Ian Manook – Yeruldelgger

chronique littéraire

4° de couverture

liv-4063-yeruldelggerLe corps enfoui d’une enfant, découvert dans la steppe par des nomades mongols, réveille chez le commissaire Yeruldelgger le cauchemar de l’assassinat jamais élucidé de sa propre fille.

Peu à peu, ce qui pourrait lier ces deux crimes avec d’autres plus atroces encore, va le forcer à affronter la terrible vérité.

Il n’y a pas que les tombes qui soient sauvages en Mongolie. Pour certains hommes, le trafic des précieuses « terres rares » vaut largement le prix de plusieurs vies. Innocentes ou pas.

Mon avis

L’avenir du polar français passe t-il par un élargissement des ses frontières ? Après Caryl Férey ou Olivier Truc (« Le Dernier lapon »), voici venir Ian Manook et son étonnant roman se déroulant en Mongolie.

Si l’esprit voyageur de Manook le rapproche de ses condisciples cités plus haut, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il impose sa patte et sa griffe dès ce premier polar (il a publié des autres bouquins, dans d’autres styles, sous d’autres pseudonymes).

Car Yeruldelgger est une véritable et magistrale claque, de celles qu’on ne prend que rarement (et encore moins de la part d’une nouvelle voix).

Ce roman, d’une richesse rare, vous plongera au plus profond de la Mongolie d’aujourd’hui, un pays qui se modernise mais où les traditions sont ancrées, consciemment ou non, dans chacun de ses habitants. Un voyage totalement dépaysant, loin de beaucoup de nos certitudes occidentales.

Concernant le contexte, Manook fait très fort : non content de décrire finement le paysage et la société de ce lointain pays, il nous plonge au plus profond de l’âme de ses habitants.

Une richesse immense, mise intelligemment en perspective. L’exemple le plus frappant étant la méconnaissance de la population locale concernant la Shoah, mise en parallèle avec notre propre méconnaissance des massacres perpétrés par millions à travers les âges dans cette région du globe.

Sous ce titre étrange, se cache le nom du personnage principal, impressionnant, atypique et d’une étonnante densité. Un personnage meurtri par son passé et en quête identitaire. Mais se focaliser sur lui serait faire injure aux personnages « secondaires » de cette intrigue, tous plus profonds et étonnants les uns que les autres.

Le tout est mis en mots et en images avec maestria par l’auteur, grâce à son style très riche et expressif. Tantôt cynique ou poétique, tantôt drôle ou cinglant, ce roman est une claque tant dans la forme que dans le fond.

Quant à l’intrique, on en ressort secoué et marqué au fer rouge. On s’attache aux personnages et Manook nous les malmène rudement. On s’accroche à cette histoire digne des meilleurs polars, on se prend des uppercuts au foie lors de passages d’une rare violence, on s’extasie devant la richesse de cette intrigue sans aucun temps mort, passant de surprises en surprises à chaque chapitre sans qu’il ne soit jamais possible d’anticiper ce qui va nous tomber sur la tête.

Bref une expérience de lecture qui nous ouvre l’esprit, nous chahute au plus profond et nous tord les tripes. Tout ce qui, pour moi, fait un grand, un très grand roman noir.

Éblouissant et inattendu, noir et touchant, éprouvant et intelligent, original et dépaysant, avec ce roman Manook s’impose dès son arrivée dans le milieu du polar comme un Khan. Ne passez pas à côté de ce qui est, pour moi, l’un des tous meilleurs romans de l’année. 

Sortie : octobre 2013

Originalité de l’intrigue : ♥♥♥

Profondeur de l’histoire : ♥♥♥

Qualité de l’écriture : ♥♥♥

Émotion : ♥♥♥

Note générale : ♥♥♥

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Catégories :Littérature, Livre : les incontournables

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76 réponses

  1. Whaou. C’est exactement cela. Tu as transcris mon ressenti avec brio. J’ai plus rien à rajouter et c’est assez rare pour le souligner.
    Bravo et encore bravo pour cette magnifique chronique qui rend parfaitement hommage à ce magnifique titre. J’espère que comme à ton habitude tu vas en faire craquer plus d’un. Hum que la tentation a du bon.

