Bastards – Ayerdhal

chronique littéraire

4° de couverture

1507-1À court d’inspiration, l’écrivain new-yorkais Alexander Byrd se lance à la recherche de Cat-Oldie, une vieille dame qui s’est débarrassée de trois agresseurs avec un outil de jardin et l’aide d’un chat.

Sa quête se transforme en véritable investigation qui ravive une guerre entre services spéciaux impliquant la mystérieuse ancêtre. Elle l’amène aussi à croiser le chemin de femmes aussi félines que fatales et à requérir l’assistance de Colum McCann, Norman Spinrad, Jerome Charyn…

Mon ressenti

Comment cataloguer ce roman ?

Un hybride ? Définition : l’hybride est un organisme issu du croisement de deux individus ou de genres différents. Un composé d’éléments de différentes natures.

Une chimère ? Définition : être ou objet fantastique composé de parties disparates.

Ces définitions ne sont pas fausses, mais pourquoi vouloir absolument cataloguer un tel roman ?

Ce serait forcément réducteur. Car ce roman est définitivement un thriller, indubitablement un roman fantastique, également une véritable quête initiatique d’un auteur à succès atteint du syndrome de la page blanche, tout autant une parabole sur la fonction de l’artiste, clairement un roman d’action, incontestablement une belle réflexion sur notre société actuelle…

Cette lecture est une expérience assez unique, du genre qui vous reste en mémoire ; fantôme qui hante votre esprit lorsque le livre est posé sur votre table de chevet.

522 pages touffues. Un roman foisonnant de créativité, regorgeant d’idées, pullulant d’imagination. Le tout mis en mots par une écriture d’une richesse rare. Une plume très travaillée, belle, addictive, protéiforme. Poétique à certains moments, sèche et dynamique à d’autres. Une qualité narrative très au-dessus du lot.

Je pourrais vous lancer quelques ingrédients du roman à la volée et vous demander d’imaginer. Mais ce serait peine perdue, vous seriez loin d’entrevoir l’étendue de ce récit.

Une histoire d’écrivain en panne d’inspiration donc, mais surtout une histoire de femmes, personnages forts. Une histoire de chats aussi. Très important, le rôle des chats dans cette histoire !

Un écrivain qui se retrouve à mener l’enquête sur de sombres homicides perpétrés par une vieille dame en état de légitime défense, aidée par son matou. Un pitch de départ original (et ce n’est rien par rapport à la suite).

Une histoire qui mêle fiction et réalité, avec l’idée de génie (une parmi d’autres) d’intégrer des écrivains existants à l’intrigue. Des auteurs américains renommés qui se retrouvent directement à participer à cette enquête hors norme : Norman Spinrad, Jerome Charyn, Paul Auster et d’autres encore…

Un récit très moderne et pourtant profondément ancré dans la mythologie. Tout le paradoxe du roman est là. A me lire, on pourrait imaginer se retrouver confronté à un vaste bazar et pourtant ce livre est tout sauf désordonné.

Les chats ne font pas des chiens, c’est de l’Ayerdhal tout craché ! Le récit est construit à la perfection, millimétré tout en laissant la possibilité à sa prose de respirer. Initialement publié en feuilletons numériques, on sent que l’édifice a été échafaudé avec minutie.

On retrouve dans cette fiction les ingrédients chers à l’auteur. Une dénonciation (toute en finesse) des travers de notre société de consommation, des institutions et des milieux de pouvoir (CIA, bourse…). Un récit documenté, où la technologie tient une place importante, où l’action côtoie l’émotion et qui est aussi un chant d’amour d’un français à la ville de New York.

Pour plagier la métaphore de l’auteur dans ce roman, Ayerdhal est un peintre qui sait manier l’entièreté de sa palette avec un immense talent. Une palette d’une rare étendue, une explosion de couleurs, d’émotions, de nuances. Ayerdhal doit être un peu magicien quelque part.

Ce roman n’est pas qu’un banal roman, c’est une vraie expérience littéraire, métissée, composite. Un panaché explosif inoubliable. Vous voilà prévenus.

Pour terminer, un mot sur l’édition papier et le travail magnifique réalisé par l’éditeur Au diable vauvert (comme à son habitude) : couverture magnifique, en relief, présentation haut de gamme et le petit détail qui fait la différence, le logo de l’éditeur (le diable) transformé en petit chat avec une queue de diablotin. Une petite idée tout simplement géniale 😉

Sortie : 20 février 2014

Éditeur : Au Diable Vauvert

Notes (sur 5) :

Originalité de l’intrigue : ♥♥♥

Profondeur de l’histoire : ♥♥♥ 

Psychologie des personnages : ♥♥♥♥

Qualité de l’écriture : ♥♥♥♥

Émotion : ♥♥♥

Note générale : ♥♥♥♥

Quelques citations :

  • (Suite à une explosion, le quartier grouille de journalistes et de curieux)

Jérôme a toujours été effaré par l’exhibitionnisme des dealers de sensations et par le voyeurisme des accros à la catastrophe. Les uns vendent de la poudre de drame synthétique que les autres s’enfilent via leur tube cathodique ou leur seringue à plasma. On montre des images qui ne montrent rien, on débite au conditionnel des histoires qu’on modifie au fil des communiqués officiels, on pisse à la ligne des avis qui n’avisent personne, on diffuse de l’insinuation à grand renfort de témoignages qu’on sélectionne en fonction de l’indice d’écoute.

