traitées qu’avec gravité. Alors je joue avec ces réalités qui nous polluent l’existence, parfois jusqu’aux larmes, parfois jusqu’au fou rire. Cela nous est indispensable à tous deux, si j’ose dire.

En outre, si je ne prenais plus de plaisir à pratiquer mon métier, j’en changerais, du moins j’essaierais (réalité oblige). Car, n’en déplaise à ceux qui s’efforcent de faire de nous des « écrivains du dimanche » (sous-entendant que nous devrions avoir un vrai boulot pour nous offrir l’écriture en hobby et, surtout, leur livrer gratuitement le fruit de notre travail), pour ceux qui en ont l’expertise et qui ont choisi d’en faire leur profession, auteur est un métier au même titre que n’importe quel autre.

Ton personnage d’écrivain dans Bastards collectionne des petites phrases jamais publiées (qu’il qualifie d’un peu absurdes), mais qui lui servent à travailler son inspiration. Un tel fichier existe-t-il également chez Ayerdhal ? 😉

Non, il existe seulement un dossier « projets » que j’ai cessé d’alimenter quand je me suis aperçu que je ne parviendrais jamais à écrire tout ce que j’avais envie d’écrire. Cela fait déjà deux décennies.

De temps en temps, toutefois, je note… pardon, je demande à Sara de noter une idée née d’une de nos discussions, puis nous oublions la note ou je l’égare dans le fouillis qu’est mon bureau.

Si je devais créer un fichier, ce serait pour emmagasiner les traits d’humour de nos amis.

Le thème sous-jacent de ce roman est aussi le syndrome de la page blanche de l’écrivain. Ton imagination semble sans limite, mais as-tu déjà souffert de ce syndrome ?

La page blanche, non. J’ai connu pire : la lassitude et la spirale dépressive. C’est ce qui explique le trou de six ans (2004-2010) dans mes parutions.

Tu es un vrai amoureux de la littérature, au point d’utiliser des écrivains réels en tant que personnages fictifs, comme dans ton dernier roman Bastards

Ayant choisi un écrivain comme personnage principal et ayant une vague idée des mœurs étranges et souvent consanguins de cette curiosité animale qu’est l’homo scribens, il m’était difficile de faire autrement.

Pour me faciliter le boulot, j’ai pioché parmi des plumes qui, d’une façon ou d’une autre, me sont proches.

Comme avec Rainbow warriors, ton nouveau roman a d’abord été publié en feuilleton numérique avant sa sortie papier. Quelle est ta position par rapport au numérique ?

Assise ou allongée, voire debout. C’est l’un des avantages du numérique : on peut lire dans n’importe quelle position, en plein soleil comme dans le noir.

Non, sans dec, on ne lit pas en numérique, on lit en français, ou dans la langue de son choix. L’outil numérique n’est qu’un outil et les appareils numériques ne sont que des supports, dont la plupart ont bien d’autres fonctions que la lecture.

Personnellement, je les trouve très pratiques. Je n’ai pas fait le compte, mais il y a de fortes chances pour que, depuis deux ans, je lise majoritairement sous format numérique.

Tu es un membre actif du collectif le Droit du Serf, quelques mots sur le but de ce collectif ?

Je vais faire sobre : le Droit du Serf est un collectif de réflexion et d’action créé en octobre 2000 pour faire respecter le droit des auteurs à jouir décemment de leurs œuvres, donc de leur travail, qui a été réactivé fin 2009 pour faire valoir ce droit dans la commercialisation numérique de leurs ouvrages.

Il regroupe aujourd’hui environ 1 300 personnes dont une majorité d’auteurs (écrivains, traducteurs, scénaristes, dessinateurs, illustrateurs, photographes), mais aussi d’autres acteurs du monde du livre (éditeurs indépendants, libraires, bibliothécaires, chroniqueurs, correcteurs et lecteurs).

Ce blog est fait de mots et de sons. Quelle part prend la musique dans ton processus créatif ?

Le seul dont j’ai conscience est celui qui m’amène parfois à sélectionner ce que j’écoute en fonction de ce que je souhaite écrire.

Tu as le choix entre nous donner le mot de la fin ou ton dessert préféré…

Comme la fin ne justifie rien, jamais (auto-citation éhontée) et que je ne suis pas un fan de dessert, disons un vieil armagnac et, de préférence, une Ténarèze.

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Catégories :Interviews littéraires

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28 réponses

  1. Excellente interview Gruz.
    C’est un réel plaisir de découvrir grâce à toi, le côté « humain » d’Ayerdhal. Des réponses comme je les aime, franches, proches de la réalité et surtout, sans grosse tête.
    J’ai hâte de lire son nouveau roman.
    Merci

  2. Et bien voilà comment découvrir un auteur dont on ne connaissait rien, ou presque… une bonne action pour lui et pour moi (je sens que je vais me pencher un peu plus sur sa prose).

    C’est magique, en tout cas, sans grosse tête, sans se la péter, en toute simplicité, j’adore !!! 😉

  3. Et bien…on peut dire que cet auteur me plait beaucoup!!! J’adore son côté cash!!!! J’ai de plus en plus envie de faire connaissance avec son univers…

  4. bon ben me reste plus qu’à lire son dernier bouquin, l’auteur est un personnage à lui tout seul !

    • Absolument ptit mulot 😉 Sans concession, d’une accessibilité totale, et totalement cash.
      Dans deux jours, je publierai une interview thématique sur son dernier livre, tu constateras la même chose 😉
      Moi, j’adore ça !

  5. Super interview, pas simple ni très coopératif dans ses réponses l’Ayerdhal. ^^ Il paraît cinglant et direct, c’est marrant.

  6. Je ne connaissais ni l’auteur ni son oeuvre. Après cette brillante interview, Yvan, je n’aurai aucune excuse pour ne pas aller plus avant dans la découverte de son univers.

  7. Ah comme tu me fais plaisir mon Yvan.
    Cette interview d’Ayerdal est un vrai régal et derrière chaque mot de l’auteur il y a un monde qui s’ouvre, comme dans ces romans.
    J’aime son coté réservé, il laisse transpirer toute l’humanité de l’homme qui se cache derrière l’écrivain.
    Belle entrevue, messieurs. Et grand merci à vous deux.

    • Je savais que tu apprécierai ma chère Geneviève ;-). J’ai pensé à toi en réalisant cette interview.
      Quant à ton commentaire, tu dis tout, rien à rajouter à part merci 😉

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