    • Je l’espère, tellement j’ai plongé corps et âme dans ce bouquin. Content qu’on soit du même avis 🙂

    • Salut « Collectif ». Merci pour ce commentaire élogieux, pour lui et pour moi, de la chronique de Guznamur. Juste un petit mot supplémentaire à propos de la tentation qui pour vous a du bon. Je vous offre en remerciement de l’intérêt que vous portez à Yeruldelgger cette petite maxime de mon cru : « Résister à la tentation pour mieux y succomber ».
      Amicalement et au prochain Yeruldelgger…

      • Alors, puisque je voulais haïr Yvan pour cette chronique qui me donne plus que plus envie, je vais mettre à profit la maxime citée par l’auteur : je vais résister et ensuite, je vais me laisser aller ! Mais avant tout, je vais passer entre les rangées pour une petite collecte de fonds pour les livres orphelins et malheureux en magasin et que je dois sauver en les achetant…

        A vot’ bon coeur, m’sieur, dame… merci, merci, oh, un billet mauve, c’est très aimable…

      • Déjà un grand merci à l’auteur pour venir commenter les commentaires de ce blog, et avec quelle maestria 😉
        Je crois que je vais graver cette maxime sur mon mur et mon front (mais à l’envers, sinon je ne vais rien lire de compréhensible dans mon miroir)

      • Bonjour Manook, j’ai juste un problème avec votre roman. Je ne sais pas vraiment comment se prononce le titre. Peut-être pourriez vous nous éclairer, et nous le faire phonétiquement.
        Merci pour cette précision à venir.

  2. ce roman arrivéde nul part ( en tout cas moi je ne connais pas l’auteur) semble sortir du lot des dernières nouveautés parues car j’en entends parlé de plus en plus et en bien. Donc je n’avais pas prévu de l’acheter mais je pense que je vais revenir sur ma décision. En plus en Mongolie, dépaysement assuré !! Par contre, il y a longtemps que le polar français pose parfois ses valises à l’étranger, et ce , bien avant Ferey ou Truc.Que veux tu , à l’heure de la mondialisation, le monde est devenu un village 😉

    • Je suis bien d’accord, Ferey et Truc, c’était pour illustrer un mouvement qui s’accélère.
      Moi non plus je n’avais pas prévu de lire ce roman au départ. La claque n’en est que plus forte !

    • Salut Petite Souris,
      Un scoop pour toi. Comme le vrai but de la mondialisation devrait être l’échange global des qualités et des intérêts avec un retour final de la production au pays d’origine, une petite partie de l’intrigue du prochain Yeruldelgger se déroulera…en France!
      Mais avec toujours une place de choix et de cœur pour la Mongolie!
      Amicalement
      Manook

  3. C’est le deuxième coup de cœur que je vois en peu de temps pour cet ouvrage. Tu me titilles rudement … Ta chronique nous promets tellement de choses que je m’empresse de noter ce titre ! Merci mon cher Yvan … 😉

  4. Tout est dit. Et maintenant tu as compris pourquoi ce roman est mon troisième coup de coeur de l’année. L’auteur sera prochainement sur Paris pour des rencontres autour de son roman.

  5. Merci cher Yvan de nous faire partager, avec tant de talent, tes découvertes. Je sens que celle-ci va nous entrainer dans le sillage d’un auteur original et dans un univers nouveau…Si je continue trop à te lire je vais devenir plus lecteur qu’écriveur !! 🙂 . De plus, avec un tel titre, aucune confusion possible à l’achat !!!

  6. Enthousiasme sans réserve de ton côté, donc, finalement 😉
    Je continue à penser que tant d’éloges sont un peu excessifs et reste sur mes positions quant à la crédibilité de certaines scènes, ou sur le ton souvent naïf des dialogues… Cela dit, l’énergie d’Ian Manook enlève si souvent l’adhésion dans ce roman que, dans l’ensemble, « Yeruldelgger » reste un très bon premier polar. Pour ma part, j’attends d’en voir davantage avec la suite, annoncée pour l’année prochaine !

    • Oui sans réserve pour moi effectivement 🙂
      De mon côté, j’ai vraiment adoré les dialogues, un peu théâtral mais tout à fait en phase avec l’histoire, à mon sens.