  • Il y avait avant, il y a maintenant et il y aura après. Avant n’est plus un poids, maintenant est une transition, après est un choix. 
  • Tous les artistes ont en eux le pouvoir de révéler les mondes derrière les mondes, d’abattre les murs qui limitent les horizons, de briser le miroir dans lequel ne se reflète que l’ignorance. 
  • Sans s’éroder vraiment, il arrive un âge où l’émerveillement ne s’exprime plus que par bouffées, souvent provoqué par la simple lassitude des banalités. Il suffit d’une couleur un peu vive dans un décor blafard, d’un rire cristallin dans le métro du petit matin, d’un geste qui prend l’indifférence à contre-pied, d’une parole qui de reflète aucun prêt-à-penser. Avoir l’œil et l’oreille est un avantage, entretenir un minimum d’espièglerie un atout maître. Il n’est pas inutile aussi de posséder l’imagination vagabonde. 

Publicités


Catégories :Littérature, Livre : les incontournables

Tags:, , ,

47 réponses

  1. je ne connais pas mais du coup bien envie d y jeter un oeil (mais pas de suite … j ai promis ^^)

  2. Nul doute qu’avec un billet comme cela, je vais le lire très prochainement. Tu as fait fort, c’est trop tentant ! Amitiés

    • Très curieux d’avoir un avis de toi sur un tel roman, c’est assez éloigné de tes lectures habituelles (ce qui m’intéresse d’autant plus dans ton éventuel futur avis) 😉

  3. Bon ben moi j’étais déjà converti, je le récupère aujourd’hui, et enfin je l’englouti, car tu le sais déjà j’adore cet auteur. Et ces ovnis sont autant de mots d’amour qu’il adresse à l’humanité. car il porte un regard lucide sur notre société. Cette société que l’on aimerai moins individualiste, moins consumériste, moins imprégnée d’intégrisme de tous poils. Enfin bref, plus tolérante, plus ouverte à la différence, plus humaine quoi.

  4. Et bien là, pour ne ps craquer, cela va être dur… il n’aurait pas fallu lire cette chronique emportée, je l’avais déjà mis dans un coin de ma tête mais maintenant, il prend une place grandissante et quand on voit tous ces petits coeurs qui s’allument en note maximale, il n’y a plus qu’une solution… se le procurer au plus vite et trouver un moment pour découvrir cette merveille … et puis moi et les chats c’est une grande histoire d’amour ( il y en a 7 à la maison… là j’en ai une sur les genoux, un sur le bord du bureau qui surveille l’écran, ) alors, je me sens vraiment obligée… :p

  5. Je n’aurai qu’un mot à dire « espèce de scrogneugneu de fichu tentateur de bachi-bouzouk à la sauce moutarde, une espèce de bande de moules à gaufre d’ectoplasme ». Ça va mieux en le disant… 😉

    Mon crédit « temps pour lire » est épuisé, je n’ai plus de temps !! bhouhouhouhou… je note quand même, mais je me souviendrai, si un jour ma route croise la tienne, que je dois te coller un sérieux coup de pied dans le fondement !!! 👿 Non mais !

    Excellente chronique, pour mon malheur… 😦

  6. Il est dans ma PAL, mais en lisant ta chronique et en regardant tes notes, je sens qu’il va passer en première position.

  7. Et hop un de plus à traquer avant de l’emprisonner dans la PàL, merci qui ?

  8. Bonsoir,
    Friande de polars que je lis en ce moment en mode accroc, je ne les commente pas sur mon blog. J’y ai vu dans les commentaires des personnues lues sporadiquement et d’excellentes références pour moi. C’est subjectif 🙂
    Ce roman je l’ajoute dans ma liste. Avec un tel pitch, c’est très attirant et surtout convaincant.
    Merci.
    Geneviève

  9. une de mes toutes prochaines lectures, je reviendrai lire ton billet.
    en survolant, j’ai vu des petits cœurs en grand nombre !

  10. Bon…ben…je dois avouer que … enfin…non…plutôt…que…bon…je ne sais comment te dire….que…ben…en fait…après réflexion….et après avoir relu…3 fois ta chronique…il m’est très difficile de dire NON!!! Oui…une fois de plus…je craaaaaaaaaaaaaaaaque et c’est entièrement de ta faute!!!grrrrrrrrrrrrrrrrrr……

  11. Je suis venu, je t’ai lu et je suis convaincu… Une petite place chez moi pour les Bastards, prochainement… Je te le redis une fois encore Yvan, tu es un sacré bon vendeur… 🙂

  12. Tu as fait une chronique magnifique! J’adore quand tu es inspiré et transporté comme ça et que tu as de tels coups de cœur!
    J’ai été très interpellée par l’interview de l’auteur et tu te doutes bien que ton avis vient de me séduire encore plus.
    Quel talent!

  13. Un billet comme ça, ça excite la curiosité. Forcement. Un de plus dans la liste…

Rétroliens

  1. Interview littéraire 2014 – Ayerdhal | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  2. Interview – 1 livre en 5 questions : Bastards de Ayerdhal | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  3. Imaginales 2014, 24 mai 2014 – Compte-rendu | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  4. Sorties 2014 – Récapitulatif des chroniques littéraires | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  5. Regards croisés sur mon Top 30 des romans lus en 2014 – De la 5ème à la 3ème place | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  6. Ayerdhal, l’immortel | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  7. Interview – 1 livre en 5 questions : Bastards de Ayerdhal – EmOtionS – Blog littéraire et musical

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :