Interview littéraire 2014 – Maud Mayeras

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maudLire Reflex, le roman de Maud Mayreras paru en octobre 2013, a été un véritable choc pour moi, le genre de choc dont on ne se remet jamais tout à fait.

Pas juste une simple lecture, mais une expérience de vie, tant d’émotions entremêlées que j’ai eu l’impression que j’allais imploser. Ce roman noir est d’une puissance rarement égalée, d’une force narrative et émotionnelle si étonnante et si déstabilisante qu’on en reste bouche bée.

Il fallait que je découvre une partie du visage de l’auteure derrière ce texte qui restera longtemps l’une de mes plus belles expériences de lecteur.

Je ne suis pas déçu, Maud Mayeras est cash, directe et sensible à l’image de ses écrits. Un entretien passionnant et extrêmement touchant, un nouveau moment magique par une auteure devenue absolument incontournable. INDISPENSABLE !

Ma chronique de Reflex

L’entretien

Question rituelle pour démarrer mes entretiens, pouvez-vous vous définir en trois mots, juste trois ?

Agoraphobe. Musicophile. Gamine.

Vous avez un style d’écriture vraiment caractéristique, comment le définiriez-vous ?

Il est très difficile de prendre du recul sur son propre travail… Je dirais que je laisse aller les mots au moment où je ressens les choses. Je n’écris pas comme je parle, mais comme je sens. Il s’agit de cela, je crois. J’essaie de poser un minimum de barrières entre le sensoriel et l’écrit. Au final, le style en ressort plutôt brut, simple, direct. J’aime les phrases courtes.

Mais, je n’ai pas inventé ce style ! Je crois que je l’ai découvert en lisant Boston Teran. Alors j’ai compris qu’on pouvait aussi s’exprimer sans ornements et sans chichis.

Votre premier roman « Hématome » est sorti en 2006, le second « Reflex » en 2013, pourquoi un si long moment de silence ?

Derrière cette question se cache le tabou de tous les écrivains, débutants ou confirmés. L’angoisse de la page blanche. L’écran qui reste vide, et la tête avec. Toutes ces idées que l’on jette, se dire que l’aventure est terminée, que ça ne recommencera jamais. Voilà pourquoi le silence s’est fait si long.

Et j’ai rencontré Fred, l’homme qui partage ma vie, qui m’a passé la bague au doigt, qui m’a bousculée, remuée, posé les bonnes questions, encouragée, projetée en avant. Enceinte, l’inspiration est revenue tranquillement. Notre fils est né, et avec lui un nouveau rythme de vie plus ciselé. L’urgence m’a motivée et j’ai retrouvé des moments pour écrire enfin. L’urgence rend efficace !

reflex_maud_covQualifier « Reflex » simplement de thriller, ce serait sacrément réducteur, non ?

Encore une fois, dur de se positionner face à son propre travail. On (des lecteurs, des blogueurs, des libraires) m’a soutenu plusieurs fois que Reflex n’était définitivement pas un thriller. Je ne saurais donner une définition valable à ce mot, je ne sais pas ce que l’on peut cacher derrière. “Page-turner” ?, “Enquête policière” ?, “Roman à suspense” ?… Je n’en sais rien.

On m’a dit que Reflex tenait peut-être plus du roman noir, un roman noir qui flirterait avec la littérature blanche. C’est un compliment profondément touchant. Alors je décide de garder cette définition-là.

La structure de « Reflex » est magistrale, souvent innovante. Quelle est la part de construction préalable et de feeling ?

Merci beaucoup !… mais je ne suis pas convaincue que la structure soit vraiment innovante. Beaucoup d’autres avant moi ont utilisé le procédé d’histoires “parallèles”, ainsi que celui de récits “croisés”. Kellerman avec “Les Visages” l’a fait de façon extraordinaire. King le fait régulièrement dans la construction de ses personnages qu’il façonne au millimètre. Des films aussi, Collision, Traffic… C’est plus un travail de… “digestion d’influences”.

Pour la construction, elle a été plutôt longue pour Reflex, intéressant travail d’équipe avec mon cher et tendre, à lui soumettre une idée à 7h00 du matin, à ravaler mon ego, à baliser une trame que j’ai du modifier une bonne quinzaine de fois.