    • Mon cher cannibale, je vais manger tout cru tes dernières réserves avec le prochain Yeruldelgger. Je te promets de travailler particulièrement les dialogues, mais je te préviens, pas question de toucher à la crédibilité des scènes. Pour moi, l’art de la fiction n’est pas l’art du possible, mais celui du probable. Emporter le lecteur juste un pied au-delà du possible, sans sortir de ce qui pourrait être probable…Mais tiens-toi le pour dit: c’est te satisfaire que je vise désormais avec le prochain. J’ai déjà 330 pages. Il m’en reste 250 à écrire avant Noël, alors je te laisse et je m’y mets…
      Amicalement
      Manook

  7. Bien bien bien ….. je m’étais juré, promis, craché, que je n’achèterais plus rien avant janvier 2014.
    Mes T.À.L sont tellement énooooooorme qu’il me semblait juste et raisonnable de mettre un frein aux achats !
    MAIS mais mais Gruz, tu est un vil tentateur …
    Purée … 5 étoiles partout quand même ! Je parie que si tu aurais pu en mettre + tu l’aurais fait.
    Ce livre il me le faut ! 😉
    Je cherche à prendre une grosse claque avec une histoire hors des thriller et bons romans noirs habituels. J’ai BESOIN d’être secouée par un « genre » nouveau.
    Allez hop hop hop dans mes priorités le Manook. 🙂
    Merci Gruz pour cette superbe chronique sortie tout droit de tes tripes 😉

    • oh oui j’ai sorti mes tripes et parlé avec mon cœur. tout ça n’est pas très ragoutant, je vais faire le ménage après, promis.
      Tu as raison Fab, mon système de notation n’est pas adapté à ce roman, il est clairement trop limitatif

  8. Très bon commentaire ! je ne peux que noter ce titre dans ma liste !

  9. Que de louanges ! Critique dithyrambique ! Moi, je suis plutôt rabat-joie dans ces cas là. Je me méfie tout en n’étant pas insensible à la chronique. Autre chose qui m’interpelle : l’auteur répond à quasiment tous les commentaires comme s’il était sur son propre blog. Étonnant, non ? Je crois que la solution pour lever ma méfiance, peut être injustifiée, serait de lire le livre afin de me faire une idée par moi-même. Je vais y penser un peu plus tard. Je prends note du bouquin. En tout cas c’est une belle chronique Yvan. Bravo !

    • Merci à toi 😉
      Je suis le premier étonné de voir l’auteur débarquer sur le blog et répondre aussi gentiment aux commentaires !
      Je t’assure que nous n’avons aucun lien de parenté 😉
      Oui, je suis dithyrambique, c’est clair. J’en fais des tonnes ? sans doute, mais quand j’aime un livre à ce point, je sors mes tripes et mon cœur

  10. ho Nom di diou, 5 étoiles? je ne discute même pas, je prends!

  11. Je suis très tentée mais j’ai un doute car je sais que concernant certaines lectures nos avis divergent! Si ça ressemble à « Mapuche » ou « Zulu »…Je passe mon tour!!! Je le note…mais j’attends un peu…Par contre, ta chronique je l’ai lue car elle est tout simplement géniale!!!!

  12. Allez, c’est parti pour une bonne claque… je note… Et puis la Mongolie, c’est de saison… alors je n’ai pas d’excuse… 😉

  13. Je viens ajouter mon grain de sel.
    Achetez le ou volez le mais lisez le ! Ce bouquin c’est de la balle.
    Si le père Noël ne vous l’offre pas on l’inscrit sur la liste des 10 terroristes les plus recherchés.

  14. Bon ben, je n’ai plus qu’à le trouver… Vous avez été plusieurs à le lire, et les chroniques sont toutes plus intéressantes les unes que les autres, donc forcément ça m’attire !

  15. Je sens que je vais me.régaler à le lire

Rétroliens

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  3. Anniversaire du blog : concours ! | EmOtionS – Blog littéraire et musical
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  6. En tête à tête avec un personnage de roman – Yeruldelgger de Ian Manook – EmOtionS – Blog littéraire et musical
  7. Yeruldelgger – Ian Manook | 22h05 rue des Dames

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