La construction des bases d’abord, donc, puis le feeling quand l’écriture a été lancée, je découvrais certain personnages en les décrivant. Certaines de leurs manies, de leurs secrets. J’ai besoin de cette part d’inconnu, sinon, il y aurait probablement un peu d’ennui.

Les relations parents / enfants sont au centre de ce nouveau roman. Est-ce une façon de coucher sur le papier vos angoisses en tant que jeune maman ?

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Totalement. J’ai commencé Reflex lorsque j’étais enceinte, je me posais mille questions, j’étais terrorisée. La peur est apparemment une source d’inspiration intarissable…

Avoir un enfant a fait basculer toutes mes convictions. Quoi que l’on pense être vraiment avant d’être parents vole forcément en éclats une fois qu’on le devient. J’avais effectivement besoin d’exorciser beaucoup d’angoisses, de névroses. Mais si je vous dis que Reflex a été une thérapie, je risque d’avoir quelques problèmes !

Comment ressort-on d’une histoire aussi forte en tant qu’écrivain ?

Épuisé ! On donne beaucoup de soi, on n’est jamais sûr d’arriver un jour au bout, on doute, on s’y remet, on s’attache aussi à ces personnages qui font finalement un peu partie de notre quotidien (thérapie, vous avez dit thérapie ?).

On a beaucoup de mal à leur lâcher la main. J’ai aimé Iris, évidemment pas comme si elle était réelle, mais comme une amie imaginaire, qu’on voudrait protéger du monde, du mal. Bon j’appelle un psychiatre.

Vous êtes bien présente sur les réseaux sociaux, est-ce important pour vous de rester proche des lecteurs, ou alors est-ce une addiction ? 😉

Le contact avec les lecteurs est très important, leurs commentaires, leurs critiques, leurs mots spontanés me permettent d’avancer, d’améliorer mes tares, de me remettre en question de façon plus directe.

Concernant mon addiction : touchée. Je fais partie de réseaux sociaux depuis mes 14 ans. Si vous avez l’audace de faire le calcul, vous comprendrez que j’ai commencé avec le minitel (aïe, mes rides). Je n’ai jamais lâché depuis.

J’ai, en fait, une peur assez incontrôlable du monde en général, timide maladive, agoraphobe invétérée. Du coup, j’ai besoin de compenser en privilégiant les connaissances “virtuelles”. Je reste en contact avec quelques personnes depuis la naissance des réseaux sociaux sur la toile (Mirc, Libertysurf, Caramail, tous ces noms que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître).

Avez-vous prévu de rencontrer le public au cours de cette année 2014 ?

Oui, une dizaine de dates sont déjà prévues pour le premier semestre 2014, un peu partout en France!

Et le prochain projet, vous avez déjà quelques idées dessus ?

Plein. (Sourire narquois).

Dernièrement, Gérard Collard a lancé un véritable cri du cœur concernant votre roman. Comment réagit-on à un tel message d’amour livresque ?

On crie aussi. Pour être honnête, quand le manitou Gérard Collard en a parlé à l’émission “C’est à Vous” sur France 5, j’avais les mains dans la peinture et des bouts de scotch de masquage accrochés au pantalon. On me l’a annoncé par téléphone, et je ne me rappelle plus très bien ce qui s’est passé ensuite. J’ai dû danser.

Et puis il y a eu le journal de la Santé, les coups de cœur des Libraires sur LCI, et une chronique sur France Info. Quand Mister Collard flashe sur un roman, il inonde les médias, et pour moi, c’était absolument surréaliste. Je n’y ai pas cru, et je n’y crois toujours pas. C’est un rêve, et je n’ai pas vraiment envie qu’on me pince.

Vous adorez également  l’image et vous vous êtes amusé récemment à proposer une affiche virtuelle de « Reflex », adaptée au cinéma par David Fincher ;-). Le cinéma, un rêve ?

Cette affiche est née d’une blague avec mon cher et tendre. Je suis une fan absolue de Gillian Flynn, et j’ai joué la jalouse en apprenant que son dernier opus allait être adapté par Fincher. Fred a alors transformé Charlotte Gainsbourg en Iris Baudry. J’ai conservé l’affiche.

Sans rire, le cinéma serait le summum du rêve, la cerise de trois kilos sur un gâteau déjà plein de crème. L’extase.

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L’affiche virtuelle en question. Un simple délire ou un rêve prémonitoire 😉

Ce blog est fait de mots et de sons. Quelle part prend la musique dans votre processus créatif ? (Reflex s’achève par une longue liste de morceaux en forme de bande originale)

La musique n’est pas importante que dans la création, elle est nécessaire au quotidien. Je ne mets pas un pied dehors sans mon casque vissé sur les oreilles. Je n’envisage pas une journée sans musique.

Après l’écoute est assez variée, j’essaie d’être curieuse d’à peu près tout, même si les genres qui me font vibrer sont récurrents. La musique alternative, la cold-wave, tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à la culture Redneck. La France en a aussi dans les tiroirs, mais mon coeur penche encore toujours un peu plus pour les notes anglaises.

Vous avez le choix entre nous donner le mot de la fin ou votre dessert préféré…

Je ne suis pas franchement douée pour les adieux, alors parlons pâtisserie. Le souci (et ma balance en est la principale affectée) est que je n’arrive jamais à me décider. Allez, s’il ne fallait en choisir qu’un… ce serait le Mondain, spécialité de Limoges (chauvine, moi ?), gâteau au chocolat et à la crème au beurre, fourré meringue, ou massepain pour les puristes. Copeaux de chocolat, sucre glace. Du sucre, du gras, la vie.

Reflex – Editions Anne Carrière (octobre 2013)

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Catégories :Interviews littéraires

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39 réponses

  1. J’aime beaucoup les mots de Maud. Merci Yvan 🙂

  2. Waouhhh….cette femme est tout simplement fascinante!!! Quelle humilité…quelle sincérité et quelle simplicité….tout ce que j’adore!!! Beaucoup d’émotions à travers ses réponses…et un vrai plaisir pour moi de la lire!! Merci Yvan pour ce moment!!! Merci Maud d’être Toi!

  3. Une Maud Mayeras comme on l’imagine, enfin comme je me l’imagine. Bravo pour cette entrevue touchante cher Yvan. Merci de nous faire entrer un peu dans l’intimité de cet auteur atypique. Et on la sens à la fois forte mais tellement fragile. Magnifique portrait.
    Et c’est pas le premier que le grand manitou comme elle l’appelle la met en avant. La griffe noire avait déjà aimé « hématome ». Et Maud avait fait un passage éclair à Saint Maur en poche il y a quelques année. Pour la petite histoire, c’est Laura Sadowski qui me l’a fait découvrir. Et oui j’ai failli passer à coté de son premier roman, alors j’ai eu la chance d’aller à sa rencontre. Mais j’étais bien plus timide à l’époque et Maud aussi……

  4. C’est toujours un dialogue très bien orchestré que tu nous proposes Yvan. Il nous fait découvrir une facette de Maud que nous ne connaissions pas encore assez bien….mais ça va venir, c’est certain !
    Merci à vous deux.

  5. J’en ai marre …de tes superbes interviews ! Je ne connaissais po Maud Mayeras…et à cause de toi…Yvan…je vais encore dépenser des euros en février…parce-que d’un coup…(je soupçonne que tu le fais exprès…non ?) tu soulèves de la curiosité chez moi ! Mais bon sang…Yvan…quand vas-tu enfin être responsable des envies que tu déclenches ? ^^

  6. Déjà, avec ta chronique, tu m’avais donné envie (la preuve, j’ai couru acheter le bouquin), mais là , du coup, je vais m’y mettre dare dare…. Car la Dame a une personnalité simple, cash.. tout ce que j’aime….
    Donc, je file bosser et dès mon retour , je m’y mets..( et oui, il est déjà prêt , vu que j’ai fini Dossier 64 hier soir, çà tombe super bien, alors), je l’avais déjà mis sur ma table… Il n’attends plus que moi…
    Hâte vraiment de vivre une expérience qui devrait me laisser des traces…

  7. Une fois de plus, je ne vais pas briller par mon originalité mais encore un entretien passionnant !

  8. Très bel entretien Yvan, et Maud Mayeras est une auteure vraiment très intéressante, sans chichis… Avant de m’attaquer à Reflex, je vais lire Hématome que j’avais en bibliothèque, afin d’accompagner au plus près son parcours.
    .

  9. J’ai lu Hématome à sa sortie il y a quelques années et j’attendai Reflex avec impatience.Cet auteur est un sacré personnage et une femme formidable!

  10. Bon… Puisque c’est ainsi, je ne savais pas quoi lire, un peu à la manière d’une femme qui regarde sa garde-robe surchargée de vêtements et qui dit qu’elle n’a rien à se mettre… Ok, je prends « Reflex » et qu’on me foutasse la paix durant ma lecture parce que je veux savourer ce roman blanc qui flirte avec la littérature noire… Quoi ?? Comment ça « t’as rien compris » ? 😀

    Je viens de finir une lecture éclair (au chocolat) de « A.O.C (Assassinats d’Origine Contrôlée) » qui fut rapide parce que les cent premières pages étaient somnifériques (néologisme offert) et que j’en ai sauté… Alors, pour me faire une putain de bonne lecture, je vais me faire le livre de madame Mayeras ! 😉

    P’tet que je vais ressentir un orgasme littéraire… 🙄

    Merci Yvan de nous l’avoir fait découvrir et pour une fois, tu n’es pas responsable de mon achat, mais c’est à Foumette que je le devrai 😉

    Mes amitiés à l’auteur qui m’a enchanté avec ce petit interview.

  11. Encore une fois je me suis régalée en lisant cette interview ! Je ne sais même plus tout ce que voulais dire tant des éléments se sont ajoutés à la lecture : dans le désordre : le roman noir qui flirte avec la littérature blanche, oh qu’elle dit bien ça cette auteure : rien qu’aveccela, j’ai déjà envie de la lire ! Puis les 3 mots pour se décrire, … tellement savoureux… sans aucun intellectualisme, juste du naturel, qui sonne tellement vrai ❤ Et enfin (enfin, j'avais encore plein de choses à dire mais il semblerait que ma mémoire ne comporte que 3 tiroirs sur les 7 disponibles, ce soir), cette affiche home-made, private joke avec le compagnon… Ooohh que je suis fan (de Gainsbourg aussi. Et de Fincher!).
    Merci une nouvelle fois de nous rendre les auteurs si accessibles, Yvan !
    Cajou

    • On s’en tape dans quel ordre te viennent tes commentaires, ils me touchent particulièrement ;-). Tu es tombée dans le filet de Mayeras, tu ne vas pas pouvoir t’en défaire facilement 😉

  12. À ma première lecture du livre de Maud, j’ai battu un record : jamais je n’avais poussé autant de « oh putain ! » en lisant un livre. Je lisais, je refermais le livre, je disais « oh putain ! », je reprenais la lecture, et rebelote ! La claque comme rarement un roman m’a chamboulé. Je crois que la dernière fois, c’était avec Robert Goolrick. Yvan, c’est un auteur qu’il va te falloir également découvrir, je sais (je parie même) qu’il ne te laissera pas insensible.

    • vu que nous avons eu exactement la même réaction en lisant le livre de Maud (qui ne me sort pas de ma tête, un putain de chef d’oeuvre), je ne peux que t’écouter attentivement quand tu me parles de Goolrick !
      Merci pour ce p… de commentaire 😉

  13. J’adore!!! Elle me plaît!!! Et je viens de recevoir Reflex!!! Y’a plus qu’à!!! 😀

  14. Merci pour l’interview, très plaisante à lire. J’aime cette simplicité.
    Et c’est vrai que Charlotte Gainsbourg serait parfaite dans le rôle d’Iris Baudry. 🙂

Rétroliens

  1. Maud Mayeras – Reflex | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  2. Interview de blogueur 2014 – 4deCouv | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  3. Récapitulatif des interviews – Janvier / Mars 2014 | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  4. Récapitulatif des interviews 2014 | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  5. Regards croisés sur mon Top 30 des romans lusen 2014 – 2ème et 1ère place | EmOtionS – Blog littéraire et musical

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